Espèce de grosse sauterelle

L'année dernière, au mois de septembre, cela faisait deux fois en treize ans que je voyais la scuddérie à ailes oblongues dans le jardin. Malgré ces 5 centimètres de longueur, cette sauterelle passe facilement inaperçue, tant qu'elle reste dans son contexte.

Scuddérie à ailes oblongues
Scuddérie à ailes oblongues

L'ochréa de Fallopia

C'était cet été, au Saguenay, lors d'une virée géologique qui tourna finalement à la botanique. Nous descendions le cours de la rivière ShipShaw à la recherche de fossiles. Après un arrêt fructueux à la Chute-aux-galets, nous sommes arrivés à la Chute-à-Gagnon par une route de sable fin qui serpentait à travers les épinettes. 

Chute-à-Gagnon

Aucun fossile ici; nous ne sommes déjà plus dans les calcaires de l'ordovicien supérieur (-445 à -453 millions d'années), mais sur un pluton du mésoprotérozoïque (-1,6 à -1 milliard d'années) mis à nu par la rivière Shipshaw. Et s'il y a tant de sable autour, c'est parce que ce torrent est tout ce qu'il reste d'un vaste delta en bordure de ce qui était le golfe de Laflamme, il y a 9000 ans environ.

Pas de fossiles, mais une plante que je remarque en sortant de la voiture. Étendue sur le sable et les galets, elle est en fleur; ce qui ne manque pas d'audace en cette saison; nous sommes quand même début septembre. Oserai-je lui demander son nom ?

Fallopia cilinodis
Fallopia cilinodis
Fallopia cilinodis

Nous engageons la conversation. Je passe sur les détails, mais il est question de feuilles alternes et cordées, de stipules engainantes, de fleurs bisexuelles, pentamères et à tépales carénés. Tout ça pour arriver à son nom de famille, Polygonacées. Me voilà bien avancé. J'insiste, je veux vraiment savoir qui elle est et je lui pose une dernière question.

C'est là qu'elle me perd: "si vous voulez savoir qui je suis, vous n'avez qu'à porter attention à mes ochréas." Boum, fin de la conversation et je repars, frustré, non sans emporter un souvenir d'elle.

Ce n'est que plus tard que j'apprendrai que les ochréas sont ces petites membranes qui entourent la tige à la base des feuilles des polygonacées, entre autres. Celles de mon souvenir ayant des poils, j'en conclus que j'avais rencrontré Fallopia cilinodis, aussi appelée Renouée à noeuds ciliés.

Ochréa de Persicaria sp
Ochréa de Persicaria...peut-être lapathifolia

Du colchique à la colchicine

La colchicine fait son retour dans l'actualité depuis qu’il a été montré qu’elle permettait de réduire le taux de mortalité des cas graves de COVID 19, mais cet alcaloïde anti-inflammatoire extrait du colchique d’automne a une très longue histoire thérapeutique.

Le colchique d’automne (Colchicum autumnale, famille des colchicacées) est une plante qui pousse dans les prés plutôt humides de l’Europe tempérée. Comme le dit la chanson populaire, elle fleurit à la fin de l’été, sans produire de feuilles. Celles-ci sortiront de terre au printemps suivant, longtemps après que les fleurs se soient fanées. Dans l’intervalle, la plante aura survécu sous la forme d’un corme, une tige souterraine gorgée de réserves nutritives, à ne pas confondre avec les bulbes.
Bien que la plante soit toxique et provoque à l’occasion des empoisonnements mortels, le colchique d’automne est utilisé depuis l’Antiquité pour traiter les rhumatismes, notamment ceux causés par la goutte. Les premières références à son usage apparaîtraient (rien n'est moins sûr) dans le papyrus Ebers, un manuscrit égyptien daté de 1500 avant notre ère. Ce qui est sûr en revanche, c’est que le fameux médecin grec Dioscoride (40-90 de notre ère) mentionne la plante dans son traité médical De Materia Medica

Cet ouvrage réunit plusieurs centaines de substances thérapeutiques, minérales, végétales et animales, utilisées par les Grecs, les Romains, et d’autres peuples d’Europe, du Proche- et du Moyen-Orient; il a été une référence pour la médecine occidentale jusqu’au XVIème siècle.

Jusqu'à la moitié du XIXème siècle, le colchique va être administré sous différentes formes pour soulager ou empoisonner - c’est selon la dose - les personnes souffrant de la goutte. Certains remèdes, moins fantaisistes et plus efficaces que d’autres, vont connaître un réel succès populaire et même passer à l’histoire. C’est le cas par exemple de l’Eau médicinale d’Husson (1783), concoctée et vendue par Nicolas Husson, un officier d’artillerie français qui avait le sens des affaires. Malheureusement, pressé par les autorités de donner la composition de son remède miracle, Husson s’obstine à refuser et son produit est finalement interdit à la vente. Cela n’empêche pas Benjamin Franklin, qui souffrait de la goutte, d’introduire le produit aux États-Unis.

La Food and Drug Administration n’autorisera la prescription de médicaments à base de colchicine pour traiter la goutte et la fièvre méditerranéenne familiale qu’en 2009.

Il faut attendre l’année 1814, trente ans après l'invention de la fameuse Eau de Husson, pour que James Want l'analyse et révèle que son principal ingrédient est le colchique [Want J. Composition of eau medicinale. London Med Phys 1814; 32: 77-8.]. Sur la lancée de sa découverte, il en profite pour proposer son propre remède contre la goutte : la teinture de Want, obtenue en faisant infuser dans le vin, une tranche de corme de colchique pendant 2 ou 3 jours.

La structure chimique exacte de la colchicine a été déterminée en 1945 par le chimiste organique anglais Michael J. S. Dewar. Cet alcaloïde a un index thérapeutique faible; ce qui signifie que la dose efficace est proche de la dose toxique.
À peu près à la même époque, les pharmaciens français Joseph Pelletier et Joseph Caventou, à qui l’on doit entre autres le nom de la chlorophylle et la découverte de la strychnine (1817), de la quinine (1820) et de la caféine (1821), isolent la colchicine en 1819 à partir des racines du colchique. Ils la nomment alors vératrine, car la substance leur semble identique à l'une de leur précédente découverte dans le Vérâtre blanc (Veratrum album). Toutefois, en 1833, le chimiste allemand Philipp Lorenz Geiger fait la distinction entre les deux molécules et donne le nom de colchicine à celle extraite du colchique. 

Quinze années plus tard, le pharmacien français Alfred Houdé développe un procédé permettant d’obtenir de la colchicine pure qu’il commercialise sous la marque déposée de Colchicine Houdé produite aujourd’hui encore par la controversée compagnie pharmaceutique Cipla

En ce qui concerne les propriétés de la colchicine, on sait depuis le début des années 30 qu’elle a un effet anti-mitotique, c’est-à-dire qu’elle empêche la division des cellules. À la fin des années 60, on a compris qu’elle agissait en se fixant sur des protéines intracellulaires appelée tubulines et en empêchant leur assemblage pour former les microtubules. Ces microtubules sont des éléments essentiels du cytosquelette et sont impliqués dans la division cellulaire et dans la motilité des neutrophiles, une population de globules blancs qui joue un rôle important dans la réponse inflammatoire. Outre l’effet anti-inflammatoire indirect exercé sur les neutrophiles, des travaux montrent qu’elle aurait un rôle plus direct en bloquant certaines voies de signalisation de l’inflammation.

Sources:
Karamanou, M., Tsoucalas, G., Pantos, K., & Androutsos, G. (2018). Isolating Colchicine in 19th Century: An Old Drug Revisited. Current Pharmaceutical Design, 24(6), 654–658.
Ronald MacKenzie, C. (2015). Gout and Hyperuricemia: an Historical Perspective. Current Treatment Options in Rheumatology, 1, 119–130.
Dasgeb, B., Kornreich, D., McGuinn, K., Okon, L., Brownell, I., & Sackett, D. L. (2018). Colchicine: an ancient drug with novel applications. British Journal of Dermatology, 178(2), 350–356.
Mayer, T. U., & Marx, A. (2010). Five Molecules We Would Take to a Remote Island. Chemistry and Biology, 17(6), 556–560.
Naguy, A. (2017). Pimozide: An old wine in a new bottle! Indian Journal of Psychological Medicine, 39(3), 382–383. 

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Un 25 janvier sur le mont Saint-Bruno

Ce matin, il faisait un froid à ne pas sortir un doigt pour déclencher l'appareil photo, le genre de froid qui vous fait regretter les effets diurétiques du café pris au petit-déjeuner. 

Si les mésanges à tête noire ne semblaient pas s'en soucier plus que ça, en revanche les bouleaux gris accusaient le coup. Bien qu'ils aient déjà vu beaucoup de neige, ils ont du s'incliner sous celle de la semaine dernière, un peu trop collante et un peu trop abondante.

Bouleaux gris
Bouleaux gris
Bouleaux gris

L'If du Canada

If du Canada

L'if du Canada (Taxus canadensis) avec son mètre cinquante de hauteur ne serait-il pas le parent pauvre de la famille ? 

Alors que son cousin européen (Taxus baccata) a permis aux Anglais de remporter la bataille d'Azincourt en 1415 sous la forme de redoutables "long bows" et que son cousin de l'Ouest américain (Taxus brevifolia) soigne les cancers du sein sous la forme de paclitaxel, lui, le sapin trainard comme on l'appelle ici ne fait que des tapis dans les sous-bois de l'Est de l'Amérique.

Taxus canadensis
Taxus canadensis

Trente centimètres plus haut

Rien à voir avec le rebond isostatique post-glaciaire qui est d'environ 2 mm/an dans le sud du Québec, mais le sol s'est élevé de 30 cm depuis hier. Toute cette neige fait le bonheur des oiseaux et de ceux qui les nourrissent. 

Quand même, la question se pose: "comment peut-on prétendre sur twitter être un partisan de l'écologie sauvage (non-interventionniste) et nourrir les oiseaux ?"   

En attendant de retrouver leur nid dans le coin du cabanon les bourdons pourront toujours faire de la glissade 

De la grosse qui colle

Pendant que j'entretenais mon entorse lombaire en déneigeant l'entrée de la maison, ma blonde a apprivoisé deux harfangs de neige.

Un 12 janvier à Longueuil

De la belle visite au jardin ce matin, en la personne de madame grand-pic. Monsieur aurait le front et les moustaches rouges.

Les trois pas du fox-trot

Quand il parcourt son territoire, le renard roux, comme les autres canidés, préfère le trot à la marche ou au galop. C'est une allure qu'il décline de trois façons - le trot (régulier), le trot de côté et le trot projeté - et qui laisse des pistes distinctes pour le naturaliste qui passe derrière lui. Le choix du trot dépend du terrain, de la vitesse que le renard adopte et d'autres paramètres qu'il est le seul à connaître. 

Quel que soit le pas utilisé, les pattes se déplacent toujours deux par deux (avant-gauche avec arrière-droite et avant-droite avec arrière-gauche); faisant en sorte que le renard a presque toujours deux pattes opposées au sol, à l'exception de la fraction seconde du changement de paires pendant laquelle aucune patte ne touche le sol.

Piste de renard roux au trot

Le trot "régulier" est le plus lent des trois et ne laisse qu'une piste rectiligne composée d'une seule empreinte de patte à intervalle régulier (voir le schéma ci-dessous). Elle s'explique par la superposition des pattes postérieures sur les pattes antérieures. C'est l'allure du renard relax, maître chez lui, en quête de proie; c'est aussi celle que l'on rencontre le plus souvent.

Lorsque le trot s'accélère, les pattes se décalent et les postérieures se posent de plus en plus en avant des  antérieures. On dit alors que le pas est méjugé.

À une vitesse plus élevée, les pattes postérieures risqueraient de rencontrer les antérieures. Pour éviter cela, le renard adopte le pas de côté qui se traduit par une double empreinte de pas disposée à intervalle régulier; une patte (la postérieure) précédent l'autre (l'antérieure opposée), toujours du même côté. C'est l'allure tout aussi fréquente, du renard pressé et peut-être préoccupé. Le trot de côté oblige le renard à marcher en crabe et son corps fait un léger angle par rapport à la direction qu'il suit.  

Une autre façon de trotter plus rapidement en évitant que les pattes antérieures et postérieures se touchent est de ramener chaque postérieure vers l'avant en les faisant passer par l'extérieur. C'est le trot projeté, moins fréquent, qui laisse une piste à double empreinte avec la postérieure en avant comme celle du trot de côté. Toutefois, au lieu d'être alignées comme précédemment, les paires d'empreintes sont régulièrement décalées à droite et à gauche, d'un pas à l'autre (voir le schéma à la fin). 

Renard roux trottant de côté 
Les trois trots du renard: le trot "régulier" (en haut), le trot de côté (au centre) et le trot projeté (en bas)

Source principale: Traces d'animaux du Québec, Mark Elbroch, Éditions Broquet

Un 10 janvier au parc des étangs Antoine-Charlebois

Personnellement, je ne me serais pas risqué sur la glace sans une bonne raison, mais les cerfs semblent passer, alors...

Les saisons ne changent rien à la beauté de l'endroit et le parc des étangs-Antoine-Charlebois est décidément un des mes endroits préférés, plus même que mon pauvre Boisé du Tremblay qui ressemble de plus en plus à un parc à chiens.

La ville de Sainte-Julie et Nature Action Québec ont su mettre en valeur cette friche industrielle sans dénaturer les lieux. La renaturalisation déjà bien avancée peut y suivre son cours sans subir la pression de sentiers trop larges ou trop aménagés. Il ne reste plus à espérer que les résidents comprennent leur chance et se laissent gagner par le charme des lieux jusqu'à avoir envie de le préserver.

Dans le parc lui-même, nous n'avons vu ou entendu que quelques pics, mais au retour, nous avons croisé une bonne dizaine de buses au bord de la route, des "pattues" et des "à queue rousse". Parmi elles, une buse à queue rousse (celle de la photo) sur laquelle je n'arrive pas à me prononcer. S'agit-il d'une forme sombre ou de la race de Harlan; j'ai confié le verdict à iNaturalist.

PS1: En y regardant de plus près, la coloration uniforme de la poitrine suggère plutôt une forme sombre. Une "Harlan" aurait des stries plus pâles.

PS2: Finalement, iNaturalist identifie la buse comme étant une buse pattue, dont il existe également une forme sombre; ainsi soit-il.

Buse pattue
Buse à queue rousse de forme sombre ou de la race de Harlan 

De drôles de traces

Nous sommes dans le parc national du Mont-Tremblant, un 14 décembre. Nous marchons dans une forêt mixte du massif des Laurentides quand nous croisons une piste étrange laissée par un animal dans la neige fraîche de la nuit passée. 
C'est la première fois que nous voyons ce genre de trace: 17 cm de largeur, délimitée par une rainure de chaque côté et entre les deux, la neige labourée sans foulée discernable ni empreintes nettes. De quoi exciter la curiosité. À première vue, ce n'est ni un animal qui rampe (la neige serait tassée pour donner l'aspect d'une traînée) ni qui saute (il y aurait 2 ou 4 empreintes de pattes regroupées à intervalles réguliers). 
Le premier réflexe est de faire une liste des mammifères susceptibles de vivre dans la région en éliminant d'office les souris, les campagnols et les musaraignes...trop petits. Ensuite, on élimine ceux que l'on connait: les gros canidés (coyote, loup), les gros félidés (lynx, on ne pense même pas au puma, disparu), les cervidés (cerf de Virginie, orignal) et l'ours noir. Il reste les inconnus - beaucoup trop - et les connus dans des situations inhabituelles.
À partir de là, on ne peut plus faire que des hypothèses que nous vérifierons en rentrant, comme par exemple un opossum (de loin la plus farfelue, mais comme nous n'en avons jamais vu) un renard roux ou un mustélidé (martre, pékan) transportant une grosse proie qui traîne de chaque côté de sa gueule (celle-là n'est pas mal non plus dans le genre farfelu), un porc-épic dont nous n'avons jamais vu les traces dans la neige ou une mouffette rayée. 
Finalement, après consultation de quelques références, nous en sommes restés au porc-épic, mais sans certitude. J'ai bien sûr posté mes photos à iNaturalist dans le projet North America Animal Tracks Database dans l'espoir qu'un spécialiste confirme ou infirme l'hypothèse.