Spécialiste de l'inutile (2)

Asclépiade commune

Le 11 septembre dernier, je racontais que j'avais entrepris la mise à jour de la nomenclature et des clés d'identification de la flore laurentienne, de façon à la rendre réutilisable et portable sur le terrain. Le travail avance; work-in-progress comme disent ceux dont le nom commence par A. 

Après avoir scanné et rassemblé les clés d'identification, j'ai enfin terminé la mise à jour de la nomenclature. Les noms des espèces, des genres et des familles de plantes vasculaires présentes sur le sol québécois (selon le site Canadensys) ont été mis à jour; ce qui m'a contraint évidemment à commencer à revoir les clés d'identification, puisque de nouvelles espèces sont apparues, plusieurs ont changé de genre et même de famille, des familles ont disparu et d'autres sont apparues. Tant qu'à faire, j'ai inclus aussi un petit tableau des hybrides et de leurs parents au début de chaque famille. Cela donne, par exemple, pour les Apocynacées qui regroupent maintenant les asclépiades:

APOCYNACÉES

Apocynum x floribundum = Apocynum androsaemifolium x Apocynum cannabinum

1-Fleurs possédant une couronne entre la corolle et les étamines; fruits gonflés, rugueux ou lisses, verts; fleurs petites, en ombelles axillaires ou terminales
    2-Plante grimpante ou à tige volubile; calice et corolle dressés
        3-Fleurs pourpre foncé, presques noires; corolle pubescente sur la face adaxiale, à lobes triangulaires Vincetoxicum nigrum (Dompte-venin noir)
        3-Fleurs plus pâles, généralement roses, marron ou jaunâtres, glabres, à lobes lancéolés Vincetoxicum rossicum (Dompte-venin de Russie)
    2-Tige dressée; calice et corolle récurvés
        3-Feuilles alternes; fleurs jaunes à oranges Asclepias tuberosa (Asclépiade tubéreuse)
        3-Feuilles opposées ou verticillées
            4-Capuchons de la couronne dépassant le gynostège; cornes plus courtes ou égales aux capuchons; plante canescente ou tomenteuse, propre aux lieux secs; feuilles (larg 5-12 cm) oblongues; corolle pourpre pâle à rose Asclepias syriaca (Asclépiade commune)
            4-Capuchons de la couronne plus courts ou de la même hauteur que le gynostège; cornes visibles dépassant des capuchons.
                5-Corolle blanche à rose; Ombelles 2-4 réparties le long de la tige, à l’aisselle des feuilles Asclepias exaltata (Asclépiade très grande)
                5-Corolle rose à rouge; plante glabre, palustre; feuilles (larg 1-3 cm) lancéolées; tige ramifiée Asclepias incarnata (Asclépiade incarnate)
1-Fleurs sans couronne; fruits lisses, très élancés
    2-Fleurs grandes, solitaires; petite plante rampante, naturalisée dans les lieux cultivés Vinca minor (Petite pervenche)
    2-Fleurs petites, en cymes; plantes indigènes des habitats naturels
        3-Corolle (long 5-10 mm) campanulée, blanche ou rose, à lobes largement étalés ou réfléchis; lieux secs; feuilles non subcordées à la base Apocynum androsaemifolium (Apocyn à feuilles d’androsème)
        3-Corolle urcéolée ou courtement tubuleuse (long. 3-7 mm) d’un blanc verdâtre, à lobes dressés ou presque; feuilles souvent subcordées à la base; rivages Apocynum cannabinum (Apocyn chanvrin)

Apocyn à feuilles d'androsème

Un 19 octobre sur le mont Saint-Bruno

L'automne est vraiment ma saison préférée. L'hiver est trop froid, le printemps trop boueux et l'été trop chaud, sans parler des maringouins. En plus, même quand les journées sont grises et pluvieuses comme aujourd'hui, il y a toujours les arbres pour mettre un peu de couleur. 

Ce matin, sur le lac à la tortue, quelques canards colverts, des fuligules à collier et des harles couronnés. En sous-bois, c'était le festival du tamia rayé...à se demander où sont passées les chouettes rayées.

Un 30 août dans le parc national du Fjord-du-Saguenay

C'était un jour de pluie et apparemment un jour de manne pour les oiseaux, car que ce soit le tétras du Canada ou la paruline tigrée, tous étaient affairés à se nourrir à l'envers des feuilles, probablement d'insectes volants qui croyaient se mettre à l'abri. Ce devait un mets de choix pour que les oiseaux négligent notre présence à ce point et que la paruline s'abaisse à notre hauteur.

 
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Un 9 octobre dans la tourbière de Villeroy


La tourbière de Villeroy, d'une superficie d'environ 1500 hectares, est l'une des grandes tourbières du Québec méridional à nous avoir survécu. Beaucoup ont été exploitées pour la tourbe ou drainées pour en faire des terres cultivables. 

Située au bord de l'autoroute 20 entre Montréal et Québec, je suis passé de nombreuses fois à côté sans soupçonner son existence. Il faut dire que le secret est bien gardé, trop peut-être, et que même avec des coordonnées GPS, on a plus de chances de se retrouver dans l'aire de repos de l’autoroute que dans le stationnement de l'entrée de la tourbière. D'ailleurs, sans l'aide d'une riveraine qui nous remit sur le droit chemin, je crois bien que nous aurions renoncé.

Finalement, après un kilomètre de slalom entre les trous d'eau d'un chemin défoncé par les 4x4, nous avons atteint le départ du sentier. D'entrée de jeu, rien ne laisse supposer qu'il nous dirige vers une tourbière puisque la marche commence dans une forêt mixte d'épinettes, de bouleaux et de peupliers qui recouvre ce que j'ai d'abord pris pour un esker mais qui s’avère être d'anciennes dunes façonnées par des vents qui soufflaient il y a 8500 à 11000 ans sur le littoral sans relief de la mer de Champlain, juste après que les glaciers se soient retirés.

Après avoir franchi ces dunes fossiles, le paysage change rapidement. Le sol s'aplanit, les arbres se dispersent et au sol, les mousses se font de plus en plus présentes, jusqu'à occuper tout l'espace un peu plus loin. C'est là que commence le trottoir de bois; enfin ce qu'a bien voulu nous en laisser la végétation. Cette passerelle, seul moyen de navigation sur la tourbière, est le signe que nous touchons au but. Et effectivement, le paysage change une dernière fois pour laisser place à quelques épinettes noires rabougries et à des mélèzes à peine plus fiers qui flottent avec un rassemblement hétéroclite d'éricacées à la surface d'un océan de sphaignes aussi rougeâtres que spongieuses. Pas de doute, nous sommes dans la tourbière. Sous nos pieds, le sol est vivant. La matière organique s'y accumule sans se décomposer depuis 11000 ans et son épaisseur varie entre un et cinq mètres selon le relief des dunes qui constituent le soubassement.

L'acidité du sol sol fait en sorte que la matière organique s'y conserve bien et pour connaître l'histoire des lieux, il suffit d'interroger la tourbe; ce que n'ont pas manqué de faire quelques chercheurs (lire la référence disponible ci-dessous). 

Ainsi, il y a environ 11000 ans (l'holocène), 10700 selon les analyses,  il y avait là, entre les dunes, des étangs saumâtres et peuplés de la même vie qu'aujourd'hui: des crustacés (Daphnia), des bryozoaires (Cristatella mucedo) et des plantes (des Najas flexilis, des Potamogeton sp, des Hippuris vulgaris, des Ranunculus aquatilis, des Menyanthes trifoliata, des Nymphaceae et des Chara sp). Puis, il y a 9300 à 10000 ans, les carex et les mousses ont commencé à combler les étangs qui se sont progressivement entourbés. Autour, les épinettes, les mélèzes, les aulnes, les thuyas et les bouleaux colonisaient les dunes. Peut-être ces arbres ont-ils permis à des paléoaméricains d'alimenter leur feu et de construire des abris ?

Source:
Larocque, M. (UQAM), Colpron-Tremblay, J. (Université Laval, CEN), Lavoie, M. (Université Laval, CEN) & Tremblay, L. (UQAM). (2013). Écohydrologie de la Grande Tourbière de Villeroy. À lire ici.


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Un 8 octobre dans la campagne de Sainte-Apolline-de-Patton

Tandis que les grosses pluies d'hier cherchaient leur chemin vers l'océan, nous, nous avancions sans autre but que de profiter de l'instant; ce qui n'est pas si évident quand le vent ne dépasse pas 8°C. Heureusement, nous nous contentons de peu et la dentelle de pic maculé, les polypodes des Appalaches (en tout cas, cela y ressemble beaucoup) et le groupe de vingt dindons sauvages rencontrés sur notre chemin ont réussi à faire notre bonheur.

Bleu polyéthylène


Une randonnée dans le parc régional des Appalaches nous a conduit au sommet du Mont Sugar Loaf  à travers des érablières en exploitation. Ici, le rouge érable a déjà cédé la place au bleu polyéthylène des tuyaux qui permettront de récolter la sève sucrée au printemps prochain.
 
Nous ne sommes qu'à 5 km du Maine, à gauche

La chasse est ouverte

La rivière des cèdres porte bien son nom; on y voit des thuyas plus que centenaires s'y abreuver

Dans le parc régional des Appalaches et ailleurs au Québec, les randonneurs se promènent pendant que les chasseurs abattent le petit gibier au fusil et l'orignal à l'arbalète. Comme je retourne y marcher demain, je me garderai bien de tout jugement, mais quand même: faut être sacrément affamé pour être capable de les tuer.

Gélinotte huppée
Bouleau jaune

Un 3 octobre en Chaudière-Appalaches

Au début, il y a un ruisseau. Puis un castor construit son barrage et le ruisseau devient lac. Plus tard, longtemps après que les castors aient disparu, le lac cède la place à la prairie.

Un 2 octobre dans Lotbinière (Québec)

Comme tous les ans, le Québec est passé en zone orange, mais cela n'empêche pas les coprins noir d'encre de défier la loi en organisant des rassemblements.

Au coeur du récif

Le 25 août dernier, nous revenions d'un voyage dans le temps, à la chute-aux-galets plus au nord.

Alors que nous roulions vers notre époque, entre Saint-Honoré et Saguenay, une carrière en exploitation a attiré notre attention. La carte géologique la situait dans l'ordovicien moyen (entre -470 et -458 millions d'années) et selon mes informations, on en tirait de la pierre concassée destinée à la voirie et à la fabrication du béton. Toujours en activité, il n'était évidemment pas possible d'y pénétrer, mais un peu plus loin sur le bord de la route, un affleurement rocheux nous fit signe de nous arrêter. Impossible de résister. 

Après avoir stationné la voiture sur l'accotement, nous nous sommes glissés entre les conifères en suivant un chemin pavé d'une roche grisâtre si lisse que même les mousses n'arrivaient pas à y trouver de prises. En y regardant de plus près, sa surface était constellé de marques étranges.

La partie métallique de la clé mesure 4,5 cm de long. Sur les photos, on peut voir des réceptaculites (formes rayées et pointillées en haut et en bas) et des gastéropodes (en haut, dans le coin inférieur droit)

Sans l'aide du compte-rendu d'expédition de trois géologues qui étaient passés par là dans les années 80 (voir la référence plus bas), nous n'aurions jamais su que la scène qui avait été gravée dans la pierre était la naissance d'un récif corallien. Tout y était : les réceptaculites, mi-algues mi-éponges qui se fixaient dans les boues calcaires des fonds marins, les stromatopores qui colonisaient les sédiments ainsi stabilisés et les gastéropodes qui venaient y trouver leur nourriture. 

Référence:  Harland, T. L., Pickerill, R. K., & Fillion, D. (1987). Establishment and development of patch reefs in the intracratonic Ordovician sequence near Chicoutimi, Quebec. Lethaia, 20(3), 189–208.

Entre ordovicien moyen (ci-dessus) et supérieur (ci-dessous), la scène se passe sous le point rouge dans une mer peu profonde de l'hémisphère sud; l'équateur étant la fine ligne blanche qui passe presque au pôle supérieur. Source: Ancient Earth Globe