Aucun message portant le libellé Géologie. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Géologie. Afficher tous les messages

SIGÉOM n'existait pas,

 il faudrait l'inventer. 

La carte interactive du Système d'information géominière du Québec est une mine d'informations sur la géologie du Québec et je ne voyage pas dans la province sans l'avoir préalablement consultée.

Cette fois, je cherchais de l'information sur le sous-sol du boisé du Tremblay en préparation d'un texte sur son histoire géologique. Je commence par sortir une vue satellitaire assez générale de la région entre le fleuve Saint-Laurent (à gauche) et la rivière Richelieu (à droite), histoire de m'orienter.

Le mont Saint-Bruno est au centre, le boisé est à gauche (cliquer pour agrandir l'image). 

J'ajoute ensuite la surcouche de géologie générale du socle et j'ajuste la transparence. Apparaissent alors trois zones de couleur. En cliquant dessus, la légende m'indique que:

  • le brun foncé correspond à des roches intrusives alcalines intermédiaires à ultramafiques (Gabbro du Mont-Saint-Bruno) qui datent du crétacé. En clair, c'est une intrusion magmatique qui s'est produite il y a 125 à 145 millions d'années, lorsque la plaque américaine est passée sur un point chaud, à la façon d'Hawaï aujourd'hui.
  • Le brun moyen (sous le boisé) est du shale calcareux noir et du calcaire (shale d'Utica) datant de l'ordovicien moyen et supérieur. Traduction: ce sont des alluvions qui se sont déposées au fond d'une mer profonde (l'océan Iapéthus), il y a 445 à 470 millions d'années.
  • Le brun clair est du shale gris, du grès, du siltstone et du calcaire (groupe de Lorraine) de l'ordovicien supérieur et moyen. Historiquement, le groupe de Lorraine est la strate recouvrant le shale d'Utica et par conséquent formée immédiatement après. Son origine est discutée: peut-être un flysch (dépôt sédimentaire dans un bassin en fermeture) ou des sédiments pro-deltaïques.

Bon, ça, c'est le socle, mais dessus, qu'est-ce qu'il y a ? Je descends le menu de SIGÉOM et je trouve la couche cartographique des zones morphosédimentologiques du quaternaire, grosso-modo les différents dépôts d'alluvions depuis la glaciation du Wisconsinien (Würmien en Europe, je crois).

Je m'apprête à explorer quand je remarque un nouvel onglet "Lidar" à la fin du menu. Le lidar est un système de télédétection par laser qui permet, entre autres, d'avoir une mesure très précise du relief, même sous couvert forestier. J'essaie et wow, le mont Saint-Bruno apparait ainsi que cet étrange "chenal" au-dessus, entre deux plates-formes.

Comme j'aime bien me raconter des histoires, je me mets à imaginer que cela pourrait correspondre à une zone d'écoulement des eaux lorsque la mer de Champlain se retirait (vers le haut) en donnant naissance au Saint-Laurent. Alors, je teste les différents onglets des morphologies de surface et j'obtiens la carte suivante avec les formes alluviales et les formes glacio-lacustres ou glacio-marines, qui infirme l'hypothèse.

Bref, tout ça pour dire que SIGÉOM est un outil formidable et gratuit qui donne en outre accès librement aux publications scientifiques. Des heures de plaisir pour les curieux de géologie.   

En carrés blancs, les rebords des terrasses fluviales et en carrés noirs, les rebords des terrasses marines.

L'île aux Basques

Île aux Basques

L'Île aux Basques est un rocher presqu'entièrement recouvert de forêt d'environ 1,5 km de long sur 300 mètres de large, si l'on ne tient pas compte du long banc de sable du côté sud-est. Situé à presque 4 kilomètres de la rive sud du Saint-Laurent et à une vingtaine de kilomètres de la côte nord, on y accède par bateau à partir de Trois-Pistoles. 

L'île est la propriété de la Société Provancher qui  y organise des visites guidées de quelques heures. Toutefois, si le confort d'un chalet rustique ne vous fait pas peur, il est possible de prolonger la visite et de passer quelques jours sur l'île. Il suffit pour cela d'être membre de ladite société et de payer le passage. Comme il n'y a que trois chalets sur l'île, il faut y penser tôt ou espérer une annulation.

Séjourner sur l'île aux Basques ne s'improvise pas. Il faut amener son couchage et sa nourriture pour la durée du séjour, voire un peu plus au cas où les conditions météo n'autoriseraient pas le bateau à venir vous rechercher quand la marée le permet. Pour le reste, tout est fourni et Mikaël Rioux, le passeur, vous dépose sur le quai avec des bonbonnes d'eau potable. La source et l'eau de pluie fournissent le reste pour la vaisselle et la toilette. 

Le confort d'antan

La traversée ne dure pas longtemps, mais elle fait partie du rituel et contribue à faire retomber cette espèce d'agitation intérieure inhérente à nos modes de vie. Ce n'est qu'une fois les recommandations faites et le bateau parti que le calme s'installe. C'est alors que la nature reprend ses droits, que le soleil mesure à nouveau le temps qui passe, que la météo décide ce que sera votre journée et que ce que vous preniez pour du silence devient le bruit du vent dans les feuilles.

C'était la première fois que nous séjournions sur l'île au mois de juin. D'habitude, nous venons en septembre pour voir passer les migrateurs, mais cette année, nous voulions nous attarder sur la flore. Il en sera question plus tard, mais d'abord quelques mots sur le décor.

D'un point de vue géologique, l'île aux Basques fait partie des Appalaches. La faille de Logan qui longe le sud du Saint-Laurent et marque la frontière entre les Appalaches et les Basses-terres passe quelque part au large de la côte nord de l'île.

Le Québec se divise en trois grandes provinces géologiques: la province de Grenville, au nord du fleuve, composée des vieilles roches de l'ancien continent Laurentia, la province des Appalaches, au sud du fleuve, formée par une série de collisions entre Laurentia et le micro-continent Avalonia puis Baltica. Entre ces deux provinces, la plateforme du Saint-Laurent, ou Basses-terres, correspond à la marge continentale de Laurentia. 

Les roches qui composent l'île sont des grés et des schistes ardoisiers en strates où le rouge alternent avec le gris ou le vert selon leur âge et leur composition chimique. Elles sont le résultat de l'accumulation de sables et de boues argileuses au fond de l'océan Iapétus de -570 à -500 millions d'années. Ces mètres de sédiments se sont ensuite cimentés sous l'effet de leur propre poids et de la pression.

L'île est un pli rocheux qui émerge du fleuve avec un angle de 45°. Sur la rive sud, face au continent, l'eau caresse son dos dans le sens des plis; c'est le côté du banc de sable, des anses et des plages.

À partir de -500 Ma, l'écartement des plaques tectoniques qui avaient créé l'océan s'est inversé et Iapétus a commencé à se refermer. Ce rapprochement a surélevé et plissé le plancher océanique, puis un arc insulaire volcanique formé au large est entré en collision avec Laurentia vers -450 Ma. Cet événement que les géologues  appellent la phase taconienne marque la naissance des Appalaches et est l'origine de l'île aux Basques.

Sur la rive nord, face au large, l'eau caresse la roche à contre-pli; c'est le côté de la falaise.
Mais au fait, pourquoi l'île aux Basques ? Parce que, comme en témoignent les vestiges de fours trouvés sur l'île, les Basques venaient y faire fondre la graisse des baleines qu'ils chassaient sur le côte nord du Saint-Laurent.
 

En allant cueillir des patates

Ce qu'on appelle le Champ de patates ou le Champ du diable, ou encore la Pièce-des-Guérets, est une intriguante coulée de galets sur le flanc du Mont Rigaud à quelques kilomètres de Montréal. D'après les géologues, ce serait une moraine de fond, c'est-à-dire un tapis de roches entrainées par un glacier et sur lequel il s'écoule. Toutefois, d'après la légende mise en rimes par le poête Zéphirin Mayrand, il s'agirait plutôt de l'oeuvre du diable. À vous de vous forger une opinion, je me contente d'exposer les faits !

Douze mille années n'ont pas suffi à la végétation pour effacer les traces laissées par le glacier; c'est peut-être ce qui est le plus impressionnant.

Quoi qu'il en soit, on a érigé une croix au sommet du Mont Rigaud...au cas où. 
Si elle a conjuré le sort, elle n'a pas empéché le fléau des spongieuses de s'abattre sur la forêt de chênes. Nous y étions le 4 juillet, mais on se serait cru au début du printemps. Heureusement, les chenilles passent et les feuilles repoussent. Et puisque la spongieuse est partout cette année, même dans nos jardins, ne vous précipitez surtout pas chez votre fournisseur de pesticides. Les arbres ont moins à craindre de la chenille que nous des insecticides.

La spongieuse n'a rien laissé...
Mais le chêne n'a pas dit son dernier mot

Escapade en Estrie (2/2)

Le mont Pinacle surplombe le lac Lyster; on y monte par un sentier à l'ombre d'une érablière.

Après la tourbière de Johnville et ses sabots de la vierge (voir le billet précédent), la route nous a conduit au mont Pinacle qui, comme l'acception géologique du terme l'indique, est un piton rocheux au coeur des Appalaches québécoises. Situé près des lignes américano-canadiennes, nous avions prévu d'y monter pour admirer la vue sur les Appalaches états-uniennes; un peu comme si nous jetions un coup d'oeil par-dessus la clôture. 

Du mont Pinacle, on a une vue sur le Vermont (EUA)

Avec ses 675 mètres d'altitude, le mont Pinacle n'est peut-être pas très impressionnant, mais il a une très longue histoire à raconter. En fait, le piton d'aujourd'hui fait partie d'un vieux pluton (le pluton Averill) mis au jour par l'érosion glaciaire. Comme tous les autres de son espèce, il est né d'une poche de magma qui remontait du manteau terrestre et s'est cristalisée avant d'atteindre la surface.

Cela s'est produit il y a environ 400 millions d'années au cours de la deuxième des trois phases d'érection des Appalaches: la phase acadienne qui correspond à la collision entre le continent Laurentia et le microcontinent Avalonia. À cette époque, la subduction des plaques a produit de nombreux plutons que l'on retrouve tout au long des Appalaches jusqu'à Terre Neuve. Une carte visible ici montre les plutons de l'est du continent américain en rouge et donne un aperçu de l'ampleur du Averill (Av). À cheval sur le Québec et le Vermont; il mesure environ 21 km de large au niveau de la frontière.

À l'ordovicien (480 millions d'années), Iapethus a atteint son ouverture maximale. Le continent Avalonia s'écarte de l'ancien supercontinent Rodinia et commence sa migration vers le nord.
Au silurien (440 miliions d'années), Iapéthus se referme. Avalonia est entré en collision avec le sud de Baltica et se dirige vers Laurentia. Un arc d'îles volcaniques créé au coeur de l'océan Iapéthus par le mouvement des plaques est déjà entré en collision avec Laurentia; c'est la naissance des Appalaches.
Au dévonien (400 millions d'années), la rencontre entre Laurentia et Avalonia élève les Appalaches et fait disparaître définitivement Iapéthus; la côte orientale de Laurentia est alors baignée par l'océan Rhéïque, mais cela "ne durera pas".   

Les cartes sont extraites du site PALEOMAP: 
Scotese, C.R., 2002, http://www.scotese.com, (PALEOMAP website).
Mais trêve de blabla géologique et revenons aux choses sérieuses. 
En redescendant du mont Pinacle, nous avons croisé la route d'une paruline bleue descendue de son érable pour venir nous pousser la chansonnette et sur le lac Lyster, en contrebas, il y avait un couple de plongeons huards qui profitait de l'heure matinale pour faire le tour de son domaine avant l'invasion des motomarines et des pontons à moteur.

Un 28 février à Philipsburg

Refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg
Le refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg vue d'un satellite (ci-dessus) et vue de l'extrémité de la flêche de forêt qui pointe vers l'étang en bas de l'image (ci-dessous) . À droite de l'image, la falaise que nous irons voir de plus près.
Refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg

Semaine de relâche oblige, il faut chercher la tranquilité plus loin. Et pourquoi pas au Refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg, un sanctuaire à la frontière canado-américaine, à seulement une heure de Montréal ? Pas de grosses agglomérations à proximité et aucun des oiseaux qui attirent les meutes de photographes n'a été rapporté sur les forums, c'est à croire que le lieu est tombé dans l'oubli.

Marcher sur l'eau, un des rares avantages de l'hiver

Et pourtant, c'est l'un des rares endroits au Québec où l'on peut voir la paruline azurée, un oiseau qui vit dans la canopée des forêtes décidues et matures; ce qui le rend difficile à observer sans attraper un torticolis. Pour se donner toutes les chances de trouver cette paruline, il faut y aller au printemps quand elle chante et quand le feuillage n'est pas encore trop développé; il suffit alors de pointer l'oreille pour la repérer

"Peut mieux faire"; c'est toujours ce que les profs inscrivaient avec raison sur mon bulletin. En tout cas, on voit qu'elle a la queue rousse

Évidemment, il n'était pas question de paruline un 28 février. Tout ce que l'on pouvait espérer, c'était que la neige soit suffisamment tapée pour pouvoir marcher sans raquettes. Et nous avons eu de la chance; la glace était même assez épaisse pour traverser le marais et longer la falaise jusqu'à ce que les eaux libres de l'étang Streit nous arrêtent. Au chapitre des choses à signaler : nous avons entendu sans le voir un pic à ventre roux, une autre rareté du Québec, et nous avons été survolé par un aigle royal et une buse à queue rousse. La buse à queue de rousse n'avait rien d'extraordinaire mis à part le fait qu'elle m'a enfin permis de trouver le bon réglage pour photographier les oiseaux en vol; il ne me reste plus qu'à réussir à ne pas bouger en appuyant sur le déclencheur.

La falaise: une vingtaine de mètres de calcilulite argileuse (blanchâtre) alternant avec un shale argileux (noirâtre) appartenant à la formation de Wallace Creek (groupe de Philipsburg, province des Appalaches), datant de l'ordovicien inférieur et correspondant à un dépôt en milieu sous-marin calme et profond [Contributions to the sedimentology of the Strites Pond Formation Cambro-Ordovician Phillipsburg Group, southwestern Quebec. Geological Survey of Canada: Project: Cambro-Ordovician succession of Eastern Laurentia, Eastern Ontario & SW Quebec. Osman Salad Hersi and Denis Lavoie. Natural Resources Canada, 2001].    

Au coeur du récif

Le 25 août dernier, nous revenions d'un voyage dans le temps, à la chute-aux-galets plus au nord.

Alors que nous roulions vers notre époque, entre Saint-Honoré et Saguenay, une carrière en exploitation a attiré notre attention. La carte géologique la situait dans l'ordovicien moyen (entre -470 et -458 millions d'années) et selon mes informations, on en tirait de la pierre concassée destinée à la voirie et à la fabrication du béton. Toujours en activité, il n'était évidemment pas possible d'y pénétrer, mais un peu plus loin sur le bord de la route, un affleurement rocheux nous fit signe de nous arrêter. Impossible de résister. 

Après avoir stationné la voiture sur l'accotement, nous nous sommes glissés entre les conifères en suivant un chemin pavé d'une roche grisâtre si lisse que même les mousses n'arrivaient pas à y trouver de prises. En y regardant de plus près, sa surface était constellé de marques étranges.

La partie métallique de la clé mesure 4,5 cm de long. Sur les photos, on peut voir des réceptaculites (formes rayées et pointillées en haut et en bas) et des gastéropodes (en haut, dans le coin inférieur droit)

Sans l'aide du compte-rendu d'expédition de trois géologues qui étaient passés par là dans les années 80 (voir la référence plus bas), nous n'aurions jamais su que la scène qui avait été gravée dans la pierre était la naissance d'un récif corallien. Tout y était : les réceptaculites, mi-algues mi-éponges qui se fixaient dans les boues calcaires des fonds marins, les stromatopores qui colonisaient les sédiments ainsi stabilisés et les gastéropodes qui venaient y trouver leur nourriture. 

Référence:  Harland, T. L., Pickerill, R. K., & Fillion, D. (1987). Establishment and development of patch reefs in the intracratonic Ordovician sequence near Chicoutimi, Quebec. Lethaia, 20(3), 189–208.

Entre ordovicien moyen (ci-dessus) et supérieur (ci-dessous), la scène se passe sous le point rouge dans une mer peu profonde de l'hémisphère sud; l'équateur étant la fine ligne blanche qui passe presque au pôle supérieur. Source: Ancient Earth Globe

Promenade à marée basse

L'invitation avait été lancée, il y quelques mois, par Nancy: "Ça vous tenterait-tu d'aller prendre une marche sur la terre à bois de mon chum ? Vous verrez, c'est une belle place." Puis la COVID est arrivée, les relations se sont distancées et les visites ont été repoussées à des jours meilleurs.

Mais hier il faisait trop beau pour rester encabané; un genre de beau dont on sait qu'il ne va pas durer, un genre de beau annonciateur de linge d'hiver et de changement de pneus. Aussi, et malgré le retour de bâton que les spécialistes appellent la deuxième vague, nous nous sommes donnés rendez-vous sur la fameuse terre.

À première vue, rien d'extraordinaire pour un amateur de nature sinon le charme bucolique de la Montérégie; ce qui n'est déjà pas rien quand on habite dans la grande banlieue de Montréal. Pour accéder à l'endroit, on chemine entre soja et soja puis entre maïs et maïs, accompagnés par la chorale des grillons d'automne qui ont échappés aux pesticides, pour finalement arriver au bout du tunnel, une belle érablière mature et sombre à souhait.

Passé la lisière, le charme opère immédiatement; on est ailleurs. Par-ci par-là, quelques cèdres (des thuyas de l'Ouest) et des affleurements de roches laminées qui me font penser à un paysage vu plus tôt cette année lors d'une ballade à Saint-Bernard-de-Lacolle. Rien d'étonnant à cela puisque nous n'en sommes qu'à une dizaine de kilomètres.

En avançant, on débouche sur une grande clairière barrée par un mur de roseaux qui suggère la présence d'eau. Nancy nous le confirme, il y a de l'eau et on peut s'en approcher. Aussitôt dit aussitôt fait, et un autre paysage se dévoile: une vaste étendue d'eau qui semble avoir connu de meilleurs jours à en juger par la largeur des rives. Elle est entourée d'un sol rocailleux gris pâle qui semble néanmoins faire le bonheur des thuyas, omniprésents, et des potentilles frutescentes, deux plantes qui aiment les sols calcaires et l'eau. Et si la marée est basse en cette fin de saison, c'est parce que cette ancienne carrière artisanale n'est alimentée que par la fonte des neiges et les pluies.

En approchant du bord, nous dérangeons un groupe de bernaches du Canada et de pluviers kildirs dans leur halte migratoire. Je remarque alors une gentiane que je n'avais encore jamais vue. C'est une gentiane frangée (Gentianopsis crinata), une plante plutôt rare au Québec (selon la flore Marie Victorin), sauf ici où elle abonde.

Et puis toutes ces pierres calcaires, je ne peux pas m'empêcher d'y jeter un oeil. Après tout, nous sommes dans la formation géologique de Beauharnois et, il y a 465 à 485 millions d'années, sur la côte sud-ouest du continent Laurentia dans un environnement de mer chaude, peu profonde et soumise aux marées (voir le schéma plus bas). Alors, peut-être reste-il des traces d'anciennes vies ?

Et effectivement, en se penchant pour vérifier, on en trouve sous la forme de terriers fossilisés laissés par des animaux fouisseurs.  

Une nouvelle plante, des fossiles, il ne restait plus qu'une bière en bonne compagnie pour clore cette belle fin de semaine.

Un 31 juillet à Flower's cove (Terre-Neuve)



Géologiquement parlant, la frange ouest de Terre-Neuve est la plus ancienne. Il y a 550 millions d'années, cette partie de l'île formait la marge continentale du continent Laurentia.
Là ou je vous emmène, on peut imaginer qu'à cette époque, nous aurions marché sur un haut-fond de l'ancien continent, peut-être un lagon, situé quelque part sur la ligne de l'équateur. À marée basse, nous aurions les pieds dans l'eau. À marée haute, L'eau, chaude, nous arriverait à la taille.
On peut y apercevoir des formes de vie, mais rien qui ressemble vraiment à ce que nous connaissons. Nous sommes au moment du "big bang" de la vie sur Terre. Dans environ 25 millions d'années, la planète connaîtra sa plus grande biodiversité. Tout est alors possible et beaucoup de choses vont être essayées. Certaines formes de vie sont tellement improbables qu'elles sont vouées à l'échec.  
Tout se passe dans les océans, car au sol, il n'y a rien, à part peut-être le voile verdâtre des premiers micro-organismes photosynthétiques qui commencent à coloniser les rochers humides.



Dans l'eau, il y a aussi ces étranges rochers blanchâtres en forme de macarons. certains sont isolés, d'autres se sont fusionnés pour former un tapis de coussins, mais aucun ne dépasse jamais de l'eau. À marée haute, ils se contentent d'effleurer la surface, comme si l'air leur était interdit. 




En vérité, c'est bien le cas car ces rochers n'en sont pas, en tout cas pas vraiment et pas encore. Pour l'instant ils sont encore ces colonies de bactéries que l'on appelle des thrombolites ou des stromatolithes, selon leur organisation interne (anarchique ou en couches concentriques). D'ailleurs, en les touchant, on peut constater que leur surface n'est pas complètement minérale. Elle ressemble plutôt à de la gélatine. Ce mucilage sécrété par les bactéries piège et agglomère les sédiments pour former une couche protectrice. 




Si le microscopique est devenu si visible, c'est sous l'effet du nombre. Les bactéries qui constituent ces colonies font partie des premières formes de vie qui ont peuplées la Terre et ont eu des millions d'années pour se multiplier. 
Aujourd'hui, celles de Flower's cove sont mortes, mais toutes n'ont pas disparu; il en existe encore quelques unes, ailleurs dans le monde.