La razzia du raton

Hier matin, je faisais mon tour de jardin quand je suis tombé sur une énième tentative d'excavation sous le cabanon, un travail de marmotte à première vue, étant donné le volume de terre déplacé et le diamètre de l'orifice. Furieux d'avoir perdu les plantules de primevères officinales que j'avais enfin réussi à faire sortir de terre, j'envisageai déjà les représailles les plus terribles, mais avant cela il fallait trouver comment le vandale avait réussi à entrer dans le jardin. 
Une première inspection de la clôture ne révéla aucune brèche dans le grillage; rien non plus au deuxième tour, plus attentif. Alors quoi ? Tout ce qui peut passer dans le jardin sont les lapereaux - assez petits pour se faufiler entre les mailles de la clôture, mais assez forts pour creuser un terrier de cette taille - et les ratons laveurs qui passent par dessus. Par ailleurs, lorsqu'une marmotte réussissait auparavant à se glisser dans le jardin, elle y laissait des traces de broutage; là, rien. 
Je revins donc sur les lieux du crime pour essayer de comprendre et réalisai que l'entrée du tunnel correspondait à celle du grenier de notre tamia. Pas de dégats dans les plantes, pas de traces d'effraction, un pillage de grenier, ça ressemblait de plus en plus à la signature d'un raton voleur. 
Déçu pour le tamia, je rebouchai le trou, dissuadai toute autre tentative de forage en plantant des pieux et disposai ma caméra pour m'assurer de l'identité du voleur qui revient généralement sur les lieux de son crime. Un peu plus tard, pris de remords pour l'écureuil qui n'avait peut-être pas tout perdu, je revins lui aménager un accès vers ses réserves. Bien m'en prit, car quelques minutes après mon intervention, il alla inspecter les lieux. Par contre, en ce qui concerne le voleur, les images de la nuit ne révélèrent rien !     
     

Pic-assiette

 
Les pics ont l'oreille fine quand il s'agit de trouver des insectes au cœur du bois. Mon nichoir pour abeilles sauvages et autres bestioles pollinisatrices en a fait les frais.
De toute façon, ce modèle commercial ramené d'un voyage en France à une époque où l'Amérique du Nord s'évertuait à massacrer ses pollinisateurs à grands coups de pesticides (mais n'est-ce pas toujours le cas sur les deux continents et ailleurs ?) n'a jamais eu beaucoup de succès. Les tubes de bambou sont trop courts et le diamètre des orifices, probablement pas au goût des occupantes.
En revanche, l'HLM que j'ai patenté est très populaire auprès des "charpentières" et d'une autre espèce de petit hyménoptère que je n'ai pas pris le temps d'identifier. En outre, il offre l'avantage de résister aux assauts des pics, car, basé sur la théorie du roseau et du chêne développée par Jean de la Fontaine, les bloc appartements glissent dans leur cadre, assurant ainsi la conservation de l'énergie cinétique au lieu de la transformer en une énergie potentielle et destructrice.

Ainsi va la vie au jardin !



Au mois d'avril dernier, il était question du retour inespéré du tamia rayé dans notre jardin. Après un mois, il est toujours présent, et même de plus en plus. Le jardin n'est pas grand et nos routes se croisent souvent. Cela ne lui pose plus aucun problème; nous faisons maintenant partie de son décor. Il vaque à ses occupations, nous aux nôtres.
Nous partageons quand même quelques rituels, comme l'apéritif avec le couple de colverts vers 17:00. Cacahuètes pour nous, maïs pour les canards et les restes pour le tamia. Puis les canards vont nager quelques brasses dans le bassin avant de s'installer pour une petite sieste. Pendant ce temps-là, le tamia débarrasse la table puis va faire sa toilette sur un vieux pot que j'aurais bien aimé voir colonisé par des bourdons, avant d'aller vider ses bajoues dans son terrier.

Un 17 mai aux Étangs Antoine-Charlebois

Rien à dire sinon que nous avons pu constater une fois de plus la beauté du sauvage en compagnie de notre amie Huguette, dont l'oreille est toujours aussi aiguisée aussi bien pour percevoir les chants que pour les identifier. 

Grand Héron
Grand Héron
Prêle des bois
Paruline jaune
Hirondelle bicolore mâle
Hirondelle bicolore femelle
Paruline à croupion jaune
Grive fauve

La Mère des Mille


La "Mother of Thousands" (Kalanchoe daigremontia), à ne pas confondre avec la "Mother of Millions"(Kalanchoe delagoensis), porte bien son nom. Originaire du sud-ouest de Madagascar et menacée dans dans son propre pays, cette plante succulente de la famille des crassulacées n'en est pas moins une menace pour les écosystèmes des pays tropicaux dans lesquels elle a été introduite. 
Comme je vois sur les réseaux sociaux de plus en plus de photos de plantes sauvages plus ou moins floues assorties de la question: "est-ce que ça se mange ?", je tiens à préciser que "succulente" est à prendre dans son acception de charnue ou grasse, et non de délicieuse; on n'est jamais trop prudent.
Experte dans l'art de la dissémination, chacune des feuilles de cette envahisseuse produit une armée de plantules entièrement équipées de feuilles et de racines, qui se détachent au moindre frôlement. Lorsqu'une plantule trouve un terrain favorable (et il ne lui faut que de la lumière, un peu de substrat et très peu d'eau), elle commence à se développer et à produire de nouvelles armée de clones après quelques mois seulement.


Un 16 mai aux Étangs Antoine-Charlebois


Décidément, le printemps est une saison trop stressante. Tout va trop vite, on ne sait plus où donner de la tête. Cela fait maintenant quatre jours que nous sommes allés nous promener aux étangs Charlebois et déjà deux familles de bernaches du Canada barbotaient sur les étangs, les frondes des osmondes étaient sorties de terre, les tortues peintes prenaient leur premier bain de soleil et la paruline à couronne rousse était arrivée de Cuba .

Halte migratoire

Les vents du sud de la nuit du 15 au 16 n'ont pas apporté que de la douceur; les oiseaux en ont profité pour migrer. Dans le boisé du Tremblay, nous avons vu hier matin plusieurs espèces de parulines nouvellement arrivées. Mais la surprise était au retour: une bonne douzaine de bruants à couronne blanche et trois cardinaux à poitrine rose nous attendaient avec quelques autres au jardin. À quoi bon battre la campagne ?
Ils sont restés avec nous jusqu'au soir le temps d'un plein de carburant et nous ont quitté dans la nuit pour poursuivre leur voyage un peu plus au nord. Ce matin, il n'y avait plus que les résidents et notre colibri à gorge rubis - enfin - qui lui aussi a voyagé aux étoiles.

Deux candidats pour "La Voix"

Ils ont de la voix, ils sont photogéniques, il ne reste plus qu'à leur trouver une histoire triste à raconter pour faire du Cardinal à poitrine rose et de l'Oriole du Nord, ou de Baltimore (ça change tous les ans ou presque), deux vedettes de télé-crochet.

Théorie des signatures ?

La théorie des signatures, une théorie "scientifique" qui s'est développée au Moyen-Âge et qui a été très en vogue à la Renaissance, associe la forme du vivant à sa fonction. Elle a été très utilisée par les phytothérapeutes qui voyaient par exemple dans le latex jaune orangé de la chélidoine une façon de soigner l'ictère (la jaunisse). L'hépatique (Hepatica nobilis) avec ses feuilles lobées était tout indiquée pour le foie, également lobé. La vipérine (Echium vulgare) guérissait les morsures de serpent, car ses graines ont l'apparence d'une tête de vipère. Les exemples sont nombreux et tous aussi tirés par les cheveux. 
Personnellement,  je n'y croyais pas trop jusqu'à hier soir quand l'oriole de Baltimore a débarqué dans le jardin, avec deux jours de retard par rapport à l'année dernière soit dit en passant. Je me suis alors souvenu de cette vieille théorie: "Un Oriole, c'est orange. Alors forcément, ça mange des oranges." Aussitôt dit, aussitôt fait et il s'est précipité dessus. Quand même, le hasard fait bien les choses.

Un 11 mai dans le boisé du Tremblay


La fréquentation assidue d'un lieu est une routine à laquelle j'aurais du mal à m'astreindre en dehors d'un temps de pandémie. Néanmoins je dois reconnaître qu'elle crée avec l'endroit une intimité réconfortante et plaisante qui vaut bien l'excitation ressentie à la découverte d'un paysage inconnu.
En passant et repassant dans ses propres pas, on en arrive même à connaître l'emplacement de chaque plante, le territoire de chaque animal et les habitudes de chacun. On n'a plus besoin de regarder pour savoir. Ainsi, on reconnait dans ce bouquet de feuilles finement divisées, la matricaire maritime que l'on avait identifié l'année précédente. Plus loin, au carrefour, on s'attend à retrouver les feuilles rugueuses de la consoude officinale et on n'est pas surpris par ces jeunes pousses impressionnantes de vigueur qui représentent la nouvelle génération de concombre grimpant. Revers de la médaille, on en vient aussi à remarquer, non sans un peu de tristesse, les absences.  
Tout cela ne signifie pas qu'il faut se laisser aller à la facilité, car même l'intime peut réserver des surprises si l'on n'y prend pas garde. Par exemple, je n'avais jamais remarqué ses trilles dressés lors de mes précédentes visites. 

Un 10 mai dans le boisé du Tremblay

Grive solitaire

Cette année, c'est à se demander si les grives solitaires méritent bien leur nom tant il y en a; une question qui ne se pose ni pour l'érable rouge ni pour le chardonneret jaune.

Un 9 mai dans le boisé du Tremblay


Malgré un froid de canard, le boisé continue à se remplir de toutes sortes de choses: des feuilles, des fleurs et des oiseaux.

Moqueur chat
Érable à Giguère

Un 8 mai au Parc Michel Chartrand (Longueuil)


Profitant de l'incontournable changement de pneus bisannuel et plutôt que de risquer d'attraper la COVID dans la salle d'attente exiguë et mal ventilée du garage, je suis allé passer le temps au parc Michel Chartrand, non loin de là. C'est un beau parc qui sait résister à la pression des quartiers résidentiels tout autour, mais que je fréquente aussi peu que possible pour des raisons de distanciation sociale qui n'ont rien à voir avec la pandémie.
Malgré le froid et quelques flocons de neige, un grand héron se trempait le bout des pattes dans les étangs artificiels. Les couples de bernaches du Canada avaient profité du mauvais temps et du confinement pour envahir les mornes étendues gazonnées habituellement colonisées par les pique-niqueurs. N'étant pas chaussé pour m'aventurer dans les bois inondés, je me suis contenté de ce que je pouvais voir de la lisière: quelques oiseaux et une marmotte amphibie.

Grand héron

Grimpereau brun

Un pic atypique

L'identification des pics du Québec est à la portée de tous. Il y a peu d'espèces et elles ont toutes des caractères bien distinctifs. Par ailleurs, les pics présentant presque tous un dimorphisme sexuel (à l'exception du pic à tête rouge), on peut même connaître le sexe d'un individu juste en regardant si telle ou telle tâche de couleur est présente ou non.
Par exemple, chez les pics maculés qui se caractérisent entre autres par leur front rouge, la femelle a la gorge blanche alors que le mâle, que l'on peut voir ici, a la gorge rouge. Alors, quand le pic a un front rouge et une gorge blanche soulignée par un liseré rouge comme le pic maculé qui vient régulièrement dans notre jardin, qu'est-ce que c'est ? Une anomalie, un hybride ?  



Un 7 mai dans le boisé du Tremblay

Ce matin au boisé: Zorro est arrivé, le Cardinal à poitrine rose n'a pas bougé depuis hier et une Uvulaire à feuilles sessiles a fleuri.

Paruline masquée
Cardinal à poitrine rose
Uvulaire à feuilles sessiles

Un 6 mai dans le boisé du Tremblay

Qu'est ce que je retiens de ma ballade de ce matin ?
Un cardinal à poitrine rose que nous avions entendu hier et que j'ai pu photographier tant bien que mal aujourd'hui, la portée du regard qui diminue au fur et à mesure que la feuillaison progresse et aussi à quel point nos empreintes dans l'environnement peuvent être durables. 
Pour preuve ces ornières laissées par un tracteur, il y a peut-être 10 ou 15 ans, et qui ne se comblent pas malgré des années de feuilles mortes, de pluies, de gel et de neige. 





L'agrile et l'élagueur



Dans la section du boisé du Tremblay sise à Boucherville et appartenant à Nature Action Québec, on sécurise la passerelle de bois en coupant les arbres morts de l'agrile. Mieux vaut prévenir que courir ou se faire écrapoutir.
Évidemment, dans une frênaie, si vous enlevez les frênes, il reste...les nerpruns  déjà bien installés et qui se réjouissent de l'espace mis à leur disposition. À moins qu'on enlève aussi ces  indésirables !
J'ai failli oublié les phragmites que l'on a tenté d'éradiquer en étalant des bâches en plastique. 
Et si on laissait faire, juste pour voir ce que cela donne. Tout au plus, pourrait-on envoyer quelques bénévoles de temps en temps pour ramasser les déchets de ceux qui n'apprendront jamais à ne pas les laisser traîner.     


Un 4 mai dans le boisé du Tremblay



Hier, par la fenêtre, nous avons entendu le chant de la paruline couronnée dans le bois. Ce matin, nous avons vu une paruline à croupion jaune et entendu une paruline bleue en allant nous y promener. Si la météo permet d'en douter, l'observation des oiseaux le confirme: le printemps est bel et bien arrivé.
Autre signe, ce couple de moucherolles phébis occupés à rassembler des chaumes pour bâtir ou rafistoler leur nid. Je ne serai pas surpris qu'ils s'installent sous la passerelle en bois qui traverse leur territoire, comme l'année dernière.
Contrairement à ses cousins des aulnes et des saules qui ne peuvent se distinguer que par leur chant, le phébi est plutôt facile. Ça pourrait se résumer à brun dessus, gris dessous. Par ailleurs, on le voit souvent faire l'aller-retour entre son perchoir et un insecte volant qui passe à proximité et qu'il attrape après une ou deux acrobaties aériennes. De retour sur sa branche, il se met alors à hocher de la queue, un mouvement signature.    

Le plus gros colibri du monde

Les colibris ne vont pas tarder à arriver. Aussi, avons-nous installé leur mangeoire en la remplissant d'un liquide un peu plus sucré que d'habitude, migration oblige.
Le problème est que, tous les matins, nous la retrouvons vide et couverte d'empreintes boueuses qui ne laissent aucun doute sur l'amateur de sirop. Ce matin tôt, il a été pris sur le fait.



Dinosaure un jour, dinosaure toujours

Nous laissons toujours traîner quelques graines dans le jardin pour le couple de colverts qui vient nous visiter deux fois par jour. Parfois, il suffit que nous mettions le nez dehors pour les voir se jeter dans le bassin après avoir slalomé entre les lignes électriques, les cordes à linge et les arbustes.
Pendant que Madame mange, Monsieur veille en retrait et joue les fiers à bras en nous cancanant quelques menaces si nous ne respectons pas une certaine distance. Jamais, il ne mange le premier. Quand la cane a fini, elle va faire sa toilette dans le bassin; lui ramasse les miettes puis va la rejoindre.




Évidemment, l'écureuil gris, goinfre et opportuniste, n'a pas été long à comprendre le manège et dès q'il voit les canards, il se précipite attendant que nous tournions le dos pour s'inviter à leur table. Avec ses longues dents, ses pattes griffus et son tempérament effronté, je pensais qu'il aurait le dessus sur eux. Pantoute ! Au contraire, il se tient à distance respectueuse et dès que le mâle approche, il bat en retraite, craintif.  
Est-ce une question de taille ? Un événement dans l'histoire des deux espèces a-t-il marqué à jamais la mémoire des écureuils ? Les écureuils, le soir au coin du feu, se racontent-ils la légende des lointains ancêtres hauts comme trois pommes qui se faisaient dévorer par des canards gigantesques, recouverts d'écailles et armés de canines dépassant de leur bec crochu ? Allez savoir !
Quoi qu'il en soit, au chapitre des mammifères peureux, il y en a une qui préfère attendre que tout le monde soit couché pour venir danser, c'est la souris.