Ces arbres qui font peur

Maintenant que l'agrile du frêne est passé sur le boisé du Tremblay, il faut sécuriser les lieux. Cela revient à couper tous les arbres morts au pied, sur une bande d'une quinzaine de mètres de chaque côté d'un chemin déjà trop large. Et puisqu'on s'est donné une mission de gestion et de valorisation de ce milieu qui n'en demandait pas tant, on coupe par la même occasion toutes les autres essences qui penchent du mauvais côté ou qui ont pour seul défaut d'être trop gros et trop vieux. Bref, après avoir installé des bancs (mais pas de poubelles) et des bornes d'appels d'urgence (tout en autorisant la chasse) pour procurer aux passants un faux sentiment de sécurité, on continue à transformer le boisé en un jardin pour vieux enfants insécures.

Si je reviens sur le sujet pour la énième et dernière fois, c'est parce que je me suis toujours demandé quel risque réel faisait courir ces arbres morts aux promeneurs et que j'ai enfin pu trouver quelques éléments de réponse. En faisant une brève recherche dans Google Scholar avec les mots-clés: "falling tree", "fatalities" et "injuries", on trouve quelques études sur le sujet. Après avoir écarté celles qui portent sur les accidents de travail en foresterie et les accidents non-professionnels causés par l'entretien d'un arbre, il n'en reste que très peu; ce qui, en soi, peut constituer un indice sur le risque. Je me contenterai de citer quelques chiffres. 

En Australie, Andrew Brookes s'est intéressé aux accidents mortels causés par des arbres au cours d'activités scolaires extérieures. Entre 1960 et 2007, sur 128 décès enregistrés, 14 (au cours de 8 évènements différents) étaient attribuables à une chute d'arbre: 50 % étaient dus à des mauvaises conditions météorologiques et 50 % se sont produits alors que les victimes étaient dans leur tente. 

Aux États-Unis, Thomas W. Schmidlin s'est focalisé sur les chutes d'arbre causées par le vent et a recensé 407 morts entre 1995 et 2007, soit 1 mort par an et par tranche de 9 millions d'habitants. 44 % des victimes ont été tuées dans leur véhicule, 38 % à l'extérieur et 18 % dans leur foyer (maison, mobil-home ou autres). 

Au Royaume-Uni, au cours de la décennie 1998-2008, David J. Ball et John Watt ont dénombré 54 morts et 22 blessures graves causées par la chute d'un arbre ou d'une branche. 59 % des cas se sont produits sur une voie de circulation et impliquaient un véhicule; les autres ont eu lieu dans un jardin privé, une forêt, un parc ou une aire de jeu. Dans 64 % des accidents, les vents soufflaient à plus de 75 km/h. Avec une population moyenne de 60 millions d'habitants au cours de cette décennie, ces chiffres signifient que, chaque année, un(e) anglais(e) sur 8 millions environ court le risque d'être gravement blessé(e) ou tué(e) par un arbre.   

Dans cette dernière étude, les auteurs arrivent à la conclusion que "les décès et les blessures graves causés par les arbres sont rares au Royaume-Uni. En outre, il y a peu de chances que le nombre de cas puisse être réduit de manière significative sans des mesures strictes qui pourraient elles-mêmes causer d'autres formes de dommages à l'environnement ou à la main-d'œuvre. "

Allez savoir pourquoi ces bouleaux gris ont été coupés. 
Pas de jaloux, on coupe aussi les peupliers faux-trembles

Pour résumer, s'il fallait vraiment trouver des raisons de s'inquiéter, on pourrait prétendre que circuler dans une automobile sur une route bordée d'arbres ou dormir dans une tente plantée au pied d'un arbre mort par journée de grands vents présente un certain niveau de risque. Rien de comparable, toutefois, avec les dangers que nous courons quotidiennement. En fait, selon les gestionnaires de risque, l'abattage préventif des arbres serait plutôt motivé par la crainte, de la part des propriétaires de terrain boisé, de la poursuite judiciaire et de ses coûts en cas d'accident (voir les références ci-bas) que par un réel souci de sécurité.

Pour clore le sujet, je rappellerai qu'un arbre mort est utile. Et si on ne peut faire autrement que de le couper, peut-être pourrait-on envisager des méthodes plus respectueuses de l'environnement comme par exemple couper un peu moins court de façon à laisser les espèces animales qui nichent ou s'abritent dans les cavités des troncs continuer à le faire.

Sources: 

  1. Ball, D. J. & Watt, J. The risk to the public of tree fall. Journal of Risk Research 16, 261–269 (2013).
  2. Schmidlin, T. W. Human fatalities from wind-related tree failures in the United States, 1995–2007. Nat Hazards 50, 13–25 (2009).
  3. Brookes, A. Preventing death and serious injury from falling trees and branches. Journal of Outdoor and Environmental Education 11, 50–59 (2007).
  4. Bennett, L. Trees and public liability—Who really decides what is reasonnably safe? Arboricultural Journal 33, 141–164 (2010).

Si vous connaissez Sci-Hub (qui tentent de redonner l'accès gratuit aux résultats des recherches financées par l'argent public) et ses extensions pour navigateurs internet , vous n'aurez pas de mal à trouver l'article manquant.

Un 16 novembre à Longueuil

Il faudrait que je pense à sortir mes mitaines, ma tuque, mes bas longs et mes collants, à faire poser mes pneus d'hiver et à sortir mes pelles à neige. 

Faucons du Québec

Les faucons (famille des falconidés) sont des oiseaux de proie faciles à identifier, d'autant plus qu'il n'existe que 4 espèces dans tout le Canada et à peine plus dans le reste de l'Amérique du Nord.

De ces quatre espèces, le faucon gerfaut (Falco rusticolus), le plus grand de la famille, a peu de chances d'être observé dans le Québec méridional puisqu'il vit dans les régions arctiques et subarctiques de la planète et ne descend qu'exceptionnellement et seulement en hiver dans le sud de la province.

Par conséquent, l'observateur du sud a plus de chance de rencontrer un des trois autres membres de la famille qui sont par ordre de probabilité croissant:  le faucon pèlerin (Falco peregrinus), le faucon émerillon (Falco columbarius) et la crécerelle d'Amérique (Falco sparverius). Tous peuvent être vus en ville, mais surtout pendant les beaux jours, car ce sont des migrateurs.  

Ces trois espèces se distinguent des autres rapaces diurnes par une barre foncée verticale qui part de l'œil et descend sur la joue comme un favori (rayure malaire). En vol, on les reconnait facilement au profil de leurs ailes déployées qui ont un contour triangulaire, contrairement aux ailes des autres rapaces qui sont plutôt rectangulaires. 

La crécerelle d'Amérique, à peine plus grosse qu'un merle ou qu'une tourterelle, est le plus petit des faucons et le plus coloré. Traits distinctifs: joue pâle barrée par un double favori (sous l'œil et derrière), ailes gris-bleu, dos roux (la femelle est complètement rousse). On la trouve perchée en hauteur sur un élément du paysage (arbre, poteau, câble électrique ou bâtiment) qui surplombe un espace ouvert, à partir duquel elle guette ses proies. C'est aussi une adepte du vol stationnaire.
Le faucon émerillon a une taille équivalente à la crécerelle, mais il est beaucoup plus terne. Traits distinctifs: plumage du dos et des ailes monochrome, brun-gris foncé, joue foncée traversée par un favori plus diffus. Il se comporte comme la crécerelle, mais a une préférence pour les lisières. 
Le faucon pèlerin est le plus gros des trois avec une taille équivalente à celle d'une corneille. Traits distinctifs: plumage du dos et des ailes monochrome, gris-bleu, favori large et presque noir. Il chasse en vol en piquant sur ses proies et niche de préférence dans les falaises. Dans les villes, il s'installe sur les saillies des gratte-ciels ou des ponts.  

Un 26 septembre sur l'Île du Collège

En suivant une route au hasard, il se peut que l'on franchisse un gué et que l'on se retrouve au beau milieu d'une île du lac Témiscamingue à échanger un regard avec une crécerelle d'Amérique. 

Technicienne d'Hydro-Québec

Cette semaine, nous avons eu la visite de madame Grand pic (front noir plutôt que rouge vif) probablement curieuse de toute cette agitation causée par les mangeoires.

320 millions d'années les séparent

Baie de Fundy vue du cap Enragé

Nouveau-Brunswick, an de grâce 2022, nous avons atteint le Cap Enragé et surplombons la Baie de Fundy qui s'ouvre devant nous vers le sud-ouest et le large. De l'autre côté, c'est la Nouvelle-Écosse.

Pour rejoindre le pied de la falaise, nous suivons la faille que d'autres ont empruntée avant nous, comme en témoigne l'inukshuk à notre droite. La marée est basse et nous en profitons pour examiner les éboulis à la recherche de traces d'une vie passée.

Il y a 320 millions d'années, à l'époque du carbonifère, nous aurions marché sur l'équateur, au cœur de la Pangée, dans l'un de ces vastes bassins marécageux enclavés entre les Appalaches et la chaine hercynienne, plus précisément les Mauritanides. Nous aurions progressé sous le couvert d'une forêt dans laquelle les conifères récemment apparus se disputaient la place avec des fougères géantes et des prêles gigantesques. Peut-être aurions-nous croisé l'un des premiers tétrapodes. 

De cet âge d'or du règne végétal, il ne reste aujourd'hui que du charbon et quelques fragments pétrifiés qui nous racontent leur histoire et alimentent notre imaginaire.

Ci-dessus, des fragments de calamites, un proche parent disparu des prêles que l'on peut voir ci-dessous et qui ont conservé cette tige segmentée si caractéristique. À cette époque, les plantes à fleurs n'existaient pas et la reproduction se faisait principalement par des spores. La graine avait été récemment inventée par les gymnospermes dont font partie les conifères, mais pas le fruit qui la recouvre et qui est une invention des plantes à fleurs. 
Chez les prêles, ce que l'on prend pour des feuilles sont en fait des rameaux. Les véritables feuilles sont ces petites écailles soudées entre elles qui forment un manchon à la base de chaque segment de la tige ou des rameaux. 

Lignes de fuite

Tant qu'il y aura des arbres, il y aura de l'or à en pleuvoir, le bruissement des feuilles sous nos pas et des ombres pour les guider. C'est quoi déjà la chanson qui parle de la beauté du monde ?

De quoi nous privons-nous ?

La campagne d'abattage suit son cours dans le boisé du Tremblay. On coupe ras tout ce qui est mort et, tant qu'à faire, tout ce qui penche même si c'est encore vivant. On le fait au nom de la sécurité, car tout le monde le sait, quoi de plus dangereux qu'un arbre mort ? 

Récemment, le chantier a atteint la grande passerelle de bois qui enjambe une des nombreuses zones marécageuses du boisé. C'est un bel endroit qui ne laisse personne insensible. On y a même aménagé une terrasse avec des bancs pour pouvoir faire une pause et s'imprégner de l'ambiance. Au printemps, on vient écouter en famille le concert des grenouilles et les connaisseurs de nature savent que c'est un lieu propice à l'observation de la faune quelle qu'elle soit. 

Et puis les bûcherons sont passés, façon Attila et ses Huns. Le résultat est à la hauteur de ce que l'on pouvait attendre. Je ne sais pas si nous y avons gagné en sécurité et en économie de réparation de la passerelle, mais je sais ce que j'ai perdu: les nichées de pics, les barboteurs de passage dont on croisait le regard à l'occasion d'une halte et la chouette rayée que je ne pourrai plus dorénavant admirer qu'avec une paire de jumelles, si elle trouve encore un intérêt au lieu.   

Ces deux espèces ont besoin d'une cavité dans un tronc pour nicher: le pic la creuse, le canard branchu doit en trouver une.
Pour barboter librement, il faut de l'eau sans entrave
Toutes les photos ont été prises au même endroit.

Deuxième mention

C'est la première fois que nous voyons la Mésange bicolore dans le boisé du Tremblay, mais c'est la seconde mention de l'espèce dans ce lieu sur eBird; la première était en juin de cette année. 

C'est en allant dans le fond du jardin qu'un cri inhabituel a attiré mon attention. J'ai regardé dans le bois à la recherche de l'oiseau en regrettant de ne pas avoir mes lunettes. J'ai vu quelque chose se poser sur une branche: cette couleur grise, cette taille et cette forme.... J'ai couru à la maison chercher mes jumelles pour confirmer et puis elle s'est approchée. J'ai recouru vers la maison pour avertir ma blonde qui l'attendait depuis longtemps; ça a fait notre journée. 

L'été des Indiens

Selon la science météorologique, il faudrait trois jours avec des températures supérieures de 5°C aux normales saisonnières et consécutives à un premier gel pour qualifier le redoux d'été des Indiens. 

Pour tous ceux qui ne comptent pas et qui se contentent d'aimer, c'est en ce moment en dépit du fait qu'il n'y a pas encore vraiment eu de gel en Montérégie.

Peu importe, tout le monde en profite sans distinction de classe.  

L'Actée à grappes est la dernière à fleurir au jardin. Signe que l'été allonge, elle gelait avant de fleurir, il y a seulement trois ou quatre ans.
Cela fait le bonheur des abeilles européennes.
Peut-être du safran. En tout cas, j'en ai planté, mais pas à cet endroit. C'est encore un coup de nos rongeurs qui ont la fâcheuse habitude de déplacer les bulbes quand la neige les protègent du regard. 
Une prénanthe (Nabalus) - c'est sûr - mais l'espèce ne me vient pas spontanément et je suis trop paresseux pour chercher. 
Peut-être Augochlora pura
Il y a aussi des prédateurs comme cette couleuvre rayée.
Et leur proie comme cette grenouille léopard.
Et puis des chardonnerets "granos" pour lesquels on prend soin de ne pas couper les tiges des échinacées qui n'ont plus rien de pourpre.  

Couleur automne

En automne, il n'y a pas que les arbres qui rougissent. Dans le boisé du Tremblay, il y avait aussi cette grenouille des bois d'une teinte que je n'avais jamais vue auparavant.

De Stonehenge à Stanstead

Ce qui est fascinant avec les sites mégalithiques comme ceux de Stonehenge ou de Carnac, c'est leur gigantisme compte tenu des moyens techniques que possédaient les peuples du néolithique pour les édifier et qui se résumaient à des outils de bois et de pierre polie. Et puis, on ne se sait presque rien de la vie des peuples qui les ont érigés, de leur motivation et de la signification qu'ils y accordaient.

C'est évidemment tout le contraire du cercle de pierres de Stanstead, une petite ville du sud du Québec dont l'intérêt tient plutôt au fait qu'elle est traversée par la frontière canado-américaine, au sens propre du terme. 

Ainsi, le théâtre qui fait aussi office de bibliothèque est coupé en deux. Cela en fait le seul théâtre sans scène et la seule bibliothèque sans livre des États-Unis puisque les artistes se produisent du côté canadien où sont aussi rangés les livres.

L'opéra Haskell dans le prolongement du ruban jaune qui marque la frontière. À gauche, nous sommes au Canada, à droite aux États-Unis. Je sais ! On pourrait croire qu'il est facile d'agrandir le territoire canadien en repoussant un peu le ruban, mais ce que ne montre pas la photo, ce sont les trois voitures de patrouille de la douane stationnées en contre-champ.    
À gauche, un groupe de Canadiens; à droite, un groupe d'Américains; entre les deux des fleurs peut-être  arrosées par des douaniers jardiniers.