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La biodiversité du Boisé du Tremblay

Voici le dernier chapitre de la mise à jour annuelle de la biodiversité du Boisé du Tremblay sous la forme du guide des plantes à fleurs du Boisé du Tremblay. Je précise qu'il ne regroupe que les herbacées, car les arbustes et les arbres qui ne sont pas des gymnospermes (les conifères, le ginkgo et quelques autres) sont également des plantes à fleurs. Ces derniers sont regroupés dans "Shrubs and Trees of Boisé du Tremblay".

Je me livre à cet exercice sans me faire trop d'illusion, mais avec un tout petit espoir quand même que le témoignage de la quantité et de la diversité de la vie réfugiée dans le boisé du Tremblay pourra éventuellement inciter un visiteur à adopter un comportement respectueux du lieu ou pourra orienter le choix d'un "décideur" dans la bonne direction, celle de la préservation du boisé. Après tout, on ne peut pas avoir envie de protéger ce que l'on ne connait pas.

Alors, sachez que nous en sommes à 1062 espèces répertoriées, dont 22 de champignons, 13 de mousses et de fougères, 246 de plantes herbacées à fleurs, 75 d'arbres et d'arbustes, 549 d'invertébrés, 11 de reptiles et d'amphibiens, 125 d'oiseaux et 21 de mammifères.

Et je ne compte que les espèces dont l'observation a reçu la mention "Recherche", c'est-à-dire validée par la commnauté des observateurs. Il y en a beaucoup d'autres qui n'ont pas encore été identifiées et  qui ne pourront peut-être pas l'être, car les critères qui le permettraient ne sont pas visibles sur les photos. Il y a aussi toutes les espèces qui n'ont pas encore été observées.  

Les bryophytes et les ptéridophytes du boisé du Tremblay


Les bryophytes et les ptéridophytes sont des végétaux anciens du point de vue évolutif. Ils ont formé la tête de pont qui a permis la colonisation du milieu terrestre. Évidemment, les espèces d'aujourd'hui ne sont pas celles qui ont participé à cette conquête. Elles en sont néanmoins les descendantes directes et ont gardé une biologie semblable à leurs ancêtres. En particulier, elles se reproduisent par spores et non par graines.

Les plantes qui se reproduisent par spores forment deux grands groupes: celui des bryophytes constitué principalement par les mousses et les hépatiques, et celui des ptéridophytes constitués des prêles, des lycopodes et des fougères. Les champignons et la plupart des algues se reproduisent également par spores, mais ne font par partie du règne végétal.

Au Boisé du Tremblay, on a recensé jusqu'à présent douze espèces de bryophytes et de ptéridophytes. Cette année, il en a été ajouté une, et pas n'importe laquelle. Il s'agit de la Botryche à feuille de matricaire (Botrychium matricariifolium). 

Pourquoi est-ce si intéressant ? Il faut savoir que les botryches sont les plus anciennes des fougères. Elles sont aussi difficiles à trouver, parce qu'elles sont plutôt rares, parce qu'elles sont généralement de petite taille et parce que leur nombre à un même endroit peut varier d'une année sur l'autre. En effet, si les conditions ne sont pas propices à leur émergence, elles restent en dormance sous terre.

Une des particularités des botryches est que leur germination et leur croissance à l'état adulte sont étroitement dépendantes de certains mycorhizes. Par conséquent, toute perturbation du sol peut leur être fatale. D'ailleurs, le genre est en déclin et beaucoup d'espèces sont protégées. Ce n'est pas le cas de notre Botryche à feuille de matricaire au Québec, mais ce n'est pas une raison pour ne pas en prendre soin.

Les invertébrés du Boisé du Tremblay

Cette année, beaucoup d'invertébrés ont été ajoutés à la biodiversité du boisé du tremblay, portant le total des espèces à 549. Comme les listes de iNaturalist ne peuvent contenir qu'entre 2 et 500 espèces, il a donc fallu la scinder.

Dorénavant, les guides des invertébérés du Boisé du Tremblay se déclineront en :

La mise à jour fut un peu fastidieuse, en particulier la francisation des noms latins qui est encore incomplète. Bien que l'entomologie francophone en Amérique du Nord ne pèse pas gros face à l'anglophonie générale, le latin des curés ne suffira pas à assurer son avenir et heureusement qu'il existe des outils comme le Grand dictionaire terminologique et des organismes comme le Groupe Eliso. pour rendre accessible la nature nord-américaine à la francophonie.

Je vous invite à aller consulter les guides, même si vous n'y connaissez rien en insectes. Faire simplement défiler leurs images est un plaisir pour les yeux tant les formes et les couleurs sont diverses. Et ça pourrait vous donner l'envie d'en savoir plus.

Les reptiles, amphibiens et poissons du Boisé du Tremblay

Du côté des vertébrés poïkilothermes (À sang froid), rien n'a changé cette année dans le guide "Reptiles, Amphibians and Fishes of Boisé du Tremblay" ; nous en sommes toujours à six espèces de serpents, trois de grenouilles et deux de poissons.

Je profite tout de même de l'occasion pour faire une petite mise au point. Chaque fois que j'ajoute une couleuvre rayée à la liste des espèces observées dans le boisé, on me corrige, fort probablement avec raison, qu'il s'agit d'une couleuvre rayée de l'Est. La différence entre les deux est que la couleuvre rayée est le nom français de l'espèce Thamnophis sirtalis alors que la couleuvre rayée de l'Est est celui de la sous-espèce Thamnophis sirtalis sirtalis ; une précision supplémentaire donc.

Quand je suis d'humeur taquine, j'aime demander à mon correcteur quels critères de la photo lui permettent d'identifier la sous-espèce. On me répond inévitablement : le patron de couleur et la distribution géographique. Si le second est certainement le plus valable, il reste néanmoins approximatif puisque les aires de distribution bougent, se chevauchent et que les sous-espèces s'hybrident fréquemment dans les zones de chevauchement.  Quant aux critères morphologiques, il faut malheureusement plus qu'un patron de couleur pour identifier la sous-espèce d'une couleuvre rayée (la thèse citée dans les références donne une bonne idée de la question). 

En fait, on dénombre aujourd'hui 13 ou 14 sous-espèces de couleuvres rayées réparties dans toute l'Amérique du Nord, dont cinq, je crois, au Canada. La plus proche d'ici (Longueuil), Thamnophis sirtalis pallidus est même en Gaspésie. Cette classification a été établie à partir de critères morphologiques précis (qui n'apparaissent pas toujours sur une photo) parmi lesquels : la coloration des bandes dorsales et latérales, les motifs des écailles, la taille ou les proportions corporelles et la distribution géographique. C'est la méthode classique, mais ancienne, de distinction des espèces vivantes.  

Cependant, depuis que l'on sait interroger l'ADN, cette classification est sujette à controverse dans le monde des scientifiques qui s'intéressent à la phylogénie de cette couleuvre et à l'histoire de sa conquête du continent. On s'est même aperçu que les données génétiques ne soutiennent pas vraiment la division taxonomique établie sur des critères morphologiques. Ainsi, beaucoup de sous-espèces ne correspondent pas à des clades génétiques monophylétiques ; ce qui signifie en gros qu'une sous-espèce bien définie morphologiquement regroupe plusieurs familles génétiques. À l'opposé, des sous-espèces différentes morphologiquement peuvent être génétiquement imbriquées. Et enfin, des lignées génétiques bien différenciées ne correspondent à aucune sous-espèce décrite.

En fait, ce qui fait consensus dans la science des couleuvres rayées est que l'espèce est particulièrement polymorphe et que nous avons défini beaucoup trop de sous-espèces. 

Références:

  • Boundy, J. (1999) Systematics of the Common Garter Snake, Thamnophis Sirtalis. Doctor of Philosophy. Louisiana State University and Agricultural & Mechanical College. Disponible sur: https://doi.org/10.31390/gradschool_disstheses.7070.
  • Hallas, J.M., Parchman, T.L. et Feldman, C.R. (2022) « Phylogenomic analyses resolve relationships among garter snakes (Thamnophis: Natricinae: Colubridae) and elucidate biogeographic history and morphological evolution », Molecular Phylogenetics and Evolution, 167, p. 107374. Disponible sur: https://doi.org/10.1016/j.ympev.2021.107374.
  • Janzen, F.J. et al. (2002) « Molecular phylogeography of common garter snakes ( Thamnophis sirtalis ) in western North America: implications for regional historical forces », Molecular Ecology, 11(9), p. 1739‑1751. Disponible sur: https://doi.org/10.1046/j.1365-294X.2002.01571.x.
  • Jones, L.N., Leaché, A.D. et Burbrink, F.T. (2023) « Biogeographic barriers and historic climate shape the phylogeography and demography of the common gartersnake », Journal of Biogeography, 50(12), p. 2012‑2029. Disponible sur: https://doi.org/10.1111/jbi.14709.
  • Placyk Jr., J.S. et al. (2007) « Post-glacial recolonization of the Great Lakes region by the common gartersnake (Thamnophis sirtalis) inferred from mtDNA sequences », Molecular Phylogenetics and Evolution, 43(2), p. 452‑467. Disponible sur: https://doi.org/10.1016/j.ympev.2006.10.023.


Les mammifères du Boisé du Tremblay

L'année 2025 a été riche en observations puisque les visiteurs naturalistes du Boisé du Tremblay ont ajouté 4,5 espèces de mammifères au guide "Mammals of Boisé du Tremblay". 

Je vous explique le demi dans un instant, mais tout de suite, je voudrais souligner le travail de Vincent Auclair, acousticien spécialiste des chiroptères, qui ajoute deux espèces de chauve-souris à la biodiversité du Boisé du Tremblay: le Murin argenté et la Sérotine brune.

Parmi les ajouts, il faut aussi signaler deux représentants des mustélidés : l'Hermine d'Amérique et le Vison d'Amérique.

Passons maintenant à l'explication de la demi-espèce supplémentaire. En réalité, ce demi fait référence à une espèce à part entière, mais souligne une approximation concernant son identification. Plus clairement, jusqu'à présent, seule la Souris sylvestre (Peromyscus maniculatus) avait été rapportée dans le boisé. Étrangement, aucune Souris à pattes blanches (Peromyscus leucopus) n'y avait été vue. Pourtant, ces deux souris partagent souvent le même habitat et des habitudes de vie très similaires, au point même de parfois se plaire et de s'accoupler (cela reste encore exceptionnel au Québec). 

Tout ça pour vous dire comme elles sont semblables. Néanmoins, cela n'empêchait pas quelques prétentieux, dont je faisais partie, d'imaginer pouvoir les distinguer. Eh bien, sachez que si vous vous contentez de les regarder, il n'y a qu'une chance sur deux que vous arriviez à les identifier correctement. En d'autres mots, c'est pile ou face.

En effet, seule une analyse génétique permet de les identifier avec certitude. Évidemment, c'est une méthode longue et impossible à mettre en œuvre sur le terrain. Aussi, quelques biologistes sont parvenus, localement, à établir une équation combinant quelques mensurations clés comme la longueur du crâne, le rapport longueur de la queue / longueur du corps, le poids, la longueur de l'oreille et la longueur de la patte postérieure, afin d'obtenir une identification fiable à partir de critères mesurables sur le terrain. Dans le meilleur des cas, la fiabilité est de 97 à 98 % ; ce qui est déjà énorme. J'ai précisé plus haut que ces expériences sont locales. En effet, les résultats validés par une comparaison avec l'ADN ne peuvent s'appliquer que localement et doivent être réajustés quand on change de région, car le milieu et l'évolution des populations influencent la morphologie des souris.

Par conséquent, puisqu'il est quasiment impossible de distinguer les deux souris et que les deux espèces sont présentes dans le sud du Québec, j'ai arbitrairement ajouté la souris à pattes blanches (Peromyscus leucopus) à liste du guide des mammifères du Boisé du Tremblay.

Références:


Les oiseaux du Boisé du Tremblay

Le 7 janvier 2025, date de la dernière mise à jour, le guide "Birds of Boisé du Tremblay" contenait cent vingt-deux espèces d'oiseaux. Il en compte maintenant 125.

Au cours de 2025, les observateurs qui ont fréquenté le boisé ont ajouté : la Bécassine de Wilson, la Paruline à joues grises et le Troglodyte de Caroline.

Il est à noter que les gobemoucherons gris-bleu qui ont niché trois années de suite en bordure du chemin, entre l'entrée "chemin du Tremblay" et l'entrée du coin "Cantin/Braille", ne sont plus rapportés depuis deux ans. Ils ont probablement battu en retraite devant les bucherons qui ont "sécurisé" les lieux pour que les promeneurs de chien puissent s'exercer au lancer de sac à crottes.

Il ne reste plus à espérer que les oiseaux se soient enfoncés dans le bois à la recherche de tranquillité.

La mise à jour des autres guides suivra sous peu.

Un 30 novembre dans le boisé du Tremblay

Malgré sa taille relativement petite, la pie-grièche est une tueuse de rongeurs redoutable

Matinée grise, venteuse et neigeuse. En somme, aucune raison de sortir si ce n'était cette alerte des oiseaux rares tombée dans ma boite à courriel qui signalait un moqueur polyglotte dans le boisé du Tremblay. 

D'habitude, nous n'y allons pas à cause des attroupements que suscite ce genre d'alertes, mais l'occasion de ne pas céder au confort et à la facilité était trop belle et nous avons chaussé nos bottes. Après quelques pas d'adaptation au vent glacial, le plaisir de la marche l'a emporté sur tout le reste. 

Nous avons cherché le moqueur en vain. Le seul oiseau gris que nous avons trouvé est une pie-grièche boréale qui chassait malgré les bourrasques.

À 426,6 ppm de dioxyde de carbone

Début novembre et encore des fleurs d'actée à grappes au jardin.

Au Canada, les actées à grappes (Actaea racemosa) ne sont jamais allés plus au nord que l'Ontario; une question de climat probablement. On en trouve quand même quelques-unes dans les jardins québécois. Les miennes y sont parce que je collectionne les plantes médicinales. 

Pendant longtemps, j'ai dû me contenter des boutons de fleurs que le premier gel emportait. Puis, elles se sont endurcies, ou le climat s'est réchauffé, et le premier gel n'a plus emporté que les fleurs épanouies. L'année dernière a été une année exceptionnellement longue (pour moi, l'année s'arrête avec la dernière fleur et ne reprend qu'avec la première verdure) et j'ai eu la surprise de voir se développer des fruits. Je ne pensais pas que les graines parviendraient à maturité. À tout hasard, j'en ai quand même récolté en me gelant les doigts et je les ai disséminées de l'autre côté du chemin. Il faut croire que le hasard fait bien les choses puisqu'elles ont germé.   

Prochaine étape: la fermeture du bassin déclenchée par la formation de la première couche mince de glace qui s'installe généralement autour du 15 novembre.

Le boisé des curiosités

En fin d'après-midi, quoi de mieux qu'une promenade dans le boisé du Tremblay pour se débarrasser des soucis du quotidien. Hier, il avait des allures de cabinet des curiosités.

Une grive bien solitaire
Un banc de feuilles
Des perles de houx
Un tamia gargouille
À l'écart du chemin: un cercle de pierres, un autel, des offrandes et cette épitaphe...

Spécial ratons

À la suite du déménagement des moufettes et afin de vérifier ce qu'il advenait du terrier et de son éventuelle occupation, j'ai posé une planchette à son entrée, facilement poussable par n'importe quel animal désireux d'y entrer ou d'en sortir. J'ai aussi installé ma caméra à déclenchement automatique sur le passage. Avant-hier matin, la planche avait bougé et j'ai visionné les enregistrements.

Il s'agissait d'un raton laveur, un habitué du jardin. Il le traverse une première fois, tard le soir, pour aller faire sa tournée des poubelles du quartier, puis une seconde fois, tôt le matin, pour retourner dans le bois. Au passage, il fouille le bassin à la recherche de quelques grenouilles. À ce propos, j'avais disposé dans l'eau quelques vieilles souches à demi immergées pour permettre aux amphibiens de se cacher ou de sortir du bassin, mais le raton a pris l'habitude de les retourner; ce qui m'a obligé à les fixer.

En ce moment, il y a aussi une mère et ses deux jeunes qui passent par là. Il y a quelques semaines, attirés par leurs couinements, je les avais surpris en plein après-midi dans le jardin; j'imagine que les petits "ne faisaient pas encore leur jour". 

Hier matin, en revenant d'accompagner ma blonde à son travail, je les ai vus, au loin, traverser la rue à la course à la hauteur de ce que j'ai estimé être la maison. Je me suis dépêché de rentrer dans l'espoir de les surprendre dans le jardin. Je suis arrivé juste à temps: la mère était déjà dans le bois, mais les deux jeunes avaient encore du mal à escalader la clôture. 

Je me suis approché en surveillant la mère du coin de l'œil. Je ne voulais pas me faire charger, encore moins me faire mordre, car il ne faut pas oublier que les ratons sont les principaux vecteurs de la rage au Québec, surtout sur la rive sud du Saint-Laurent. Ensuite, je me suis accroupi pour paraitre moins menaçant et j'ai entamé la conversation en imitant maladroitement l'espèce de roucoulement qu'ils émettent pour garder le contact entre eux quand ils se déplacent. Leur curiosité l'a finalement emporté sur la méfiance et ils se sont approchés.

Fête du Canada

Le premier juillet correspond à la fête du Canada et au traditionnel déménagement des locataires québécois dont les baux annuels se terminent. C'était donc pour moi une excellente occasion de déménager les moufettes qui avaient décidé de squatter le sous-sol de notre cabanon.

Je dois préciser qu'à la vue du tas de terre fraichement excavée, j'avais d'abord pensé à une marmotte et que j'ai été bien surpris et embarrassé quand j'ai constaté que le piège (non léthal) avait attrapé deux jeunes moufettes et qu'une troisième tournait autour. En effet, comme tout le monde le sait, les moufettes, bien qu'inoffensives, possèdent une arme dissuasive très efficace qui consiste à asperger leurs assaillants d'un liquide nauséabond et tenace.

Personnellement, en tant que scientifique attaché aux résultats expérimentaux, j'ai plusieurs fois tenté de déclencher le jet tant redouté en les poursuivant en nature... en vain. Il m'est aussi arrivé d'en surprendre, autant que d'être surpris, et les rencontres, même très proches, se sont toujours bien déroulées. J'en suis donc arrivé à la conclusion que les moufettes étaient des animaux extrêmement tolérants et pacifiques. En leur présence, il suffit en fait de rester calme et de ne pas faire de gestes brusques. Et effectivement, encore une fois, le déménagement dans le bois derrière ma clôture, s'est passé sans anicroches, malgré le stress de l'emprisonnement temporaire et ma promiscuité avec l'animal. 

Au bout du compte, j'ai déménagé quatre charmantes locataires, et ce malgré le fait que j'ai toujours prétendu vouloir en héberger une. C'était avant de savoir que ces animaux préfèrent vivre en communauté. Malheureusement, notre jardin est trop petit pour en accueillir quatre et c'est bien dommage, car l'extension du territoire humain et l'intolérance, voire l'hostilité (non fondée, je le répète) de mes compatriotes à leur égard, font en sorte qu'il est de plus en plus difficile pour les moufettes de trouver leur place. 

Une histoire de chasse

Il y a deux semaines, quelque part dans le boisé du Tremblay, j'avais repéré un terrier de rat musqué au bord d'un ruisseau anonyme. Son entrée est submergée, mais un rond incongru dans une eau au demeurant stagnante m'avait mis la puce à l'oreille. Finalement, après quelques minutes d'attente pour en avoir le cœur net, l'habitant avait fini par se montrer. 

Depuis, quand je passe par là, je jette un œil au cas où. Il y a trois jours justement, je m'en approchais avec ma blonde. Allant voir en éclaireuse, elle m'a lancé un "il est là", puis un "ah non, c'est autre chose" qui m'a fait presser le pas. En arrivant, j'ai d'abord vu beaucoup d'agitation dans l'eau et un jeune rat musqué pas très habile en natation, un flotteur plus qu'un nageur. Soudainement, un autre animal s'est approché de lui à la nage. Trop occupé à essayer de l'identifier, je n'ai pas trop compris ce qui se passait alors. Après coup, je comprends que le juvénile venait de se faire attaquer par un vison d'Amérique. Ensuite, le vison m'a vu et le rat musqué a profité de l'hésitation de son prédateur pour plonger dans son terrier. 

Le vison n'a pas renoncé pour autant. Il s'est mis à arpenter les berges en amont et en aval, tantôt à la nage, tantôt à gué, à la recherche de sa proie. Le manège a duré ainsi pendant une bonne quinzaine de minutes, jusqu'à ce que, d'un seul coup, il se fasse charger sur la berge par un rat musqué beaucoup plus gros que lui, probablement l'un des parents. Il y a eu un bref moment de chahut dans les hautes herbes, puis tout le monde a disparu.

Promenade de santé

Neuf étamines, anthères blanches, 3 ou 4 styles 

Ce matin, je suis allé faire une ballade dans le boisé du Tremblay. C'était une marche de santé, rapide, sans appareil photo, juste mon cellulaire avec "Merlin" ouvert pour identifier et ré-apprendre comme chaque année les chants d'oiseaux, et le K-Way de mes 15 ans roulé en boule au cas où la nature mettrait sa menace à exécution.   

Hé bien, je suis rentré sec avec 34 espèces d'oiseaux en poche, dont un paquet de parulines, et une photo d'Aubépine dorée (Crataegus chrysoxcarpa

Bractéoles linéaires et glanduleuses, sépales denticulées et glanduleuses, ramifications de l'inflorescence villeuses
Feuille ovale à rhombique

Trois pruniers de plus

Hier, je suis allé rendre visite au prunier noir trouvé l'année dernière dans le boisé du Tremblay. Je voulais savoir comment il avait passé l'hiver et si les cantonniers chargés d'entretenir les abords du chemin — comprenez : faucher tout ce qui dépasse sur une largeur d'environ un mètre — l'avaient épargné.

Il était en pleine forme et magnifique avec ses grandes fleurs roses. J'ai scruté le sol à son pied pour essayer de trouver une éventuelle descendance. Il avait produit tellement de prunes l'année passée qu'au moins quelques-unes aurait pu germer. Toutefois, je n'ai rien trouvé. 

Par contre, des cinq que j'avais cueillies en septembre dernier pour y gouter et semer les noyaux, j'ai obtenu une germination et tout porte à croire qu'il y aura un jour des prunes sauvages au jardin. J'avais aussi prélevé trois rameaux de l'année, d'environ 20 cm, avant qu'ils ne soient complétement aoûtés. Ce printemps, je les ai surveillés attentivement en espérant voir un gonflement des bourgeons annonciateur du succès du bouturage. J'ai eu deux bonnes surprises sur trois, et même des fleurs. On n'en est pas encore à faire de la confiture, mais c'est un début. 

Ex-noyau de prune
Futur noyau de prune

Faire la vaisselle...

À la maison, faire la vaisselle n'est pas une corvée, mais plutôt un prétexte pour s'évader dans le jardin par la fenêtre au-dessus de l'évier. C'est l'occasion de mesurer le passage des saisons et de surprendre l'intimité des habitants du lieu. 

En ce moment, le populage des marais se dépêche de fleurir avant que les fougères le fassent disparaitre sous l'ombre de leurs frondes, trois colibris mâles se disputent le jardin en écrivant des U dans le ciel et je viens de constater l'arrivée de la première femelle à la mangeoire. 

De gauche à droite, derrière les pierres du bassin et sur fond de boisé du Tremblay : les crosses filiformes et pourpres de la capillaire du Canada, les frondes vertes de la matteucie fougère-à-l'autruche, le populage des marais et le polystic faux-acrostic, juste devant lui.

Une nouvelle venue

Il y a une semaine, en faisant le tour du jardin, j'ai trouvé trois spécimens d'une nouvelle espèce de plantes à fleurs. J'attendais qu'elle fleurisse pour l'identifier; c'est fait. Il s'agit d'Omphalodes verna, ou  Omphalodes du printemps, ou encore Petite bourrache printannière. C'est une jolie petite vivace de la famille des boraginacées.

Je ne sais pas comment elle est arrivée là: une défécation d'oiseau, le vent, la semelle de nos souliers voyageurs ou un réveil de semences depuis longtemps endormies (on parle d'au moins vingt-cinq années depuis notre acquisition de la maison). Toujours est-il qu'elle est originaire des sous-bois européens et qu'elle s'est naturalisée en Amérique du Nord. 

Comme elle commence à fleurir à une saison qui manque encore cruellement de couleur, je la laisse pour l'instant. Mais attention, contrairement à elle, je ne suis pas né de la dernière pluie: cette façon d'apparaître brusquement et en nombre me laisse penser qu'elle pourrait facilement devenir envahissante. Je la garderai donc à l'oeil - ce qui n'est pas déplaisant. 

Tout le monde est là

Colibri à gorge rubis

Enfin presque ! Il ne manque plus que le cardinal à poitrine rose, probablement retenu par quelque événement extraordinaire, et le tyran huppé, probablement occupé à imposer des tarifs douaniers outranciers. On n'attend plus que leur arrivée pour commencer l'été. 

En attendant, notre colibri est obligé de partager sa mangeoire avec deux orioles ; ce qui n'est pas du tout, mais alors pas du tout, de son goût. Mais rien ne l'arrête et les trente grammes de l'oriole ne peuvent rien contre les trois du colibri, aussi teigneux qu'habile dans le combat aérien.    

Oriole de Baltimore

Des rouilleux de passage

🎧 Article avec ambiance sonore :

Une Quiscale rouilleux

Chez nous, à Longueuil (Québec), les quiscales rouilleux ne font que passer. Ils sont en route pour la forêt boréale dans laquelle ils nichent, généralement à proximité d'un point d'eau. Pour avoir une chance de les observer, il faut être là au bon moment, car ils ne s'éternisent pas. C'était notre cas, il y a trois jours. 

En fin d'après-midi, des grincements monocordes en provenance du bois nous ont prévenus de leur présence. Ils étaient là, mâles et femelles, sautant d'un billot à l'autre dans le bois inondé, à la recherche de nourriture. À peine plus gros qu'un carouge à épaulettes et bien plus petits que leurs cousins bronzés, ils partagent néanmoins avec ces derniers ce regard foudroyant que même un écureuil gris n'ose soutenir. Le lendemain, ils n'étaient déjà plus là.  

Un Quiscale rouilleux

Je t'ai vu


Hier, je n'étais pas seul à explorer le jardin. Il y avait aussi un crapaud d'Amérique qui, dès qu'il m'a aperçu, s'est enfui ventre à terre pour s'immobiliser et reprendre son souffle sous les premières pousses. Dans le cas des crapauds, l'expression ventre à terre n'est ni une figure de style, ni un synonyme de vitesse.  Bedonnants et courts sur pattes, les pauvres font ce qu'ils peuvent pour échapper à ceux qui leur voudraient du mal et misent plus sur leur mimétisme et les glandes à venin qui les recouvrent que sur leur vitesse. 
Au jardin, les observations de crapaud sont régulières, mais occasionnelles, peut-être une fois par année et généralement à cette époque ; cela doit correspondre à quelque chose. Mon hypothèse est que la dispersion post-nuptiale des crapauds, la couverture végétale encore incomplète du jardin et mes visites printanières plus assidues concourent à la rencontre.