Un 25 novembre à Longueuil

Entre un bouleau européen (Betula pendula) planté là par les précédents propriétaires et un thuya de l'Ouest (Thuja occidentalis) qui a germé entre ses racines depuis que nous avons pris possession des lieux, regardant tombé la neige, il y avait ce cardinal rouge qui nous rappelle qu'il est temps de penser aux décorations de noël. 

En parlant de décorations, il y a quelques semaines, j'avais relayé sur mon compte twitter (@CarnetNature) la découverte et la capture d'une petite nyctale dans le sapin du Rockfeller Center à New York. Et bien, j'ai lu aujourd'hui qu'elle a été relâchée dans la nature...où j'imagine qu'elle cherche son arbre. 


Un 23 novembre à Longueuil

Il y a des jours où l'on devrait s'abstenir d'ouvrir les rideaux. Les premiers cinq centimètres d'une longue série sont tombés cette nuit. La bonne nouvelle, c'est que même les plus invisibles des animaux ne pourront s'empêcher de laisser des traces.

Un 18 novembre à l'arboretum Stephen-Langevin

Un saule encore souple pour son âge

J'aime bien aller me promener sur le site de l'ancienne propriété des Langevin, sur le bord du fleuve à Boucherville. Même s'il ne reste rien de la luxueuse propriété et que le dessin du jardin d'autrefois est presque effacé, le lieu est encore habité et à l'ombre des arbres exotiques, dans les entrelacs de vignes vierges ou le long des remparts de thuyas, il n'est pas improbable de trouver une nyctale, un hibou moyen-duc ou même le grand-duc.

Aujourd'hui, nous n'en avons pas vu; ce qui ne signifie pas qu'ils n'étaient pas là. En revanche, comme chaque année à cette saison, il y avait beaucoup de merles d'Amérique, plusieurs dizaines. Les pommetiers et autres arbres fruitiers du site ne sont problablement pas étrangers à leur présence. 

Quand les vers et les insectes ont disparu, le merle redécouvre les fruits

Un 15 novembre quelque part à Longueuil

Ne vous avisez pas de plonger pas votre regard dans celui de la Chouette rayée, vous risqueriez de vous y perdre

Ce matin, nous sommes sortis suffisament tôt pour croiser une nocturne retardataire qui est venue nous saluer avant d'aller se coucher. Je reste flou sur la localisation (un espace vert de Longueuil que je fréquente régulièrement), car c'est le genre d'espèces dont je respecte la discrétion et la tranquillité. L'observation et la photograhie des oiseaux étant devenues des loisirs de masse, cela amène son lot d'indésirables et d'indélicats et vous n'imaginez pas les dégats que peuvent faire un autobus de photogtraphes animaliers lachés à la recherche d'une chouette. 

Il y a quelques années quand je siégeais au conseil d'administration de l'AQGO (devenu le regroupement Québec-Oiseaux), je réclamais un peu de discrétion et de retenue sur le dévoilement des observations de strigidés et d'autres oiseaux peu communs sur les forums internet et on me répondait alors que s'ils étaient vraiment dérangés, il leur suffisait de se déplacer ailleurs. Et c'est ce qu'ils ont fait, et les ailleurs sont devenus de plus en plus rares, et on les a vus de moins en moins, et finalement la discrétion s'est imposée d'elle-même. 

Par conséquent, puisque nous sommes incapables de sacrifier notre satisfaction immédiate au profit de considérations un tout petit peu plus générales, altruistes et dont le terme dépasse nos brèves existences (je parle de la préservation de notre environnement), je me retiens malheureusement de dévoiler l'endroit où d'autres pourraient avoir la chance d'entrer en contact avec le sauvage et de réaliser que cette nature que l'on nous montre dans les media est en réalité bien plus proche de nous qu'on ne le pense. Je précise "malheureusement", car je suis un fervent partisan de la circulation de l'information et suis persuadé qu'à long terme, la seule véritable solution durable passe par l'éducation et la sensibilisation à l'environnement...sinon pourquoi entretiendrais-je ce blog ?  

La chouette rayée est une résidente du Québec qui devient plus facile à observer une fois que les feuilles sont tombées. 

Un 10 novembre dans le parc national de la Yamaska

L'érablière sait à quoi s'attendre et elle est prête
Forts de leur expérience, ces vieux pommiers aussi

Après un petit deux-centimètres de neige préhivernale, le réchauffement climatique nous offre un sursis d'été avec une semaine autour de 20°C. Autant en profiter pour faire l'école buissonière en allant se promener au parc de la Yamaska. Trop fréquenté, trop familial, trop aménagé, la nature y est pourtant belle. Avec ses plantations de conifères bien alignés, ses vergers abandonnés et ses chemins bien tracés, c'est une nature à l'européenne, c'est-à-dire plus campagne que sauvage.

Bah, la journée était tellement belle que nous n'avons pas boudé notre plaisir; la lune non plus qui avait donné rendez-vous au soleil. Sur le réservoir, il y avait des oies des neiges en escale, et dans le sous-bois, les pieds dans l'eau, cette Dorine d'Amérique (Chrysosplenium americanum, de la famille des Saxifragacées) que je n'aurais pas reconnue si je ne l'avais pas croisé la semaine précédente en pourvuivant ma mise à jour de la Flore laurentienne.  

OIes des neiges
Sittelle à poitrine rousse
Dorine d'Amérique

Un 31 août dans le parc national des Grands Jardins

Au Québec et partout où ils existent, il y a au moins deux espèces d'oiseaux qui ne refusent jamais une main tendue, surtout quand elle est pleine de graines. C'est la mésange à tête noire, qui fait la joie des petits et des grands dans les parcs des grands centres urbains, et le mésangeai du Canada, qui fait celle des campeurs; enfin peut-être pas de tous puisqu'on le surnomme "Camp Robber" en Anglophonie.

Si la mésange se trouve - et vous trouve - facilement, le second en revanche se mérite un peu plus. Grand amateur d'épinettes dans lesquelles il perche son nid, il faut aller le chercher dans les forêts boréales ou de montagne. Pour le reste, il suffit d'installer son campement pour voir rappliquer l'opportuniste, un brin  chapardeur (il faut bien le reconnaitre). Mais quand il accepte de venir se percher sur votre main, c'est le bonheur et on lui pardonne tout.

Cet été, nous en avons croisé au parc des Grands Jardins, dans un décor qui leur va bien, en altitude au milieu des épinettes noires et des lichens géants dont raffolent les orignaux. Bien sûr ce sont eux qui nous ont trouvés et interpellés. Heureusement, nous avions de quoi payer le passage.


Avant que le vent du nord les emporte...

...j'en ai ramassé quelques unes pour me souvenir de ces jours où le soleil était plus brûlant qu'aujourd'hui. C'était ce matin au mont Saint-Bruno et j'espère que Jacques Prévert ne m'en voudra pas.

De gauche à droite: Chêne rouge, Érable à sucre, Bouleau gris, Tilleul d'Amérique, Peuplier à grandes dents, Peuplier faux-tremble, Érable argenté et Hêtre à grandes feuilles

Une asperge mexicaine

Mis à part ses deux tiges qui passent leur temps à s'allonger au rythme des feuilles qui naissent et qui meurent, rien dans mon Beaucarnea recurvata ne ressemble à une asperge; ni le tronc ligneux renflé à sa base, ni le toupet de feuilles longues et coriaces qui coiffe ses branches et encore moins la comestibilité. Et pourtant, c'est dans cette famille, celle des asparagacées, que l'APG III (Angiosperm Phylogeny Group) le range.

Mieux connu des francophones sous le nom de pied-d'éléphant ou d'arbre-bouteille, cette plante qui végète lentement dans de nombreux foyers du monde industrialisé a pour origine l'est du Mexique. Dans ce pays et ses voisins comme le Bélize, le Guatemala et, plus loin, le Savador, on trouve neuf espèces de Beaucarnea. Il parait qu'en nature, le "recurvata" peut atteindre 5 mètres de hauteur. Il ne fait des branches qu'au bout d'une dizaine d'années après avoir fleuri ou lorsqu'une tige est brisée. En appartement, il ne devient jamais aussi haut et si on veut qu'il se ramifie, il faut le couper, s'armer de patience puis désespérer avant de voir sortir, une, deux ou trois nouvelles pousses. Personnellement, j'ai attendu 6 mois pour obtenir le résultat de la photo.

Curieusement (mais l'est-ce vraiment ?), cette plante si répandue sur la planète est en danger dans son pays d'origine. La raison en est toujours la même: notre quête du bonheur qui s'est malheureusement engagée sur une voie incompatible avec l'atteinte de l'objectif, en tout cas pour le plus grand nombre, celle du consumérisme qui exige de plus en plus de ressources, d'énergie et d'espace.


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Un 31 octobre à Longueuil (Québec)

Du givre sur le balcon, le bassin gelé, les dernières feuilles flétries, les apparences ne sont pas toujours trompeuses. Ce matin, mon thermomètre indique -3°C... et ce n'est que le début. 

La Physostégie de Virginie

Miss Manners

C'était le 14 septembre dernier. Nous nous promenions dans le parc des étangs Antoine-Charlebois, à Sainte-Julie (Québec), quand nous avons rencontré la physostégie de Virginie (Physiostegia virginiana, Lamiaceae) pour la première fois.

Au moment de la photographier, nous ne savions pas qu'elle était rare au Québec et dans le Vermont voisin. Comme c'est souvent le cas, une plante peut sembler abondante et en santé à l'endroit où on la trouve, mais n'exister que là. D'ailleurs, c'est la raison pour laquelle il vaut mieux résister à la pulsion de la cueillir quand on ne connait pas le statut de sa population.

Au début, je ne l'ai pas reconnu; nous avons pourtant son cultivar "Miss Manners" au jardin. Force est d'admettre que le charme de Miss Manners n'arrive pas à la cheville de sa parente sauvage.  

Je précise, pour les amateurs de retour à la vie sauvage qui cueillent à tort et à travers et qui demandent après sur Facebook si ça se mange ou si ça soigne, qu'il n'y a rien d'autre à faire avec la physostégie que de la contempler, même si certains l'appellent aussi Cataleptique. La raison pour laquelle elle porte ce nom est probablement liée au fait que les fleurs gardent la position dans laquelle on les pousse. Allez-voir sur YouTube, vous trouverez des tas de vidéos qui le démontrent.

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Un 24 octobre aux étangs Antoine-Charlebois

C'est par un petit 2°C que nous nous sommes promenés dans une nature tranquille et en partie désertée. Je m'attendais à trouver des bernaches, mais à part un couple de harles couronnés, il n'y avait rien sur l'eau. Dans les arbres autour: un pic chevelu, quelques bruants à gorge blanche et un bihoreau gris. Vous le voyez sur la photo ? Mais oui, le gros arbre au centre; remontez la grosse branche à droite.
Et là ?

Au retour, un bruant fauve nous attendait au jardin. C'est son deuxième passage de l'année; celui qui nous annonce une sérieuse baisse des températures. Quelque chose me dit que l'hiver, sans possibilité de s'échapper, va être long cette année. 

Un 23 octobre à Longueuil

Tout le monde profite du dernier 21°C de l'année pour admirer les couleurs du fusain ailé et prendre une dernière rasade de nectar au bar de l'actée, le dernier à être encore ouvert avec l'aster. Il y a là les habitués: les jardiniers, quelques bourdons fébriles, une couleuvre rayée et même le tamia qui est sorti de son demi sous-sol pour prendre le soleil.

Des crêtes subéreuses sur ses rameaux; c'est ce que le fusain appelle des ailes.
Last call avant la fin, la vraie.

Spécialiste de l'inutile (2)

Asclépiade commune

Le 11 septembre dernier, je racontais que j'avais entrepris la mise à jour de la nomenclature et des clés d'identification de la flore laurentienne, de façon à la rendre réutilisable et portable sur le terrain. Le travail avance; work-in-progress comme disent ceux dont le nom commence par A. 

Après avoir scanné et rassemblé les clés d'identification, j'ai enfin terminé la mise à jour de la nomenclature. Les noms des espèces, des genres et des familles de plantes vasculaires présentes sur le sol québécois (selon le site Canadensys) ont été mis à jour; ce qui m'a contraint évidemment à commencer à revoir les clés d'identification, puisque de nouvelles espèces sont apparues, plusieurs ont changé de genre et même de famille, des familles ont disparu et d'autres sont apparues. Tant qu'à faire, j'ai inclus aussi un petit tableau des hybrides et de leurs parents au début de chaque famille. Cela donne, par exemple, pour les Apocynacées qui regroupent maintenant les asclépiades:

APOCYNACÉES

Apocynum x floribundum = Apocynum androsaemifolium x Apocynum cannabinum

1-Fleurs possédant une couronne entre la corolle et les étamines; fruits gonflés, rugueux ou lisses, verts; fleurs petites, en ombelles axillaires ou terminales
    2-Plante grimpante ou à tige volubile; calice et corolle dressés
        3-Fleurs pourpre foncé, presques noires; corolle pubescente sur la face adaxiale, à lobes triangulaires Vincetoxicum nigrum (Dompte-venin noir)
        3-Fleurs plus pâles, généralement roses, marron ou jaunâtres, glabres, à lobes lancéolés Vincetoxicum rossicum (Dompte-venin de Russie)
    2-Tige dressée; calice et corolle récurvés
        3-Feuilles alternes; fleurs jaunes à oranges Asclepias tuberosa (Asclépiade tubéreuse)
        3-Feuilles opposées ou verticillées
            4-Capuchons de la couronne dépassant le gynostège; cornes plus courtes ou égales aux capuchons; plante canescente ou tomenteuse, propre aux lieux secs; feuilles (larg 5-12 cm) oblongues; corolle pourpre pâle à rose Asclepias syriaca (Asclépiade commune)
            4-Capuchons de la couronne plus courts ou de la même hauteur que le gynostège; cornes visibles dépassant des capuchons.
                5-Corolle blanche à rose; Ombelles 2-4 réparties le long de la tige, à l’aisselle des feuilles Asclepias exaltata (Asclépiade très grande)
                5-Corolle rose à rouge; plante glabre, palustre; feuilles (larg 1-3 cm) lancéolées; tige ramifiée Asclepias incarnata (Asclépiade incarnate)
1-Fleurs sans couronne; fruits lisses, très élancés
    2-Fleurs grandes, solitaires; petite plante rampante, naturalisée dans les lieux cultivés Vinca minor (Petite pervenche)
    2-Fleurs petites, en cymes; plantes indigènes des habitats naturels
        3-Corolle (long 5-10 mm) campanulée, blanche ou rose, à lobes largement étalés ou réfléchis; lieux secs; feuilles non subcordées à la base Apocynum androsaemifolium (Apocyn à feuilles d’androsème)
        3-Corolle urcéolée ou courtement tubuleuse (long. 3-7 mm) d’un blanc verdâtre, à lobes dressés ou presque; feuilles souvent subcordées à la base; rivages Apocynum cannabinum (Apocyn chanvrin)

Apocyn à feuilles d'androsème

Un 19 octobre sur le mont Saint-Bruno

L'automne est vraiment ma saison préférée. L'hiver est trop froid, le printemps trop boueux et l'été trop chaud, sans parler des maringouins. En plus, même quand les journées sont grises et pluvieuses comme aujourd'hui, il y a toujours les arbres pour mettre un peu de couleur. 

Ce matin, sur le lac à la tortue, quelques canards colverts, des fuligules à collier et des harles couronnés. En sous-bois, c'était le festival du tamia rayé...à se demander où sont passées les chouettes rayées.