Le dimanche après-midi, après le dîner, la question vient toujours à se poser. Cette fois, elle a été tranchée en faveur de la nature, du côté bouchervillois du boisé du Tremblay.
C'est un coin que nous ne fréquentons plus beaucoup pour trois raisons: (1) pourquoi prendre l'auto pour marcher dans un bois qui commence derrière notre clôture, (2) ce secteur a toujours semblé déserté par la faune, surtout aviaire, et (3) la coupe à blanc des frênes moribonds, la repousse des nerpruns et les grillages abandonnés autour des feues plantations de nouvelles essences offrent un spectacle désolant.
Des points positifs, me demanderez-vous ? Ils suivent en photos.
Renouée sagittée
Gentiane d'Andrews
Concombre grimpant
Eupatoire rugueuse
Et puis, il y a le ruisseau Massé. Autrefois redressé et calibré par l'homme et ses machines, il retourne tranquillement à sa nature. Il se comble, se verdit et rêve qu'un jour il pourra à nouveau se promener dans le bois. Tout espoir est permis ; il dispose d'un temps que nous n'avons pas. Et alors, ses eaux ne se précipiteront plus à la moindre fonte ou au premier orage venu pour faire déborder les rivières.
J'avais un petit travail de menuiserie extérieure à faire sur le cabanon. J'avançais dans sa direction d'un pas décidé, sans tenir compte de mon environnement quand, en ouvrant la porte pour récupérer mon matériel, du grabuge au fond du jardin attire mon attention. Je fige ; il y a un épervier au sol, à 6 mètres d'où je me tiens. Il est stressé, tourne la tête à droite et à gauche à la recherche d'une solution de fuite.
Je pense d'abord que je l'ai dérangé dans sa chasse. J'ai l'impression qu'il sort des rhododendrons que les tamias ont l'habitude de fréquenter. Je ne bouge plus ; j'évite de le fixer du regard et j'attends. À ma grande surprise, il reste au sol à me regarder pendant 3 bonnes minutes. Peut-être juge-t-il que la probabilité d'attraper une proie vaut le risque que je représente. Pourtant, les rapaces diurnes n'aiment pas la proximité de l'humain.
Finalement, il grimpe sur les pierres qui surplombent le bassin supérieur. Caché par des onoclées, je ne vois plus que le sommet de sa tête. Il tourne le dos au bassin et fait face aux rhododendrons. Comme il ne bouge plus, je pense qu'il s'est mis à l'affût. Au bout de cinq minutes, je décide de retourner à mon travail, en douceur, mais sans espoir qu'il reste. Malgré l'agitation et le bruit, je vois du coin de l'œil qu'il est encore là. Ensuite, je perds le contact pour me consacrer à ma tâche.
Au bout d'une trentaine de minutes, le bricolage est achevé. Par acquit de conscience, je vérifie la présence de l'épervier. Il ne semble plus être là et j'approche doucement. Erreur ! Aussitôt, il s'envole pour aller se percher sur la clôture. Un saut, rien de plus.
Je recule et je rentre à la maison pour le photographier depuis une fenêtre en hauteur. De mon perchoir, je le vois finalement redescendre de la clôture pour aller se poser entre les deux bassins. La suite est sur la vidéo qui suit.
C'était donc ça ; il attendait mon départ pour pouvoir se baigner en toute intimité et surtout en toute sécurité ; le poids de l'eau piégé dans le plumage pouvant lui faire perdre de précieuses secondes en cas de fuite.
Ce bassin a décidément beaucoup de succès auprès des oiseaux. Les deux pierres plates qui affleurent à peine à la surface ont été placées là pour eux, mais je ne pensais pas qu'elles conviendraient à un épervier. Maintenant, il ne reste plus qu'à attendre le pygargue. Après tout, on a déjà eu la visite d'un grand héron.
En me promenant dans le parc du Mont Saint-Bruno, ce matin, une lamiacée inconnue a attiré mon attention par sa taille et ses grandes fleurs jaune citron. Je ne l'avais jamais vu dans le coin et, étant donné sa proximité avec des propriétés privés, je me suis dit qu'elle s'était probablement échappée d'un jardin, puis j'ai pris quelques photos pour une identification ultérieure.
En me relevant et en examinant les alentours, j'ai constaté qu'il y en avait partout dans le sous-bois, en tapis denses, au point de me demander si elle pourrait éventuellement poser un problème pour la flore locale.
De retour à la maison, iNaturalist me l'a identifiée comme étant Salvia glutinosa, la Sauge glutineuse, originaire d'Europe de l'Est. Le même iNaturalist ne répertorie que quelques mentions de la plante au Canada: 3 autour de Toronto, 2 dans un jardin de Longueuil et dans un parc
avoisinant et 13 dans le parc du Mont-Saint-Bruno. Quant à Vascan - Canadensys qui inventorie les espèces vasculaires canadiennes, il ne la connaît pas encore. En revanche, aux États-unis, certains états la considèrent comme une invasive.
C'est ce que nous avons trouvé en nous promenant dans le parc des îles de Boucherville au milieu des verges d'or, des tanaisies et des glycines tubéreuses. Il y avait aussi un dindon sauvage.
Vous dire si les solidages étaient canadiens, très hauts ou autre… j'avoue que cela ne m'intéressait pas vraiment sur le moment, qui était plutôt contemplatif.
Plus loin, nous sommes tombés sur un aménagement qui m'a presque fait croire en un avenir meilleur. Habituellement, quand des frênes meurent de l'agrille, on les coupe à la base et on replante, dans le meilleur des cas, une espèce unique en rangs régulièrement et exagérément espacés. La théorie qui guide ce style de plantation tient probablement plus du taylorisme que de l'écologie et le résultat est généralement navrant pour les yeux.
À Boucherville, on a innové en s'inspirant un peu plus de la nature. D'abord, on a coupé plus haut, laissant ainsi une chance à la faune utilisatrice de bois mort d'en profiter. On a aussi planté plus serré et selon une géométrie qui m'a semblé moins rectiligne. Enfin, on a mélangé les essences.
Beaucoup de plantes de la maison et du jardin ont une histoire à raconter et sont attachées à une rencontre ou à un lieu.
Par exemple, en 2003, j'ai fait un séjour magnifique sur l'île d'Anticosti avec des amis, une île incroyable sur laquelle on peut soulever 200 km de poussière sans rencontrer autre chose que des corbillards d'épinettes et des pyguargues.
Peut-être cela a-t-il changé, mais à l'époque, ce n'était pas un endroit où l'on débarquait à l'improviste. Pour un séjour de 15 jours, il fallait penser à faire ses deux commandes d'épicerie d'avance pour être certain d'être ŗavitaillé en temps et lieu. Il fallait aussi réserver son pick-up pour pouvoir circuler sur les chemins de terre en toute sécurité.
Bref, un endroit comme je les aime et dont j'ai voulu garder un souvenir sous la forme d'une petite épinette de 10 cm de haut...une sorte de sauvetage. Je l'ai planté dans le fond du jardin à côté d'un faux-cyprès de Nootka qui était déjà là.
Ce matin, en me remémorant un autre souvenir que j'ai semé à ses pieds, j'ai levé les yeux au sommet de l'épinette - à peine 3 mètres - et j'ai eu la grande joie de découvrir ses trois premières cocottes. Ah ben ça alors ! Vingt-trois ans pour en arriver là et faire resurgir toutes les images de renards hybrides, d'aréthuse, de trilobite et de dryade que j'avais dans la tête.
Au jardin, il y a un houblon (Humulus lupulus). Il y a été introduit pour faire écran aux regards indiscrets lorsque nous profitons du patio, mais il a bien d'autres usages. J'ai déjà cueilli ses strobiles pour tester leurs vertus alléguées, mais c'est tellement amer que j'ai laissé faire. Pour des effets hypnotiques ou sédatifs, il vaut mieux utiliser d'autres plantes de la même famille (les cannabacées) comme le chanvre, aussi appelé cannabis selon sa teneur en TétraHydroCannabinol. Et puis, à part une misanthropie bien ancrée, je ne souffre encore de rien d'insurmontable.
En fait, la véritable fonction naturelle de notre houblon s'est révélée avec le temps. Il sert de refuge aérien et de halte-chaleur pour les couleuvres rayées du jardin. La rugosité de ses lianes les aide à grimper jusqu'à la rambarde sur laquelle elles viennent se lover, tantôt sous les feuilles quand les après-midis sont trop chauds, tantôt dessus quand la fraîcheur du matin ne s'est pas encore dissipée. On pourrait être surpris que les couleuvres se perchent, mais en y pensant bien, elles ont un ancêtre commun avec les oiseaux et personne ne s'émeut de voir des dinosaures voler.
Chaque année, c'est la même chose. Le houblon (Humulus lupulus) n'a qu'une idée en tête : accéder au sommet. Chaque printemps, il repart de zéto en sortant quelques tiges du sol pour tâter la température et, dès que les conditions sont propices (en juin et en juillet), il part en flèche à l'assaut du patio, à coups de 20 à 30 centimètres par jour.
Pour parvenir à ses fins, cet "Edlinger" végétal utilise des trichomes ; des poils rigides et crochus, à peine visibles, disposés tout au long de ses lianes. Si vous avez le malheur de les frôler, elles se collent aussitôt à vous comme des désespérées.
Au fait, si vous ne le saviez pas, le houblon est droitier (on dit plutôt dextrogyre ou dextrorse) ; il s'enroule toujours dans le sens horaire quand on regarde depuis l'extrémité supérieure de la tige. S'il dévisse, il relève la tête et recommence, infatigable. S'il n'y a plus de support, les lianes se regroupent par deux, trois ou plus, jusqu'à ce que l'assemblage soit assez rigide pour vaincre la pesanteur.
Oyez, oyez ! Mon micocoulier (Celtis occidentalis) a fleuri.
Ok, pour vous, ça ne veut pas dire grand chose, mais pour moi ça veut dire beaucoup... évidemment (toute ressemblance avec une chanson de Michel Berger n'est pas fortuite).
Quand même, il aura fallu environ 25 ans et la traversée d'un fleuve pour qu'un fruit cueilli à Laval (Québec), germé à Montréal et déménagé à Longueuil produise un arbre sexuellement mature ; sans oublier une attaque de psylles du micocoulier à laquelle il a survécu.
De toute façon¸ il aurait été surprenant qu'il en meure, car les micocouliers résistent à tout, parait-il, même à la pollution humaine. Finalement, sa seule petite faiblesse est de nous servir à rien. Or, on sait bien que nous ne prenons soin que des êtres et des choses qui peuvent nous être utiles.
Pourtant, ses fruits sont comestibles et quelques unes des Premières Nations accordaient des propriétés médicinales à son écorce. Aujourd'hui, les scientifiques, une poignée tout au plus, s'intéressent aux vertus antioxydantes et cytotoxiques des ses feuilles.
Après l'arrivée dans le jardin du cardinal à poitrine rose, de l'oriole de Baltimore, des quiscales rouilleux et du colibri à gorge rubis au cours de ces trois derniers jours, c'est au tour du bruant à couronne blanche de passer et, derrière la clôture, dans le bois inondé, cinq chevaliers pas si solitaires que ça. Une première en plus de vingt ans ! Ils m'ont juste accordé le temps de sauter sur mon appareil photo.
Ce matin dans le boisé du tremblay, en observant ce raton laveur qui se préparait à aller dormir à la fourche de deux branches, je me suis souvenu de cette étude de Gaynor et al. intitulée "The influence of human disturbance on wildlife nocturnality", publiée dans Science en 2018 et à lire ici , et je me suis demandé si le raton laveur faisait partie des ces espèces qui ont décalé leur activité vers la nuit pour éviter les interactions avec l'être humain.
J'avais pris pour acquis que le raton était un animal nocturne, mais je méfie toujours des certitudes, surtout les miennes. Après vérification, je suis rassuré: le raton est bel et bien une espèce naturellement nocturne et crépusculaire, et nous n'y sommes pour rien même si notre voisinage l'a renforcé dans ses habitudes. Pour preuve, sa rétine est tapissée d'un tapetum lucidum, une membrane située derrière la rétine qui réfléchit la lumière et agit comme un amplificateur. C'est une adaptation anatomique bien pratique pour descendre de son arbre à la lueur des étoiles et aller fouiller nos poubelles.
En ce 29 avril 2026, le printemps suit son cours dans le boisé du Tremblay. Après la floraison des hépatiques à lobes aigus (toujours d'actualité), c'est au tour des érythrones d'Amérique d'éclore ; lesquelles annoncent l'imminence des claytonies de Caroline.
Quant aux chardonnerets jaunes, eh bien, ils ont rafraichi les couleurs de leur costume de plumes et s'apprêtent à perpétuer leur espèce.
Ainsi va la vie depuis des milliers d'années et pendant encore longtemps... Enfin, on l'espère !
Ce matin, dans le boisé du Tremblay, deux choses m'ont sauté aux oreilles : la quantité de bruants des marais et la dégradation de l'environnement sonore.
Bruant des marais
Habituellement, à cette époque-ci de l'année, le chemin du boisé est jalonné par le chant des bruants chanteurs ; cette année, rien ou presque. Par contre, on entend beaucoup plus de bruants des marais. Seraient-ils arrivés plus tôt que les chanteurs ? Est-ce qu'un cycle biologique fait en sorte que la population des bruants chanteurs est dans un creux ? Ou est-ce plutôt un signe que le milieu naturel du boisé du Tremblay a changé ?
Hirondelle bicolore
L'intrus. J'espère que son incongruité transcrit l'effet que cela me fait à chaque fois.
Pourtant, à première vue, rien n'a bougé. Les trop nombreuses coupes d'arbres font en sorte de retarder la densification du couvert arboré de cette ancienne friche agricole, en dépit de ses efforts pour retourner à son ancienne nature. Par conséquent, le milieu reste propice au bruant chanteur qui aime les espaces ouverts et l'explication doit-être ailleurs. Quant au bruant des marais, comme le boisé est humide, la coupe des arbres transforme les lieux en un marais colonisé par la phragmite; ce qui lui est plutôt favorable.
Pic flamboyant et Pic mineur
L'autre constat du jour est la dégradation de l'environnement sonore, une chose à laquelle je suis très sensible. Bien que mon ouïe décline et qu'il n'y ait pas eu de vent pour porter les sons, ce matin, j'ai été frappé par l'accroissement du bourdonnement des voitures qui circulent sur l'autoroute 20 plus au nord, au point d'en regretter les années de covid qui avaient fait taire cette nuisance. L'autre irritant acoustique notable est l'intensification du trafic aérien de l'aéroport Saint-Hubert. Malheureusement, cela ne fait que commencer puisqu'à compter du 12 juin, l'aérogare nouvellement agrandie va accueillir les vols réguliers d'une première compagnie aérienne. L'appât du gain de quelques-uns l'emportera-t-il toujours sur la quête de la sérénité de quelques autres ?
Il s'en est passé des choses dans le boisé du Tremblay depuis mon dernier message. C'est normal, c'est le printemps. Voilà donc rapidement et en photos où nous en sommes.
Depuis que les dindons ont été chassés par des chiens sans laisse qui promenaient leur maître ignorant ou insouciant (j'hésite encore), nous avons eu la visite d'un lapin à queue blanche, les hépatiques à lobes aigus ont redressé la tête et s'apprêtent à fleurir et nous ajoutons une nouvelle espèce dans notre arrière-cours avec ce couple de canards branchus à la recherche d'un arbre pour nicher.
Une dernière chose: il n'y a pas une promenade dans le boisé du Tremblay sans que je constate l'accrochage d'un nouveau sac à m... à une branche et l'abattage d'un nouvel arbre. Maintenant qu'il n'y a plus de frênes, on s'en prend aux peupliers faux-trembles. Ça commence à être pénible et laid. À tout hasard, je signale aux bucherons que si c'est pour vérifier que l'arbre est sain, c'est improductif. Par contre, si l'objectif est de transformer le boisé en un parc à chien ou un terrain de golf, alors vous êtes sur la bonne voie.
Comme je le disais dans un message précédent, nous avons, depuis peu, la visite régulière d'un dindon sauvage (Meagris gallopavo, Phasianidés, Galliformes) sous nos mangeoires. Il vient le matin vers 7 heures, reste une bonne partie de la matinée, revient brièvement faire un tour en début de soirée et disparait jusqu'au lendemain. Nous l'avons appelé Gaston.
Depuis deux jours, ils viennent à deux. Ce n'est pas surprenant puisque les dindons vivent plus tôt en troupes, surtout en hiver. Nous avons baptisé le deuxième Blanche en raison de la couleur de sa calotte.
Il s'agit probablement de deux mâles, car seulement 10 à 20 % des femelles portent la barbe, cette touffe de plume qui pend de la poitrine. En outre, au printemps, au moment de la reproduction, les troupes se fragmentent et les mâles deviennent solitaires, ou forment des duos qui vont parader.
En les observant, nous avons remarqué que les dindons font peur aux écureuils gris qui les fuient comme la peste. À l'inverse, la plus grande crainte des dindons sont les chiens, probablement parce que leur plus grand prédateur est le coyote, après l'homme évidemment. Un jappement les fait se dresser et les tient en alerte. S'ils voient un chien au loin, ils s'enfuient en courant (c'est assez impressionnant). D'où l'importance de tenir son chien en laisse et de rester dans les sentiers; des consignes qui ne sont malheureusement pas respectées par les riverains du boisé qui se croient tout seuls dans le bois.
Un dernier point: de temps en temps, ils émettent un léger gloussement que l'on peut entendre au début et à la fin de la vidéo, probablement un son de contact. Ah oui, j'oubliais. Ils aiment les graines de bardane. Ils cueillent les fruits, les secouent et vont ensuite picorer les graines qui ont été libérées. Ils s'en collent aussi sur le dos (voir la fin de la vidéo).
Cette semaine fut riche en émotions. Le 18 mars, les trois premiers carouges à épaulettes sont venus grincer dans le jardin. Nous les attendions avec impatience puisque le retour de ces migrateurs est un signe de printemps à venir et que le journal du jardin indiquait le 11 comme date d'arrivée, l'année dernière.
Et puis, le 20, c'est un dindon sauvage qui est venu faire un tour sous nos mangeoires. Je dois avouer que nous l'espérions, car un troupeau est vu régulièrement, à quelques rues de là, dans le parc Michel-Chartrand, et le boisé du Tremblay dont nous sommes riverains est un habitat propice. Depuis, il revient régulièrement, mais cela ne durera pas. Connaissant mes contemporains, il y en aura bientôt pour se plaindre des dangers de la Dinde noire (comme l'ont déjà surnommée les média ignorants) et de ses nuisances. Lesquelles ? Je me le demande encore, mais je ne suis pas inquiet; l'humanité excelle dans l'art de se débarrasser de ce qui lui est trop étranger.
Décidément, l'année commence sous le signe de la chouette rayée dans le boisé du Tremblay. Celle-ci est venue se percher derrière chez nous, probablement attirée par les écureuils qui tournent autour de nos mangeoires. Il est encore trop tôt pour dormir la fenêtre ouverte, mais j'imagine qu'on doit commencer à les entendre, car la saison des amours est commencée.
On ne remerciera jamais assez Tommy Montpetit qui s'est battu et se bat encore pour la conservation du boisé et de ses trésors.
Cette année, nous avons pris l'habitude de déposer nos épluchures de légumes derrière la clôture. Nous le faisons à la tombée de la nuit, comme une offrande à la nature. Est-ce que c'est bien, est-ce que c'est mal ? Nous nous sommes, bien sûr, posés la question de notre impact potentiel sur l'environnment, de l'accumulation des déchets, de l'influence sur la faune et sur l'équilibre des choses, ainsi que sur l'exemple à ne peut-être pas donner. Tout ce que je peux dire, c'est que l'expérience ne durera pas, qu'il ne reste rien le lendemain matin et que nous ne montrons pas pour éviter que la faune nous associe à la présence de nourriture.
C'est un geste qui ressemble à celui que faisaient nos ancêtres pour s'attirer les bonnes grâces de forces qu'ils ne comprenaient pas. Mais, puisqu'à notre époque, la plupart des mystères ont été dissipés, notre objectif est plus prosaïque. Il s'agit tout simplement d'attirer des spécimens de la faune nocturne afin de savoir lesquels fréquentent le boisé du Tremblay pendant que nous dormons.
Nos rêves sont peuplés de polatouches, d'opossums, d'hermines, de martres et de coyotes (dans l'ordre de la chaine alimentaire). Inutile d'espérer le lynx, le puma, le loup ou le carcajou, ceux-là ont depuis longtemps déserté le boisé ou en ont été chassés. L'hermine, nous savons qu'elle existe; nous avons déjà croisé sa route dans notre jardin. Évidemment, nous aimerions la revoir, mais en attendant, nous devons nous contenter des premiers maillons de la chaîne que sont les cerfs de Virginie et les lapins à queue blanche, plus directement concernés par les légumes.
Voici le dernier chapitre de la mise à jour annuelle de la biodiversité du Boisé du Tremblay sous la forme du guide des plantes à fleurs du Boisé du Tremblay. Je précise qu'il ne regroupe que les herbacées, car les arbustes et les arbres qui ne sont pas des gymnospermes (les conifères, le ginkgo et quelques autres) sont également des plantes à fleurs. Ces derniers sont regroupés dans "Shrubs and Trees of Boisé du Tremblay".
Je me livre à cet exercice sans me faire trop d'illusion, mais avec un tout petit espoir quand même que le témoignage de la quantité et de la diversité de la vie réfugiée dans le boisé du Tremblay pourra éventuellement inciter un visiteur à adopter un comportement respectueux du lieu ou pourra orienter le choix d'un "décideur" dans la bonne direction, celle de la préservation du boisé. Après tout, on ne peut pas avoir envie de protéger ce que l'on ne connait pas.
Alors, sachez que nous en sommes à 1062 espèces répertoriées, dont 22 de champignons, 13 de mousses et de fougères, 246 de plantes herbacées à fleurs, 75 d'arbres et d'arbustes, 549 d'invertébrés, 11 de reptiles et d'amphibiens, 125 d'oiseaux et 21 de mammifères.
Et je ne compte que les espèces dont l'observation a reçu la mention "Recherche", c'est-à-dire validée par la commnauté des observateurs. Il y en a beaucoup d'autres qui n'ont pas encore été identifiées et qui ne pourront peut-être pas l'être, car les critères qui le permettraient ne sont pas visibles sur les photos. Il y a aussi toutes les espèces qui n'ont pas encore été observées.
Les bryophytes et les ptéridophytes sont des végétaux anciens du point de vue évolutif. Ils ont formé la tête de pont qui a permis la colonisation du milieu terrestre. Évidemment, les espèces d'aujourd'hui ne sont pas celles qui ont participé à cette conquête. Elles en sont néanmoins les descendantes directes et ont gardé une biologie semblable à leurs ancêtres. En particulier, elles se reproduisent par spores et non par graines.
Les plantes qui se reproduisent par spores forment deux grands groupes: celui des bryophytes constitué principalement par les mousses et les hépatiques, et celui des ptéridophytes constitués des prêles, des lycopodes et des fougères. Les champignons et la plupart des algues se reproduisent également par spores, mais ne font par partie du règne végétal.
Pourquoi est-ce si intéressant ? Il faut savoir que les botryches sont les plus anciennes des fougères. Elles sont aussi difficiles à trouver, parce qu'elles sont plutôt rares, parce qu'elles sont généralement de petite taille et parce que leur nombre à un même endroit peut varier d'une année sur l'autre. En effet, si les conditions ne sont pas propices à leur émergence, elles restent en dormance sous terre.
Une des particularités des botryches est que leur germination et leur croissance à l'état adulte sont étroitement dépendantes de certains mycorhizes. Par conséquent, toute perturbation du sol peut leur être fatale. D'ailleurs, le genre est en déclin et beaucoup d'espèces sont protégées. Ce n'est pas le cas de notre Botryche à feuille de matricaire au Québec, mais ce n'est pas une raison pour ne pas en prendre soin.