L'herbe-aux-écus

Il y a les plantes qui nous nourrissent, celles qui nous habillent, celles qui nous abritent, celles que nous aimons offrir et recevoir, sans oublier celles qui nous soignent ou nous empoisonnent et auxquelles le pharmacologue qui sommeille en moi s'intéresse plus particulièrement.  
Pour chaque nouvelle plante rencontrée, la question finit toujours par se poser : "Alors docteur, ça soigne quoi ?"
Dans le cas de l'herbe-aux-écus, la réponse semble être: plus grand chose. Et cela ne date pas d'hier puisque François-Joseph Cazin, un médecin français qui vécut de 1788 à 1864, et son fils Henri Cazin, médecin lui aussi, écrivent dans l'édition de 1868 de leur Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes: "La nummulaire a disparu de la matière médicale moderne et est presque ignorée des praticiens."
Le texte complet de la monographie est reproduit ci-dessous.




NUMMULAIRE. Lysimachia nummularia. L.
Nummularia major lutea. C. BAUH. - Nummularia sive centimorbia. J. BAUH.
Lysimachia humi-fusa, folio rotundiore, flore luteo. TOURN.
Herbeaux écus, — monnoyère, — herbe à cent maux, — herbe à tuer les moutons.
PRIMULACÉES. Fam. nat.— PENTANDRIE MONOGYNIE. L.

Cette plante vivace (Pl. XXVIII) est très commune dans les bois, les prés, sur le bord des ruisseaux, qu'elle émaille de ses fleurs. Les brebis la recherchent. Ses feuilles arrondies, entières et disposées régulièrement comme des pièces de monnaie, lui ont fait donner les noms d'herbe aux écus, de nummulaire (nummulus, diminutif de nummus, espèce de monnaie).
Description.— Racine fibreuse. — Tiges rampantes, couchées, glabres, un peu rameuses, hautes de 25 à 40 centimètres. —Feuilles opposées, ovales, entières, courtement pétiolées.— Fleurs jaunes, grandes, axillaires, solitaires (juin-juillet). — Calice à cinq divisions, ovales-aiguës.— Corolle à cinq pétales. — Cinq étamines courtes à filets soudés à la base. — Un style filiforme plus long que les étamines. — Fruit: capsule globuleuse à dix valves, enveloppée et cachée par le calice.
Parties usitées.— L'herbe entière.
(Culture.—La nummulaire sauvage suffit aux besoins de la médecine. On peut la propager de semis, en terre humide.)
Récolte. — Elle se fait pendant toute la belle saison. Sa dessiccation n'offre rien de particulier.
Propriétés chimiques.— La nummulaire a une saveur austère et un peu acide. Elle paraît contenir du tannin. La dessiccation lui fait perdre une grande partie de sa saveur.

PRÉPARATIONS PHARMACEUTIQUES ET DOSES
À L'INTÉRIEUR. — Infusion ou décoction, 30 à 60 gr. par kilogramme d'eau.
Suc exprimé, 50 à 100 gr.
Feuilles en poudre, 2 à 4 gr., et plus.
Vin (30 à 60 gr. pour 1 kilogr. devin) 60 à 120 gr.

La nummulaire a disparu de la matière médicale moderne et est presque ignorée des praticiens. Cependant, suivant Lieutaud, elle n'est pas le moins efficace des remèdes astringents. Elle a été regardée comme très-utile dans l'hémoptysie, les pertes utérines, l'hématurie, l'écoulement immodéré des hémorrhoïdes, le scorbut et les hémorrhagies scorbutiques, la diarrhée, la dysenterie, la leucorrhée, etc. Boerhaave faisait grand cas de cette plante. Tragus en recommandait la décoction édulcorée avec du miel aux phtisiques. Les pâtres, au rapport de Gattenhof, la donnent aux brebis, pulvérisée et mêlée avec du sel, pour les préserver de la phthisie pulmonaire. Le sel a probablement la plus grande part aux bons effets qu'on obtient de ce mélange. En Alsace (Gazette médicale de Strasbourg, avril 1856.), cette plante est d'un usage populaire dans les flux de ventre, l'hémoptysie, les hémorrhoïdes. J'en ai fait prendre le suc exprimé à la dose de 80 gr. chaque matin dans un cas de ménorrhagie lente, passive, qui existait depuis trois mois et avait considérablement affaibli la malade. Cette malade, âgée de vingt-huit ans, était lymphatique, d'une constitution délicate, avait eu deux enfants et trois avortements, à la suite desquels il lui restait toujours un écoulement sanguin peu abondant, mais continuel. Ce flux a cessé après la quatrième dose de suc de nummulaire, dont la malade a néanmoins continué l'usage pendant dix jours. Cette plante peut prendre rang, comme astringente, à côté de la centinode ou renouée et de la bourse à pasteur, dont on a récemment reconnu l'efficacité.


Extrait de: Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes. F.-J. Cazin et H. Cazin. Troisième édition. P. Asselin, successeur de Béchet Jeune et Labé, libraire de la Faculté de médecine. Place de l'École-de-Médecine. Paris. 1868

Laitue vireuse

Lactuca virosa (Astéracées) est appelée aussi Laitue sauvage ou Méconide.

La Laitue cultivée (Lactuca sativa), aussi appelée Laitue des jardins, Herbe des sages ou Herbe des philosophes, la Laitue scariole (Lactuca scariola), aussi appelée Laitue serriole, Escarole, Laitue scarole ou Scarole, la Laitue à feuilles de chêne (Lactuca quercina), aussi appelée Laitue de chaix, et la Laitue du Canada (Lactuca canadensis) ont des propriétés similaires, mais beaucoup moins prononcées.

La laitue vireuse est une plante originaire des régions tempérées et subtropicales d’Europe, qui a été introduite en Amérique du Nord. Bisuannelle, elle produit une rosette de feuilles à nervure principale épineuse au cours de la première année, puis une longue hampe florale pouvant atteindre 2 mètres de hauteur et portant de nombreuses petites fleurs jaunes, l’année suivante. On la trouve dans les lieux incultes et au bord des routes.
Selon la légende, Héra, épouse de Zeus, accoucha sans douleur de sa fille Hébé, déesse de la jeunesse et de la vitalité, après avoir mangé de la laitue vireuse. Dans l’antiquité, la laitue était appelée la plante des eunuques en raison de son effet sédatif sur les organes génitaux.


On utilise la tige, les feuilles et les semences qui sont analgésiques, béchiques, hypnotiques, hypoglycémiantes, sédatives et spasmolytiques.
La laitue produit un latex blanc qui, en séchant, s’épaissit et prend une coloration brunâtre. Ce lactucarium aux propriétés narcotiques était utilisé comme substitut de l’opium dans les cures de désintoxication.
Parmi les principes actifs de la laitue vireuse, on trouve:
  • La lactucopicrine, la lactucine et la lactucérine, des lactones sesquiterpéniques du latex auxquelles on attribue les propriétés de la plante.
Contre l’anxiété, la nervosité et ses manifestations, l’insomnie, la toux (coqueluche) et l'hyperglycémie.
  • Suc à raison de 0,1 à 1 g par jour.
  • Lactucarium à raison de 0,3 à 1 g, 3 fois par jour
  • Graines à raison de 4 à 5 g par jour.
  • Infusion de 0,5 à 3 g de feuilles séchées dans 150 ml d’eau, 3 fois par jour.
  • Décoction de 60 à 80 g de feuilles fraiches par litre d’eau (5 min); laisser infuser 10 min et boire dans la journée.
  • Décoction de 5 g de graines dans 150 ml d’eau, 2 à 3 fois par jour.
  • Extrait liquide de feuilles (1:1 éthamol à 25%) à raison de 0,5 à 3 ml, 3 fois par jour.
Contre l’acné et les inflammations ophtalmiques.
  • Lotion avec la décoction de feuilles.
Contre les furoncles, les abcès et les brûlures.
  • Cataplasme de feuilles bouillies.
De fortes doses peuvent provoquer des intoxications qui se manifestent par de la stupeur, de la détresse respiratoire et peuvent entraîner, dans certains cas, le coma et la mort. Par ailleurs, la laitue peut provoquer des réactions allergiques chez les personnes allergiques aux plantes de la famille des astéracées.


Un palmier sur la tête



Je ne crois pas avoir déjà parlé du Chamaedorea elegans de la maison. Même à un âge avancé, ce petit palmier originaire des forêts pluviales du Mexique, du Belize et du Guatemala dépasse difficilement le mètre en captivité; ce qui lui a valu le nom de palmier nain. C'est à peine mieux dans son environnement où il ne peut espérer gagner que 4 mètres de plus.




Pour me faire pardonner, les conditions de vie que j'impose à cet immigré et flatter son ego, je l'ai placé sur une étagère qui surplombe mon bureau. Je crois qu'il aime sa position dominante. En tout cas, il fleurit tous les ans; des petites fleurs jaunes globuleuses au parfum très agréable à condition de coller son nez dessus.


L'hiver, les serres

Serre des ptéridophytes

Vient fatalement un moment dans l'hiver où l'on finit par manquer de chaleur et de couleur. C'est alors le temps d'aller faire un tour dans le sud (on en revient) ou dans les serres du jardin botanique de Montréal. 
Ah, les broméliacées, les fougères, les bégonias... Et les parfums des orchidées. Cette année, je crois bien que j'ai réussi à toutes les humer.

Si vous voulez goûter au fruit du Jacquier, vous pouvez en trouver dans une épicerie asiatique; ça vaut le détour
Fougère arborescente

Et puis après la visite, il y a le traditionnel passage à la boutique où je vais me créer des besoins en visitant la librairie. Cette année, la tendance est au zéro-déchet et à la cuisine des plantes sauvages; ce qui nous promet quelques intoxications. D'ailleurs à ce chapitre, les champignons semblent toujours avoir le vent en poupe. Curieusement, il y a beaucoup de guides d'identification européens, sans aucun intérêt au Québec, mais aucune flore laurentienne, laquelle semble être tombée définitivement aux oubliettes (probablement trop de travail et pas assez d'argent à se faire). 

Serre des xérophytes

Bestiaire nocturne

En hiver, les nuits ne sont jamais vraiment noires et je jette toujours un œil à la fenêtre avant d'aller me coucher avec l'espoir de surprendre une silhouette se découper sur la neige. En ce moment, je vois assez régulièrement un gros raton laveur faire le funambule sur la clôture et un lapin à queue blanche ramasser les graines tombées des mangeoires à la lisière du bois. 
L'été, la surveillance des nuits, plus tardives et plus obscures, est confiée à une caméra infrarouge. Son œil infaillible en a surpris plus d'un. Il y a ceux qui vivent avec nous comme les souris à pattes blanches du cabanon ou le rat surmulot qui vit juste en dessous. Il y a ceux qui ne font que passer comme les mouffettes et les ratons laveurs qui viennent pêcher la grenouille dans le bassin ou faire le ménage dans nos poubelles. Et puis, il y a les cerfs de Virginie condamnés à rester derrière la clôture. 

Espèce, sous-espèce et forme

Falco sparverius sparverioides, forme pâle

La taxonomie est une science bien pratique quand on veut échanger des informations sur une plante ou un animal avec son voisin.
Il est tellement plus facile de dire: "À Cuba, j'ai vu la Crécerelle d'Amérique cubaine de forme pâle" que de dire: "À Cuba, j'ai vu un oiseau un peu plus gros qu'un merle avec un petit bec crochu jaune à pointe noire, un favori noir sur la joue, une longue queue rousse avec une bande noire à l'extrémité, un dos roux et les ailes gris bleu. Il ressemblait à celui que l'on peut voir au Québec, mais sa poitrine était uniformément blanche."

Falco sparverius sparverius

Le moineau des Antilles

Paruline d'hiver à l'heure de la margarita au bord de la piscine

J'ai toujours trouvé étrange le nom anglais de la paruline à couronne rousse. Pourquoi appeler Paruline des palmiers (Palm Warbler), un oiseau qui niche dans les tourbières du nord de l'Amérique ?
En consultant le "Deuxième atlas des oiseaux nicheurs du Québece méridional", la bible sur les populations d'oiseaux de la province, on peut lire en introduction de la monographie sur cette paruline: "Rares sont les passereaux aussi intimement liés aux tourbières que la paruline à couronne rousse. C'est dans cet habitat qu'on l'aperçoit, généralement juchée au sommet d'une épinette ou d'un mélèze..."
Et effectivement, c'est toujours là que j'ai  pu en observer au Québec. Attention, je ne parle pas de nuées, tout juste une à l'occasion, pendant la saison de reproduction, quand elle attire votre attention en se mettant à chanter au sommet de son arbre.
Il m'aura fallu un séjour en Floride, au Texas et à Cuba, où l'on voit plus de palmiers que de mélèzes, pour vaincre mon ethnocentrisme québécois et admettre que la paruline à couronne rousse, comme beaucoup d'autres oiseaux, partage sa vie et son année entre deux pays.
À Cuba, en particulier, elle est partout. Un oiseau trottine  au sol, c'est une paruline à couronne rousse; un oiseau se promène dans la cuisine pour grappiller quelques restes, c'est elle; un oiseau s'invite à votre terrasse pour prendre une margarita, encore elle.  La paruline à couronne rousse, c'est le moineau des Antilles.   

Paruline d'été dans son mélèze

Les endémiques de Cayo Coco

Le Todier de Cuba, le plus beau des endémiques de Cuba

La liste annotée des oiseaux de Cuba de 2017 mentionne 398 espèces d'oiseaux, parmi lesquelles 153 espèces nicheuses et 245 migrateurs répartis en hivernants (les oiseaux du nord qui viennent passer l'hiver  à Cuba), en estivants (une quinzaine d'espèces provenant généralement d'Amérique du Sud) et en visiteurs exceptionnels. Parmi les résidents, on dénombre 28 espèces que l'on ne peut voir qu'à Cuba et 20 espèces endémiques des Antilles (les Grandes Antilles, les Petites Antilles et les Îles Lucayes).

Le Bruant de Zapata, un endémique de Cuba classé vulnérable

Évidemment, tous ces oiseaux ne se répartissent pas uniformément sur le territoire qui compte une grande diversité de paysages et d'habitats. À Cayo Coco, on doit se contenter des oiseaux du littoral, de ceux des mangroves et de quelques ubiquistes. D'après le site eBird qui compile les observations d'oiseaux, cela totalise quand même 211 espèces.
Pendant nos six jours de présence, nous en avons vu 81, dont 6 endémiques de Cuba et au moins 7 endémiques des Antilles (je n'ai pas vraiment fait le compte). Je n'afficherai ici que les photos de quelques endémiques de Cuba et des Antilles. Pour les autres, vous pouvez consulter l'album des oiseaux de Cayo Coco. Je dois dire qu'à notre grande surprise, les oiseaux se sont avérés d'une grande discrétion (peu de déplacements au sol ou en vol, peu de chants, même au lever de soleil) et difficiles à trouver en raison de la densité importante de la végétation et de notre méconnaissance du milieu.

Le Dendrocygne des Antilles, un endémique des Antilles menacé d'extinction

Heureusement, le hasard nous a mis en contact avec Odey Martínez Llanes, un ornithologue qui oeuvre pour  la Société nationale de conservation de la flore et de la faune de Cuba et guide des excursions ornithologiques. Odey est un vrai passionné de nature et un expert dans son domaine. Grâce à son œil et à son oreille aiguisés, nous avons pu admirer quelques uns des plus beaux et des plus rares oiseaux de la région de Cayo Coco. Si vous séjournez dans le coin, je vous recommande chaudement ses services. Vous pouvez le contacter par téléphone au (+53) 52627287 ou par courriel (odey@nauta.cu), mais pensez-y d'avance, car il est très demandé.

Le pic à sourcils noirs, un endémique des Antilles
Le sporophile négrito, un autre endémique des Antilles
Le Taco de Cuba, endémique de Cuba et peut-être des Bahamas