Un 30 juin dans le boisé du Tremblay

Entre deux gros orages, nous nous sommes glissés jusque dans le boisé du Tremblay, juste pour ramener quelques témoignages de sa biodiversité. Il faisait chaud et humide, et malgré tout, nous n'avons pas vu l'ombre d'un moustique; étrange.  

Liseron des champs
Ronce odorante
Lotier corniculé... et légèrement narcotique
Valériane officinale...et sédative

Roses à gogo

Potentille droite

Grande famille que celle des rosacées. Avec plus de 3000 espèces, il y en a forcément pour tous les goûts.
Les poètes préfèrent la rose, qui ce matin avait déclose. Les gourmands ont l'embarras du choix: abricot, amande, amélanche, cerise, coing, fraise, framboise, mûre, nèfle, pêche, plaquebière, poire, pomme ou prune.
De la rampante à l'arbre, il y en a à tous les étages et dans tous les quartiers, du  jardin royal au terrain vague. Il y en a même qui soignent, comme l'aubépine réputée contre l'insuffisance cardiaque légère, l'ansérine, la tormentille, la sanguisorbe qui arrête les hémorragies (tout est dans le nom), sans oublier la reine-des-prés, de laquelle on a extrait l'aspirine quand le saule ne suffisait pas.

Potentille ansérine: une rose des terrains vagues, qui soigne

Un 23 juin à Longueuil

Une crécerelle d'Amérique est venue se percher dans le jardin. Ce petit rapace diurne, à peine plus gros qu'un merle, aime les espaces ouverts. Jusque dans les années 70, il régnait en maître dans les campagnes québécoises où il était fréquent d'observer le vol stationnaire de la crécerelle en chasse. Aujourd'hui, les doigts d'une seule main suffisent à compter mes observations de la crécerelle au cours d'une année. Une autre victime de l'agriculture industrielle. 

Un 22 juin sur le Mont Saint-Hilaire

Du sommet du mont Saint Hilaire, on aperçoit le centre-ville de Montréal adossé au Mont-Royal et, entre les deux, le mont Saint-Bruno.

À une trentaine de  kilomètres de Montréal à vol d'oiseau, le mont Saint-Hilaire est une de ces collines montérégiennes qui émergent de la vallée du Saint-Laurent. Le lieu est en grande partie protégé par un statut de réserve naturelle en milieu privé et sa valeur écologique lui a valu le titre de réserve de la biosphère par l'UNESCO. C'est aussi un endroit très tendance pour aller faire son jogging, moyennant les 8 $ du droit d'entrée.  
Aussi, choisir de monter au sommet un samedi est une mauvaise idée si vous êtes plus intéressés par l'observation de la nature que par les conversations rarement feutrées des promeneurs.
Heureusement, la réserve est grande et en nous enfonçant dans la forêt par les sentiers les moins fréquentés, nous sommes finalement arrivés dans le domaine de la fée des bois. Un brin facétieuse, elle s'est mise à imiter le "tchic urrr" d'un piranga écarlate, sachant que nous ne résisterions pas à l'envie de le voir. En nous approchant et en relevant la tête pour essayer de trouver l'oiseau, notre regard a croisé un nid de guêpes qui s'est révélé être une chouette rayée. Plus loin, nous avons trouvé le prince charmant, que ma blonde a refusé d'embrasser, et une coiffe abandonnée par un lutin.
Vraiment, le lieu n'a rien perdu de sa magie.




Ouaouaron attendant un baiser
Ancolie du Canada

Un 17 juin dans le boisé du Tremblay

Les fabacées, que l'on appelle des légumineuses quand elles nous donnent leurs graines à manger, sont en fleurs dans le boisé. À part celles des photos, il y avait aussi du trèfle blanc (ou rampant) et du trèfle rouge (ou des prés). Ce dernier, comme plusieurs autres fabacées, contient beaucoup de phytoestrogènes qui soulagent, dit-on, les symptômes de la ménopause.
Une histoire court dans le monde scientifique racontant que ces molécules très ressemblantes aux œstrogènes des animaux, bien qu'elles n'aient pas la même origine biochimique, auraient été inventées par les plantes fourragères pour limiter la natalité de leurs prédateurs, les herbivores. Pourquoi pas ? L'hypothèse est satisfaisante pour l'esprit, mais elle reste ce qu'elle est.

Trèfle hybride
Mélilot blanc
Mélilot jaune ou officinal: celui-là est sédatif et tonique pour les parois veineuses.


Vesce jargeau
Consoude officinale
Érigéron de Philadelphie
Iris versicolore

Cohabitation

De passage à Amsterdam (Pays-Bas) en provenance de Montréal (Canada), ma première grande surprise en déambulant dans les rues a été de constater que les Amstellodamiens avaient réussi ce que les Montréalais ont décrété être impossible, soit la cohabitation des modes de transport sur un même axe de circulation. À Montréal, ville nord-américaine tracée au cordeau dans un espace à conquérir et avec une densité de population partant de rien pour arriver à 4517 habitants par kilomètre carré, il semble impossible de faire cohabiter les piétons, les cyclistes, les automobiles et les autobus. Ici, la loi des colons, celle du plus fort, dicte encore les comportements. Ceux qui ont le plus à en souffrir sont bien sûr les piétons, tout en bas de la chaîne alimentaire.



À Amsterdam, une ville européenne, tissée serrée et courbée par l'histoire, avec une densité de population de 4908 hab/km2, j'ai vu dans un espace qui ferait souffrir un canadien de claustrophobie, circuler des péniches, des autobus, des tramways, des automobiles, des vélos (beaucoup de vélos) et des piétons.
Pourquoi, me direz-vous, évoquer les problèmes de cohabitation de véhicules dans un blog consacré à la nature ? J'y viens. 



Hier soir, je marchais dans le boisé du Tremblay et j'ai pu observer plusieurs couleuvres rayées enroulées sur elles-mêmes au milieu du chemin pour profiter des derniers rayons de soleil. Respectueux de leur tranquillité, je faisais un détour en me disant que leur présence était une autre bonne raison d'interdire les vélos, malgré le mécontentement que cela crée chez les cyclistes.
Moi aussi pourtant, j'ai cru dans ce projet de la ville de Longueuil qui consistait à ouvrir un sentier multifonctionnel dans le boisé du Tremblay dans le but d'officialiser sa protection en attendant de lui obtenir un statut de refuge faunique. Faire profiter du lieu au plus grand nombre possible en laissant se côtoyer, promeneurs, y compris de chien, joggeurs et cyclistes était une intention louable. Comme d'habitude quand il s'agit d'humanité, j'ai rapidement déchanté. C'était sans compter avec cet individualisme du citoyen moyen dont la vie est régie par un principe simple, immédiatement énoncé en cas de contestation: "j'ai le droit de le faire, alors je le fais". Un droit qui, exercé sans autocritique, ni sens de la responsabilité, tombe trop facilement dans l'excès et devient rapidement incompatible avec une vie en société. Pour rétablir un semblant d'équilibre, on a alors recours aux interdictions, une solution bien pratique et économique qui n'a de valeur à long terme que celle de pérenniser l'absence de savoir-vivre ensemble.   

Un 16 juin autour du lac Boivin (Granby, Québec, Canada)

Le sentier "La randonnée" qui part du Centre d'interprétation de la nature du Lac Boivin est le plus long, donc le moins fréquenté. C'est aussi celui qui réserve les meilleures surprises au naturaliste. Les autres ne sont pas mal non plus et tous peuvent se faire dans la journée.

Silène fleur-de-coucou
Véronique officinale
Silène enflé
Osmonde cannelle
Noisetier à long bec
Iris versicolore
Calla des marais
Papillon tigré du Canada
Écureuil roux
Canard colvert

Pas de quoi se faire un sang d'encre

Il y a 2 jours, des coprins noir d'encre sont sortis de terre, provoquant un nano-séisme dans le jardin. 
Ces champignons peuvent être mangés à deux conditions. D'abord, il faut se dépêcher de les cueillir, car ils se décomposent rapidement pour donner un liquide noir. Deuxièmement, il vaut mieux éviter de prendre de l'alcool quelques heures avant et après leur consommation sous peine de souffrir de l'effet antabuse, ou syndrome coprinien.
L'effet, spectaculaire mais généralement bénin (sauf chez les cardiaques), est causé par la coprine, une toxine qui bloque l'acétaldéhyde déshydrogénase. Cette enzyme transforme l'acétaldéhyde, un produit de dégradation de l'alcool, en acétyl-CoA. L'acétaldéhyde est toxique et son accumulation sous l'effet de la coprine provoque des rougeurs au visage, des nausées, des vomissements, des malaises, de l'agitation, des palpitations et des picotements dans les membres. 


Une mousse et un canard

J'ai invité un pote à prendre l'apéro; moi sans faux-col et lui un colvert. On a du fun...jusqu'à ce que sa blonde sonne le rappel. 


Un jour de commémoration du débarquement dans le boisé du Tremblay

Et une petite pensée pour mon grand-père qui a fait des cauchemars de guerre jusqu'à la fin de sa vie. Pour cette génération, les chocs post-traumatiques n'existaient pas. 
Mon arrière-grand-père agriculteur (que j'ai brièvement connu) s'embourbaient dans les tranchées en 14-18, mon grand-père militaire s'est fait prendre dans la poche de Dunkerque en 39-45, mon père fonctionnaire s'est retrouvé bien malgré lui en Algérie et moi, je me promène dans le boisé du Tremblay.

Silène noctiflore
Tiarelle cordifoliée
Couleuvre rayée

De l’armoise annuelle à la dihydroartémisinine

De la plante au médicament est l'histoire d'un lien qui relie le végétal à l’être humain, l’herboriste au médecin, le savoir traditionnel à la science, la chimie des plantes à celle des hommes.

La DHA : dernier recours contre le paludisme
Le paludisme
Chaque année, on recense plus de 200 millions de cas de paludisme dans le monde et plus de 400 000 décès. Cette maladie infectieuse est causée par un parasite appelé Plasmodium qui se transmet d’une personne infectée à une autre par l’intermédiaire d’une piqûre de moustique. Il existe cinq espèces de plasmodium: P. falciparum présent sur tous les continents sauf l’Europe, P. vivax en Asie, en Amérique latine et dans une partie de l’Afrique, P. ovale en Afrique de l’Ouest et dans quelques pays d’Asie du Sud-Est, P. malariae sur tous les continents et P. knowlesi en Malaisie, qui infecte les singes et peut se transmettre à l’homme. Les formes les plus dangereuses de la maladie sont les infections par Plasmodium falciparum, responsable de plus de 50 % des cas de malaria et d’environ 90 % des décès, et celles par Plasmodium vivax.
La dihydroartémisinine (DHA) et ses deux analogues, l’artéméther et l’artésunate, sont des molécules semi-artificielles découvertes dans les années 80, en Chine. Ces médicaments obtenus par transformation de l’artémisinine, un composé naturel d’origine végétale, sont devenus les dernières armes de la pharmacopée mondiale contre le paludisme depuis que certaines souches des parasites responsables de la maladie ont développé une résistance aux traitements traditionnels.
Dans le but de préserver l’efficacité de ces médicaments, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de limiter l’utilisation de l’artésunate sous forme injectable aux formes sévères de paludisme; c'est-à-dire celles qui s’accompagnent de symptômes graves et qui peuvent entrainer des lésions aux organes. L’OMS recommande également d’utiliser une thérapie combinée à base d’artémisinine (TCA) – Artemisinin-based Combination Therapy (ACT) - contre les "formes simples" de paludisme dans les pays où des résistances aux traitements classiques ont été observées.
La TCA consiste à associer un des dérivés de l’artémisinine (artésunate, artéméther ou dihydroartémisine) avec un antipaludéen agissant selon un autre mécanisme d’action, dans le but d’accroître l’efficacité du dérivé et de limiter ainsi le risque d'apparition d’une résistance.
La redécouverte de l’armoise
L’histoire de la dihydroartémisinine commence pendant la guerre du Vietnam, qui a opposé les forces communistes du Nord-Vietnam aux forces anticommunistes soutenant le Sud-Vietnam, de 1955 à 1975. 726 000 soldats sont tués au cours du conflit, dont 282 000 dans les rangs des américains et de leurs alliés. Les combats sont la principale cause des décès, mais ils n’en sont pas la seule; il faut aussi compter avec le paludisme.
La maladie fait des ravages parmi les soldats nord-vietnamiens qui s’embusquent dans des tunnels boueux propices à la prolifération des moustiques et qui ne disposent d’aucun traitement efficace contre les formes résistantes du paludisme, qui sont de plus en plus fréquentes. Du côté américain, les troupes bénéficient de la méfloquine, un antipaludéen de synthèse nouvellement développé par l’armée pour traiter le paludisme résistant à la chloroquine. Au cours de l’année 1967, la situation devient si préoccupante pour les troupes communistes que le gouvernement nord-vietnamien demande l’aide de son allié chinois. La Chine répond alors en lançant, le 23 mai 1967, un vaste programme de recherche pour découvrir de nouveaux antipaludéens. Ce programme top secret, appelé le projet 523 (pour le 23 mai), va mobiliser plus de 500 scientifiques militaires et civils d’une soixantaine de laboratoires à travers la Chine. Les médecins, chimistes, pharmacologues et autres spécialistes engagés dans le projet se fixent deux axes de recherche : d'une part, développer des antipaludéens de synthèse plus efficaces et, d'autre part, fouiller les anciens traités médicaux et les traditions populaires afin d'en exhumer un remède efficace.
L’armoise annuelle
L’armoise annuelle (Artemisia annua), aussi appelée absinthe chinoise, est une plante herbacée annuelle originaire des régions tempérées de l’Asie qui a été introduite et s’est naturalisée en Europe, en Afrique, en Amérique du Nord et en Amérique Latine. La plante est cultivée pour approvisionner l’industrie pharmaceutique en artémisinine, un composé aux propriétés antipaludéennes que l’on trouve dans les feuilles à des concentrations comprises entre 0,01 et 1,5 % du poids de matière sèche.
Outre l’Armoise annuelle, le genre Artemisia compte entre 200 et 400 espèces dont plusieurs sont utilisées par l’être humain pour leur vertu aromatique ou médicinale. C’est notamment le cas de l’aurone (Artemisia abrotanum), de l’estragon (Artemisia dracunculus) et du yomogi (Artemisia princeps) utilisés comme condiments, de l’armoise commune (Artemisia vulgaris), de l’absinthe (Artemisia absinthium), de l’armoise romaine (Artemisia pontica), du génépi blanc (Artemisia umbelliformis) et du génépi noir (Artemisia genepi) qui entrent dans la composition de boissons alcoolisées (Absinthe, Vermouth, liqueur de genepi), de l’armoise arborescente (Artemisia arborescens) servie en thé avec la menthe en Afrique du Nord, et du semen contra (Artemisia cina) longtemps utilisé comme vermifuge.
Oceancetaceen - Alice Chodura [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons
À l’Institut Materia Medica de l’Académie chinoise des sciences médicales de Pékin, la mission de la phytochimiste Youyou Tu et de son équipe est d'identifier une nouvelle molécule antipaludéenne à partir des remèdes traditionnels. Pour ce faire, les chercheurs passent en revue plus de 2000 préparations pour en retenir finalement 640 susceptibles d’avoir un effet. Ils sélectionnent ensuite une dizaine de plantes parmi les plus fréquemment citées, à partir desquelles ils élaborent 380 extraits qui sont ensuite testés sur des rongeurs atteints d’une forme spécifique de paludisme.
En 1971, un extrait d’Armoise annuelle (Qinghao) obtenu en faisant bouillir la plante séchée dans l’éthanol donne des résultats encourageants. Après l’avoir administrée aux rongeurs, les chercheurs observent une inhibition de 60 à 80 % de la croissance du parasite. Malheureusement, ce premier résultat ne peut pas être reproduit et l’inhibition mesurée au cours des essais suivants ne dépasse pas 40 % dans le meilleur des cas. Plusieurs hypothèses sont alors avancées pour expliquer ces variations et tenter d’y remédier : l’origine géographique des échantillons, la saison de la récolte et la partie de la plante utilisée.
C’est en relisant le Traité des prescriptions pour les traitements d'urgence, écrit 1700 ans auparavant par le médecin Ge Hong (283-343 de notre ère), que la professeur Tu va trouver la solution. Dans son traité, Ge Hong recommande de prendre une poignée de feuilles fraîches, de la plonger dans 2 sheng d’eau (0,4 litre), d’exprimer ensuite le macérat pour recueillir le jus et de boire ce jus dans son intégralité. Youyou Tu comprend alors que la température d’extraction est trop élevée et dénature le principe actif. Elle décide alors de remplacer l’éthanol par l’éther; ce qui lui permet d’abaisser la température d’extraction. En décembre 1971, elle obtient un extrait stable ayant un taux d'efficacité de 95 à 100 % sur les singes. Après avoir vérifier l'absence de toxicité en testant l’extrait sur elle-même, les premiers essais sur des malades sont réalisés en août 1972 et donnent un taux de guérison de 90 %.

L’artémisinine et ses dérivés
Omondi [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons
En 1973, quelques mois après que la professeure Tu ait rendu public ses travaux, deux équipes du projet 523, l’une dirigée par Zeyuan Luo de l’Institut de recherche du médicament du Yunnan, l’autre dirigée par Zhangxing Wei de l’Institut de médecine traditionnelle chinoise de Shandong, parviennent à purifier le principe actif de l’extrait qu’ils identifient comme étant l’artémisinine. Entre-temps, l’équipe de la professeure Tu, cherchant elle aussi à identifier le principe actif, synthétise la dihydroartémisinine qui va s’avérer encore plus efficace que le composé naturel.
Dans les années suivantes, de nombreuses recherches sont menées par la Chine dans le but d’améliorer l’efficacité de ce nouvel antipaludéen et son procédé de fabrication. En 1987, ces recherches débouchent sur la découverte de l’artésunate et de l’artéméther, des molécules solubles dans l’eau plus faciles à administrer aux patients et ayant une meilleure biodisponibilité.
Dès le début des années 80, la politique d’ouverture de la Chine au reste du monde permet à l’Occident d’avoir vent des progrès de la Chine en matière de lutte contre le paludisme. Toutefois, il faut attendre les années 90 pour que le succès du traitement par l’artémisinine et ses dérivés attirent l’attention de l’industrie pharmaceutique, poussée par la nécessité de trouver des solutions au problème de plus en pus criant de la résistance aux traitements classiques.
Dans les années 2000-2001, une thérapie combinée utilisant l’association artéméther-luméfantrine est testée pour la première fois à grande échelle dans le contexte d’une épidémie de paludisme sévissant en Afrique du Sud. Le succès est tel – une réduction de 87,5 % de la mortalité par rapport à la saison précédente - que l’Organisation mondiale de la santé déclare que l’artémisinine est « le plus grand espoir mondial contre le paludisme ». Des accords sont alors passés avec l’industrie pharmaceutique pour lancer une production massive et à faible coût du médicament. Depuis, d’autres thérapies combinées utilisant des dérivés de l’artémisinine ont été développées. En 2013, le prix Nobel de médecine a été attribué à la professeure YouYou Tu pour son rôle clé dans la découverte de l’artémisinine.
La résistance aux médicaments
Chez les êtres vivants, de la bactérie à l’être humain, des processus affectant l'ADN  (mutation ponctuelle, échange de brin d’ADN entre chromosome, conjugaison bactérienne) font en sorte que l'ADN d’un individu n'est pas uniquement le résultat de la combinaison des ADN de ses parents. Celui-ci peut donc acquérir un caractère différent de ceux transmis par son ou ses parents, qu’il peut ensuite transmettre à ses descendants. Ce phénomène, appelé le brassage génétique ou la recombinaison génétique est un facteur de l’évolution, car il permet l’adaptation des êtres vivants au changement de leur milieu, ainsi que l’émergence de nouvelles espèces.
La probabilité de l’apparition d’un nouveau caractère augmente avec le nombre des descendants et la vitesse de succession des générations. En ce qui concerne les bactéries, leur vitesse de multiplication leur confèrent une grande capacité d’adaptation, notamment aux antibiotiques par l'intermédiaire de gènes dits « de résistance », qui peuvent muter et que les bactéries peuvent s'échanger. Pour limiter l’apparition de ces résistances, il est important d’utiliser un médicament adapté (qui élimine rapidement le pathogène) et de respecter la posologie (dose et durée du traitement). Un traitement trop bref peut entrainer une récidive et favoriser des pathogènes résistants contre lesquels il n’existe peut-être pas de solutiion

Sources
Cui L., Su X. (2009). Discovery, mechanisms of action and combination therapy of artemisinin. Expert Review of Anti-Infective Therapy, 7 (8), 999–1013.
Hsu E. (2006). Reflections on the “discovery” of the antimalarial qinghao. British Journal of Clinical Pharmacology, 61(6), 666–670.
Liao F. (2009). Discovery of artemisinin (Qinghaosu). Molecules, 14(12), 5362–5366.
Miller L. H., Su X. (2011). Artemisinin: Discovery from the Chinese Herbal Garden. Cell, 146(6), 855–858.
Su X.-Z., Miller L. H. (2015). The discovery of artemisinin and the Nobel Prize in Physiology or Medicine. Science China Life Sciences, 58 (11), 1175–1179.
Weiyuan C. (2009). Ancient Chinese anti-fever cure becomes panacea for malaria. Bulletin of the World Health Organization, 87(10), 743–744.
World Health Organization (2015). Guidelines for the treatment of malaria, third edition

Un 31 mai dans le boisé des Douze

Les aubépines sont en fleurs, une occasion de s'exercer à leur identification; ce qui, soit dit en passant, représente parfois un véritable défi. Qu'importe, nous avons compté les étamines, vérifié la couleur des anthères avant l'anthèse, évalué la pilosité des inflorescences et des feuilles, sans oublier d'estimer la taille et la forme des feuilles. Puisque nous ne sommes pas des spécialistes, et que même les spécialistes peuvent y perdre leur latin, nous sommes restés avec de nombreux doutes. Mais quel plaisir d'essayer !

Crataegus flabellata
Crataegus flabellata
Merle d'Amérique sur son nid