Des fabacées partout

Tout le monde a déjà eu affaire  au moins une fois dans sa vie avec une fabacée. Peut-être pas sous ce nom, mais si je vous dis "légumineuse"...

Impossible de les éviter ! Dans Wikipedia, on peut lire qu'il  en existe environ 19500 espèces; ce qui en fait la troisième famille de plantes derrière les orchidées et les astéracées (marguerites, pissentlits et chardons). Partout où il y a des plantes, il y a des fabacées: dans les forêts sous forme d'arbres ou de lianes, dans les prés, sauvages (trèfles) ou cultivées (soja, luzerne), dans les jardins (mimosa, caragana, lupin) et même dans les maisons, dans nos garde-mangers et nos assiettes (cacahuètes, haricots, pois chiches, lentilles, pour ne citer que les plus familiers).  

Ce qu'il y a de bien avec les fabacées, c'est qu'elles sont faciles à reconnaitre et et un simple coup d'oeil sur les feuilles et les fleurs suffit à identifier la famille.

La feuille est généralement divisée en feuilles plus petites (les folioles) attachées de part et d'autre de la nervure principale; le nombre des folioles va de trois comme chez les trèfles à beaucoup. Chez certaines espèces, la feuille se termine par une vrille qui permet à la plante de s'accrocher à un support.

Caragana arborescens
Caragana arborescens
Trifolium hybridum
Trifolium hybridum

Les fleurs ont une forme caractéristique dite papilionacée avec:

  • un pétale supérieur plus grand et dressé appelé l'étendard
  • deux pétales latéraux, un de chaque côté, appelés les ailes
  • deux pétales inférieurs soudés au moins à leur base pour n'en former qu'un seul appelé la carène

Le fruit est une gousse qui renferme les graines. C'est, par exemple, le haricot dont on consomme la gousse avant que les graines soient mûres, les petits pois qui sont les graines écossées avant leur maturité et les pois chiches qui sont les graines à maturité.

Voilà, vous ne pourrez plus ignorer les fabacées. Et pour vous aider à identifier celles du Québec, il y a un fichier à télécharger sur la page des références à la section "Clés d'identification".

Dermatophyllum secondiflorum

Un 29 mars dans le Boisé du Tremblay

Au boisé, c'est bel et bien le printemps; seule la température refuse encore de l'admettre. À ma grande surprise, les grenouilles des bois et trois rainettes crucifères chantaient déjà, probablement pour se réchauffer. C'est tôt et les 10 centimètres de neige qu'on nous annonce en fin de semaine devraient les aider à remettre leur pendule à l'heure

Canard colvert

Dans les mares à peine dégelées, les colverts retrouvent leur quartier d'été et nous nous attendons à retrouver les "nôtres" d'un jour à l'autre. Les premiers migrateurs sont arrivés: un urubu à tête rouge et quelques bruants chanteurs encore aphones et furtifs qui préfèrent trotter dans ce qu'il reste de la végétation que se percher dans le vent glacial pour revendiquer leur territoire.

Boisé du Tremblay

Autre nouvelle importante: ça y est, les bûcherons ont enfin décidé d'effacer les marques qui avaient été faites sur les frênes morts. Les peupliers faux-trembles, les bouleaux gris, les aubépines et autre ligneux de première ligne se réjouissent de ce nouveau terrtoire qui leur est offert. Espérons que les nerpruns et autre envahisseurs barbares venus de l'Est n'en aient vent.

En parlant d'envahisseurs, il y en a quand même un, courageux, que j'ai eu plaisir à retrouver. Il s'agit du tussilage, le second à fleurir le long du chemin, après les masques chirurgicaux bien sûr.

Tussilage

Espéré et redouté

Première semaine autour de 15°C. Au Québec, le printemps ne prévient pas. Il réussit même à surprendre l'hiver qui ne peut que battre en retraite dans la débacle la plus totale.

Au jardin, la neige se retire et c'est le moment du bilan, tant espéré et craint à la fois: quelles plantes ont survécu ? Ou pour être plus précis: quelles plantes les campagnols ont-ils laissé ?

Des orifices et des fantômes de galeries qui n'annoncent rien de bon

Cette année, la  fonte a révélé un réseau important de galeries creusées entre sol et neige, ainsi que plusieurs nids tapissés de mes plantes déchiquetées. La Sauge officinale, une vieille souche ligneuse que j'avais depuis des années, ne s'en remettra pas, et ma lavande, des graines qui venaient de France et que j'avais réussi à faire survivre à plusieurs hivers, a pris un méchant coup.  Des envies de génocide m'ont traversé l'esprit, mais ce serait peine perdue, et surtout beaucoup trop risqué pour les autres espèces, surtout notre tamia rayé déjà très actif. 

Nid parfumé à la sauge, un "must" chez les campagnols

De toute façon, la disparition de la couverture neigeuse suffit généralement à faire refluer les "Attila" vers le bois et à stopper les dégats. Sinon, j'interviendrai. Et puis, l'hiver prochain, j'ouvrirais peut-être la porte au renard... au risque de laisser entrer le lapin. 

Lavande, Aurone, tout ce qui est ligneux se mange; tout ce qui est herbacé sert de litière  

Des traces....

...d'une vie disparue depuis 465 millions d'années. Nous sommes au parc régional de Saint-Bernard-de-Lacolle, à quelques kilomètres d'un précédent billet.

Même époque (le formation de Beauharnois),  même paysage (une mer chaude et peu profonde), même vie (des animaux fouisseurs) dont il ne reste que les terriers fossilisés.

Vérâtre vert

Vérâtre vert

La première fois que j'ai observé le vératre vert (Veratrum viride), au Cap Tourmente (Québec), je l'ai pris pour le blanc (Veratrum album) que j'avais appris à reconnaître, enfant, lors de randonnées dans les Alpes. Les deux ont en commun ces grandes feuilles plissées et lustrées, disposées en alternance sur la tige.
Les deux contiennent également un cocktail d'alcaloïdes émétiques, bradycardisants et hypotenseurs (jervine, rubijervine, vératramine, protovératrines A et B, vératrine), qui les rend toxiques. L'ingestion de 20 mg de ces toxines (l'équivalent d'environ 1 à 2 g de racine) suffit pour s'empoisonner. Les premiers signes de l'intoxication se font sentir 30 minutes à 2 heures après l'ingestion et se traduisent par des nausées, des vomissements et des sueurs froides. Si les vomissements ne permettent pas à l'organisme d'éliminer suffisamment de toxines, alors le cœur ralentit et la tension diminue jusqu'au collapsus. Seule l'administration d'atropine, une molécule d'origine végétale (belladone, jusquiame, datura, mandragore) peut empêcher la mort dans les trois à quatre heures suivant l'ingestion.
En Europe, il faut savoir reconnaître la plante (Veratrum: feuilles alternes, plissées et à nervures parallèles et pour ne pas la confondre avec la gentiane jaune (Gentiana lutea: feuilles plissées et opposées, à nervures parallèles) qui sert à fabriquer des liqueurs apéritives et qui, avant la floraison, lui ressemble comme deux gouttes d'eau. Au Canada, les pousses de Vérâtre vert peuvent être confondues avec l'ail des bois (Allium tricoccum: feuilles lisses à nervures parallèles et à forte odeur d'ail) et le chou puant (Symplocarpus foetidus: feuilles lisses à nervures ramifiées).

Vérâtre vert
Vérâtre vert


Sources:
Jaffe, A. M., Gephardt, D.,  & Courtemanche, L. (1990). Poisoning Due To Ingestion of Veratrum Viride (False Hellebore). The Journal of Emergency Medicine. 8, 161–167.
Schep, L. J., Schmierer, D. M., & Fountain, J. S. (2006). Veratrum poisoning. Toxicological Reviews. 25(2), 73-78

Publié le 29 juin 2018 sous le titre: Vert et blanc
Mis à jour le 14 mars 2020

Un 11 mars à Longueuil

Au Québec, ce ne sont pas les hirondelles qui annoncent le printemps, mais les carouges à épaulettes. Et ce matin, si ce n'est pas le printemps, cela y ressemble beaucoup avec l'arrivée d'une dizaine de carouges mâles sous les mangeoires. Les femelles arriveront plus tard, une fois que les territoires seront établis.

Un 10 mars à Longueuil

Enfin la première journée de travail fenêtre ouverte ! Il va falloir que je m'attache à mon bureau parce que dehors, ça chante et ça tambourine. Même la grande Pic (moustaches noires plutôt que rouges) a essayé de me détourner du droit chemin... et elle a réussi.

Sur la vidéo, elle écarte les ailes pour tenter d'effrayer un écureuil gris qui veut mettre son nez dans ses affaires. Ceux-là, je me demande pourquoi ils ont été inventés. Ah oui, pour nourrir les hiboux et les renards, entre autres, et aussi pour planter des chênes.  


Un 8 mars à Saint-Jean-sur-Richelieu



Nous avions à faire à St-Jean ce matin. Alors, autant joindre l'agréable à l'utile tout en limitant notre empreinte carbone et faire d'un trajet, deux objectifs. Un petit coup d'oeil sur Google map pour se trouver un espace blanc inconnu (parce que le vert, en ce moment, il vaut mieux ne pas trop y penser) et en route pour le Parc naturel des Parulines; un vrai nom de parc urbain dessiné à la pépine, à la tronçonneuse et à la tondeuse.

Pantoute ! Au lieu de ça, nous sommes tombés sur un beau petit boisé, probablement humide en d'autres saisons et peuplé de pruches, de thuyas et de caryers ovales. Nous y avons même trouvé un couple d'éperviers de Cooper qui nous a donné tout un spectacle: chasse, accouplement et repas. Du coup, le parc a été inscrit à notre liste des visites à faire au printemps.

Caryer Ovale

Un 28 février à Philipsburg

Refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg
Le refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg vue d'un satellite (ci-dessus) et vue de l'extrémité de la flêche de forêt qui pointe vers l'étang en bas de l'image (ci-dessous) . À droite de l'image, la falaise que nous irons voir de plus près.
Refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg

Semaine de relâche oblige, il faut chercher la tranquilité plus loin. Et pourquoi pas au Refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg, un sanctuaire à la frontière canado-américaine, à seulement une heure de Montréal ? Pas de grosses agglomérations à proximité et aucun des oiseaux qui attirent les meutes de photographes n'a été rapporté sur les forums, c'est à croire que le lieu est tombé dans l'oubli.

Marcher sur l'eau, un des rares avantages de l'hiver

Et pourtant, c'est l'un des rares endroits au Québec où l'on peut voir la paruline azurée, un oiseau qui vit dans la canopée des forêtes décidues et matures; ce qui le rend difficile à observer sans attraper un torticolis. Pour se donner toutes les chances de trouver cette paruline, il faut y aller au printemps quand elle chante et quand le feuillage n'est pas encore trop développé; il suffit alors de pointer l'oreille pour la repérer

"Peut mieux faire"; c'est toujours ce que les profs inscrivaient avec raison sur mon bulletin. En tout cas, on voit qu'elle a la queue rousse

Évidemment, il n'était pas question de paruline un 28 février. Tout ce que l'on pouvait espérer, c'était que la neige soit suffisamment tapée pour pouvoir marcher sans raquettes. Et nous avons eu de la chance; la glace était même assez épaisse pour traverser le marais et longer la falaise jusqu'à ce que les eaux libres de l'étang Streit nous arrêtent. Au chapitre des choses à signaler : nous avons entendu sans le voir un pic à ventre roux, une autre rareté du Québec, et nous avons été survolé par un aigle royal et une buse à queue rousse. La buse à queue de rousse n'avait rien d'extraordinaire mis à part le fait qu'elle m'a enfin permis de trouver le bon réglage pour photographier les oiseaux en vol; il ne me reste plus qu'à réussir à ne pas bouger en appuyant sur le déclencheur.

La falaise: une vingtaine de mètres de calcilulite argileuse (blanchâtre) alternant avec un shale argileux (noirâtre) appartenant à la formation de Wallace Creek (groupe de Philipsburg, province des Appalaches), datant de l'ordovicien inférieur et correspondant à un dépôt en milieu sous-marin calme et profond [Contributions to the sedimentology of the Strites Pond Formation Cambro-Ordovician Phillipsburg Group, southwestern Quebec. Geological Survey of Canada: Project: Cambro-Ordovician succession of Eastern Laurentia, Eastern Ontario & SW Quebec. Osman Salad Hersi and Denis Lavoie. Natural Resources Canada, 2001].