Maîtres-composteurs

Le raton laveur de cette nuit a fait le tri et n'a laissé que la peau d'orange, les filtres à café et les tulipes fanées. 

J'ai le privilège d'avoir un jardin; j'ai donc un composteur. Cette relation de cause à effet, simple et utile à plus d'un égard, est pourtant beaucoup moins répandue que d'autres plus discutables sur le plan environnemental ou économique comme : "j'ai un jardin, donc j'ai une piscine" ou "j'ai un jardin, donc j'ai une tondeuse".

Ce composteur me permet de réduire énormément les quantités de déchets d'origine végétale (fruits, légumes, rebuts de jardin, papier, essuie-tout et mouchoirs) que je confie à ma ville et de nourrir le jardin, contribuant ainsi à une espèce de cercle vertueux.

C'est un composteur que j'ai construit avec des restes de planches (voir ici) et que je referai plus simple et pratique quand il sera temps. Par exemple, je l'ai doté d'un couvercle qui s'avère inutile avec le recul. Aujourd'hui, je préfère laisser la pluie humecter le compost et les ratons laveurs venir se nourrir dedans, participant ainsi à son aération en fouillant les déchets. Je l'ai aussi fait plus haut que large; ce qui ne facilite pas la manipulation de son contenu. En fait, j'aurais dû faire comme mon grand-père: un trou rectangulaire dans le sol, entouré de quatre planches, dans un coin du jardin.    

J'ai beau ne pas avoir l'autorité et les compétences d'un maitre-composteur européen, tout fonctionne très bien, sans autre odeur que celle de l'humus et à une vitesse qui me surprend parfois, pourvu que les températures soient positives. Il faut dire qu'il grouille de travailleurs: lombrics; cloportes, mille-pattes et autres créatures invisibles à l'œil nu. 

Signe de vie

Même si ce n'est pas agréable à ramasser, un bac de déchets organiques renversé sur le bord de la route est un indice de la présence des ratons laveurs qu'il me fait toujours plaisir de relever.

Indigènes de l'ombre

Dans un jardin, il y a toujours un coin de clôture, un bord de cabanon, un dessous de patio ou un pied d'arbre qui ne voit jamais le soleil. Habituellement, on y plante des hostas, ces espèces de grosses laitues vivaces originaires des pays du soleil levant, du muguet de mai que l'on finit par arracher quand il devient envahissant ou du gazon que l'on resème chaque année parce qu'il refuse obstinément les soins palliatifs qu'on lui prodigue. 

Ce fut le cas dans notre jardin avant que nous décidions, pour le bien de notre environnement, de réintroduire des autochtones. Ainsi, au fil des années, sous un micocoulier parti d'une graine, la Violette du Canada, l'Asaret du Canada, l'Actée rouge, l'Arisème petit-prêcheur et la Tiarelle  stolonifère se substituent progressivement aux hostas, dont j'ai arraché l'avant-dernier pied, l'automne passé.

Comme je retrouve des spécimens à des endroits où je ne les avais pas plantés, je suppose que ces introductions plaisent à la faune locale qui se charge de propager les graines. À ce propos, comme chaque année, j'ai encore arraché quelques jeunes plants de chênes que l'écureuil gris avait semé en prévision de l'hiver. J'irai bien les planter dans le bois, mais dès que mon voisin me voit me pencher derrière ma clôture, il sort avec son appareil photo et se met à m'aboyer des gros mots.     

Au jardin, lorsqu'on échappe un chapelet de graines, on se retrouve rapidement avec un paquet de petits-prêcheurs qui prônent la reconversion au sauvage.  
Qui aurait cru que la violette du Canada pouvait être une plante envahissante ? 
Après avoir failli disparaître sous un bombardement de pesticides sur la pelouse du voisin, la talle de gingembre sauvage s'est finalement reconstituée. 
L'actée n'affiche son rouge qu'en été, lorsque ses fruits sont mûrs. Le reste du temps, elle est blanche et/ou verte.
La délicate tiarelle gagne un peu plus de terrain chaque année, mais elle est encore sous surveillance, car la compétition est rude.