Un 21 avril à Longueuil

C'est tous les ans à peu près la même chose, mais quand même, est-ce que quelqu'un pourrait me passer un prozac ?

Érythrone d'Amérique

Érythrone d'Amérique

Les trois pieds d'éythrone d'Amérique que j'ai introduits au jardin il y a quelques années ont bien prospéré; on les compte maintenant sur les doigts de plus de sept personnes (selon le système francophone d'unités approximatives). Pour se sentir aussi à l'aise, elles doivent se souvenir que bien avant que ce soit un jardin, avant même que ce soit des terres agricoles, elles couvraient déjà le sol de ce qui était probablement une érablière à caryer. Je ne fais finalement que rendre aux érythrones ce qui leur appartient.

Je ne me souviens plus quand je les ai mises en terre. Comme on dit qu'il faut attendre au moins 4 ans avant qu'elles fleurissent et qu'elles ne l'ont pas encore fait, on peut approximer que cela fait moins de quatre annnées. Comme on dit aussi que chaque bulbe produit trois stolons qui donneront chacun un bulbe, trois plants devraient donc produire 81 individus au bout de 4 ans; ce qui correspond à peu près à ce que j'ai compté. Je peux donc espérer une floraison l'année prochaine. 

On dit aussi - il se dit tellement de choses sur l'érythrone - que cette plante proche de l'ail dans la taxonomie se mange (l'ail et elle faisaient partie des liliacées avant que la famille éclate). Ses feuilles peuvent être cuites et son bulbe se consommer cru ou cuit. J'ai essayé et j'hésite entre insipide et  douceâtre pour qualifier le goût. Même si le bulbe est tout petit, à peine 1 cm, on ne peut pas en manger beaucoup, car il est aussi émétique (il fait vomir) à des doses qui restent obscures et que je n'ai pas envie d'explorer. 
Elle aurait aussi des propriétés médicinales et les Cherokees, mais probablement d'autres nations aussi, l'auraient utilisée pour soigner les blessures (voir ici).  

Scène de printemps


En ce moment, le merle d'Amérique fait des allées et venues entre le bois et le jardin où il vient chercher des matériaux de construction pour son nid. Il trouve tout ce qu'il lui faut, car je prends bien soin de ne pas étriller ce qu'il reste de gazon, comme la coutume l'exige. Je me contente de ratisser mollement et de ramasser l'excédent de feuilles mortes à la main; le reste est laissé en place pour enrichir le sol et la microfaune qui l'habite. Et puis, les bruants de passage adorent retourner les feuilles pour chercher leur nourriture. Pourquoi les priverais-je de ce plaisir ?

Le bois est en fleurs

Quand on parle de plantes à fleurs, on ne pense pas toujours aux graminées (le gazon, le blé, le bambou et toutes les autres de la famille des poacées ou, autrement dit, de toutes celles qui font les herbes) ni aux arbres. Et pourtant, ces derniers sont nombreux à fleurir en ce moment dans le boisé du Tremblay, et ailleurs.

Peuplier faux-tremble
Peuplier faux-tremble
Saule
Saule sp
Érable rouge
Érable rouge
Sureau à grappes
Sureau à grappes

Des nouvelles de nos canards

Canards colverts

Dans un message précédent - je crois que c'était dimanche dernier - j'annonçais le retour de nos colverts. Aujourd'hui, je confirme. Cela fait une semaine qu'ils ont repris leurs habitudes: arrivée vers midi pour le lunch, baignade au bassin, toilette et sieste au soleil avant de repartir dans l'après-midi.

Notre seule certitude est qu'il s'agit de la même cane que les années précédentes, puisque ce sont les femelles qui entrainent leur partenaire vers les lieux qu'elles connaissent. D'ailleurs, elle nous reconnait et vient manger dans notre main sans difficulté.

Nous avons pu constater aussi aujourd'hui que c'est elle qui donne le signal de l'accouplement. Cela se passe sur l'eau, elle dresse la tête puis la rentre dans ses "épaules" deux ou trois fois dans un mouvement de pompe avant d'allonger le cou à l'horizontal, au ras de l'eau. Le mâle comprend tout de suite.

Cette année, nous pensons qu'il s'agit d'un autre, ou alors, le couple est suffisamment vieux pour qu'il soit moins attentif à elle. Cette année, par exemple, ils mangent en même temps, bec contre bec, alors que l'année dernière il attendait, en retrait, qu'elle ait fini avant de prendre sa part. Aussi, il peut arriver qu'elle vienne seule dans le jardin pendant que lui traîne dans le bois, de l'autre côté de la clôture, ce qui n'arrivait jamais l'année dernière.

Canards colverts

Développement immobilier: phase 2

Condos pour abeilles sauvages

La phase 1 du projet de condos pour abeilles sauvages date déjà de 10 ans. Les appartements rénovés depuis attirent toujours autant de monde et hier, les futures locataires manifestement victimes d'une crise du logement se bousculaient pour les visites libres.

Pour faire face à cette demande, j'ai donc décidé d'ajouter une phase 2 au projet en remettant sur le marché quelques vieux logements qui avaient été forcés par des pics. La réaction ne se fit pas attendre et tandis que j'installais la nouvelle tour à condos, les abeilles charpentières prenaient possession des lieux.

Ceux qui savent

Et ce n'est qu'un début.

Dans un billet antérieur, je signalais que la coupe des frênes morts avait commencé dans le boisé du Tremblay.

Je comprends que tous ces arbres morts représentent un risque pour les promeneurs. D'un autre côté, en regardant de plus près le diamètre des arbres coupés, leur hauteur et leur distance par rapport au chemin, je me suis demandé quel risque fait courir la chute d'un arbre dont le tronc tient dans ma main, une petite main d'un homme qui ne dépasse le mètre que de 70 cm. Comme je n'ai pas fait d'études en gestion des risques ou en sécurité civile, je ne peux opposer d'arguments solides et je respecterai la décision de ceux qui savent.

Ce matin, en repassant par là, mon attention a été attiré par les copeaux qui recouvraient le sol. J'ai alors compris que les arbres abattus avaient été déchiquetés et transformés en paillis.

C'est alors que je me suis demandé si cet épais tapis de paillis ne risquait pas d'étouffer tout espoir de germination ou de repousse de la strate herbacée du sous-bois. Mais comme je n'ai pas fait d'études en foresterie, que je ne suis pas agriculteur, juste un modeste jardinier qui, lorsqu'il veut étouffer ses mauvaises herbes, recouvre le sol de copeaux de bois en prenant soin de ne ne pas recouvrir les plantes qu'il a choisi de garder, je me contente de respecter la décision de ceux qui savent.

D'un autre côté, j'ai quand même fait quelques études en biologie, suffisamment en tout cas pour savoir qu'un arbre, même mort, peut être utile à son environnement. Par exemple, il peut nourrir des xylophages, qu'il soient bactériens, fongiques ou situés plus haut dans l'échelle de l'évolution. Si son diamètre est suffisant, il pourra servir à des espèces arboricoles qui s'y abriteront et se nourriront des xylophages. Et s'il tombe, ce qui finira fatalement par arriver, il continuera quand même à alimenter la vie autour et à protéger les petits mammifères, les reptiles et les amphibiens, entre autres, et ce, jusqu'à ce qu'il ne reste rien de lui.

Le cycle normal de la vie

Un 5 avril au parc de la Pointe-du-Marigot

Le parc de la pointe-du-marigot est un parc de la ville de Longueuil qui ne savait probablement pas quoi faire de ce bout de terrain coincé entre la route 132 et le fleuve Saint-Laurent. D'ailleurs, même le portail web de la ville ne le situe pas correctement sur la carte. Pour y accéder, il faut emprunter l'une des rares passerelles qui enjambent l'autoroute; c'est vous dire l'étroitesse des lieux.

La promenade René-Levesque, en hommage à ce premier ministre du Québec qui révait d'indépendance pour sa province, est une piste cyclable en contre-bas de l'autoroute qui mène aux États-Unis.   

Le parc dont la superficie fluctue au gré des crues du fleuve a déjà connu de meilleurs jours à en juger par les vestiges d'une passerelle ambitieuse devenue impraticable et par les panneaux d'interprétation ternis par le soleil. Aujourd'hui, la Pointe du Marigot est un lieu d'échouage pour les déchets qui descendent le fleuve et les pièces détachées des véhicules qui roulent plus haut. C'est le genre d'endroit où l'on s'attend à trouver un cadavre au détour d'un buisson et où certains animateurs de télé se font surprendre le micro à la main par la police.

Qu'est-ce que je faisais là, me direz-vous ? Bah, j'avais cru voir du vert, alors je me suis arrété. Mais voyons le bon côté des choses: il faisait beau, la vue sur le fleuve et Montréal pas si loin était belle et les chants d'oiseaux remplissaient l'air. Il faut dire que pour couvrir le bruit des moteurs, ils ont intérêt à chanter fort pour se faire entendre. Hein, qu'est-ce que tu dis ? Je disais "CHANTER FORT".

Et puis ces enclaves de nature, même maganées, réservent parfois des surprises aux naturalistes. Plus tard dans la saison, nous y avons déjà observé des grandes aigrettes et, à quelque reprises, un pyguargue à tête blanche péchant au large. Cette fois-ci, il y avait des harles couronnés sur le fleuve et une cane colvert sur la rive qui se prenait pour une "branchue" (carolin en français de France), sans oublier des canards d'Amérique et des canards chipeaux qui s'abritaient dans une anse.  

Canard colvert

Grosse journée

Hier, nous avons été tirés du lit par la vision de deux masses sombres tombant du ciel dans le bassin: nos canards étaient arrivés. Malheureusement, le temps de nous habiller pour aller les accueillir, ils étaient déjà repartis.

Nous avons ensuite décidé d'aller faire un tour au refuge faunique Marguerite d'Youville sur l'île Saint-Bernard. Située dans le couloir migratoire du Saint-Laurent, l'île est particulièrement intéresante à visiter au printemps, car elle donne un accès au fleuve et aux canards plongeurs qui le descendent. Nous avons pu y voir des garrots à oeil d'or et des petits garrots, mais pas de garrots d'Islande.

Pour s'y retrouver, les petits garrots sont ceux qui ont du blanc derrière la tête (mâle) ou un trait blanc sous l'oeil (femelle). Les garrots à oeil d'or ont une tache blanche plus ou moins circulaire entre le bec et l'oeil (mâle) ou la tête entièrement brune (femelle).   

Sur l'île, les spécialités locales, la mésange bicolore, le pic à ventre roux et le grand-duc d'Amérique, se sont laissés observer ou entendre. À noter: la grande-duchesse était au nid. 

Plus loin sur le chemin, nous espérions apercevoir le vison d'Amérique que nous savons habiter là et nous l'avons vu. Que demander de plus ?

Notre journée était faite et nous étions sur le chemin du retour quand, en passant par la zone indutrielle de Longueuil, mon subconscient souffla à ma conscience qu'il pensait avoir vu du coin de l'oeil un harfang dans le stationnement d'une entreprise. Aussitôt, ma conscience en toucha un mot à ma raison qui lui répondit: impossible ! 

Harfang des neiges
Au centre de l'image, au ras du banc de neige, un improbable harfang
Harfang des neiges

Bon, comme on ne ferait jamais rien d'intéressant si on ne se fiait qu'à la voix de la raison, je fis demi-tour pour aller vérifier. Un point pour le subconscient ; le harfand était là, perché à 1,50 m en pleine zone industrielle au bord d'un stationnement; probablement un migrateur en route pour rejoindre sa Boréalie natale. Ce matin, il n'y était plus.

Grosse journée, vraiment !

Un 3 avril aux étangs Antoine-Charlebois

Le parc des étangs-Antoine-Charlebois commence malheureusement à souffrir de sa popularité: des chemins tassés et élargis par une trop grande fréquentation, des chiens sans laisse  et des mouchoirs en papier tous les 15 mètres. Dommage !

Cela n'empêche pas les migrateurs de faire une halte sur les étangs comme ce harle couronné et ces bernaches du Canada.

Un 2 avril dans le boisé du Tremblay

Un pic mineur revendique son territoire en tambourinant sur un arbre creux; c'est le printemps dans le boisé du Tremblay

Les mille usages du pissenlit

Pissenlit officinal

Plutôt que de s'acharner à empoisonner les pissenlits avec des pesticides dont on finit toujours par être les victimes directes ou colatérales, voyons le bon côté des choses et faisons de cette fausse mauvaise herbe la victime de notre appétit. 

L'avantage du pissenlit, en dehors d'avoir des vertus thérapeutiques, est que tout se mange:

  • Les feuilles d'abord, meilleures avant la floraison, se mangent crues en salade ou en pesto, ou cuites en soupe.
  • Les fleurs se consomment sous forme de marinade (la recette donnée dans le lien vient probablement du livre "Plantes sauvages au menu, 2ème édition de Fleurbec), sous forme de vin (il vaut mieux enlever les bractées, la partie verte qui entoure les fleurs), en beignets, sous forme de gelée selon une recette traditionnelle de Franche-Comté (le miel de pissenlit ou cramaillotte) ou encore fraiches dans une salade.
  • La racine enfin, cueillie en automne, peut être torréfiée, moulue et utilisée comme le café

Évidemment, pour profiter du pissenlit, mieux vaut s'assurer de le cueillir dans un endroit à l'abri des herbicides, c'est-à-dire pas dans la pelouse du voisin, et des excréments de chien, c'est-à-dire pas au bord du chemin. Finalement le mieux, c'est de le cultiver dans votre jardin à l'abri du regard des honnêtes citoyens.   

Et attention, tout ce qui est jaune n'est pas toujours du pissenlit.

Pissenlit officinal

Des fabacées partout

Tout le monde a déjà eu affaire  au moins une fois dans sa vie avec une fabacée. Peut-être pas sous ce nom, mais si je vous dis "légumineuse"...

Impossible de les éviter ! Dans Wikipedia, on peut lire qu'il  en existe environ 19500 espèces; ce qui en fait la troisième famille de plantes derrière les orchidées et les astéracées (marguerites, pissentlits et chardons). Partout où il y a des plantes, il y a des fabacées: dans les forêts sous forme d'arbres ou de lianes, dans les prés, sauvages (trèfles) ou cultivées (soja, luzerne), dans les jardins (mimosa, caragana, lupin) et même dans les maisons, dans nos garde-mangers et nos assiettes (cacahuètes, haricots, pois chiches, lentilles, pour ne citer que les plus familiers).  

Ce qu'il y a de bien avec les fabacées, c'est qu'elles sont faciles à reconnaitre et et un simple coup d'oeil sur les feuilles et les fleurs suffit à identifier la famille.

La feuille est généralement divisée en feuilles plus petites (les folioles) attachées de part et d'autre de la nervure principale; le nombre des folioles va de trois comme chez les trèfles à beaucoup. Chez certaines espèces, la feuille se termine par une vrille qui permet à la plante de s'accrocher à un support.

Caragana arborescens
Caragana arborescens
Trifolium hybridum
Trifolium hybridum

Les fleurs ont une forme caractéristique dite papilionacée avec:

  • un pétale supérieur plus grand et dressé appelé l'étendard
  • deux pétales latéraux, un de chaque côté, appelés les ailes
  • deux pétales inférieurs soudés au moins à leur base pour n'en former qu'un seul appelé la carène

Le fruit est une gousse qui renferme les graines. C'est, par exemple, le haricot dont on consomme la gousse avant que les graines soient mûres, les petits pois qui sont les graines écossées avant leur maturité et les pois chiches qui sont les graines à maturité.

Voilà, vous ne pourrez plus ignorer les fabacées. Et pour vous aider à identifier celles du Québec, il y a un fichier à télécharger sur la page des références à la section "Clés d'identification".

Dermatophyllum secondiflorum

Un 29 mars dans le Boisé du Tremblay

Au boisé, c'est bel et bien le printemps; seule la température refuse encore de l'admettre. À ma grande surprise, les grenouilles des bois et trois rainettes crucifères chantaient déjà, probablement pour se réchauffer. C'est tôt et les 10 centimètres de neige qu'on nous annonce en fin de semaine devraient les aider à remettre leur pendule à l'heure

Canard colvert

Dans les mares à peine dégelées, les colverts retrouvent leur quartier d'été et nous nous attendons à retrouver les "nôtres" d'un jour à l'autre. Les premiers migrateurs sont arrivés: un urubu à tête rouge et quelques bruants chanteurs encore aphones et furtifs qui préfèrent trotter dans ce qu'il reste de la végétation que se percher dans le vent glacial pour revendiquer leur territoire.

Boisé du Tremblay

Autre nouvelle importante: ça y est, les bûcherons ont enfin décidé d'effacer les marques qui avaient été faites sur les frênes morts. Les peupliers faux-trembles, les bouleaux gris, les aubépines et autre ligneux de première ligne se réjouissent de ce nouveau terrtoire qui leur est offert. Espérons que les nerpruns et autre envahisseurs barbares venus de l'Est n'en aient vent.

En parlant d'envahisseurs, il y en a quand même un, courageux, que j'ai eu plaisir à retrouver. Il s'agit du tussilage, le second à fleurir le long du chemin, après les masques chirurgicaux bien sûr.

Tussilage

Espéré et redouté

Première semaine autour de 15°C. Au Québec, le printemps ne prévient pas. Il réussit même à surprendre l'hiver qui ne peut que battre en retraite dans la débacle la plus totale.

Au jardin, la neige se retire et c'est le moment du bilan, tant espéré et craint à la fois: quelles plantes ont survécu ? Ou pour être plus précis: quelles plantes les campagnols ont-ils laissé ?

Des orifices et des fantômes de galeries qui n'annoncent rien de bon

Cette année, la  fonte a révélé un réseau important de galeries creusées entre sol et neige, ainsi que plusieurs nids tapissés de mes plantes déchiquetées. La Sauge officinale, une vieille souche ligneuse que j'avais depuis des années, ne s'en remettra pas, et ma lavande, des graines qui venaient de France et que j'avais réussi à faire survivre à plusieurs hivers, a pris un méchant coup.  Des envies de génocide m'ont traversé l'esprit, mais ce serait peine perdue, et surtout beaucoup trop risqué pour les autres espèces, surtout notre tamia rayé déjà très actif. 

Nid parfumé à la sauge, un "must" chez les campagnols

De toute façon, la disparition de la couverture neigeuse suffit généralement à faire refluer les "Attila" vers le bois et à stopper les dégats. Sinon, j'interviendrai. Et puis, l'hiver prochain, j'ouvrirais peut-être la porte au renard... au risque de laisser entrer le lapin. 

Lavande, Aurone, tout ce qui est ligneux se mange; tout ce qui est herbacé sert de litière  

Des traces....

...d'une vie disparue depuis 465 millions d'années. Nous sommes au parc régional de Saint-Bernard-de-Lacolle, à quelques kilomètres d'un précédent billet.

Même époque (le formation de Beauharnois),  même paysage (une mer chaude et peu profonde), même vie (des animaux fouisseurs) dont il ne reste que les terriers fossilisés.

Vérâtre vert

Vérâtre vert

La première fois que j'ai observé le vératre vert (Veratrum viride), au Cap Tourmente (Québec), je l'ai pris pour le blanc (Veratrum album) que j'avais appris à reconnaître, enfant, lors de randonnées dans les Alpes. Les deux ont en commun ces grandes feuilles plissées et lustrées, disposées en alternance sur la tige.
Les deux contiennent également un cocktail d'alcaloïdes émétiques, bradycardisants et hypotenseurs (jervine, rubijervine, vératramine, protovératrines A et B, vératrine), qui les rend toxiques. L'ingestion de 20 mg de ces toxines (l'équivalent d'environ 1 à 2 g de racine) suffit pour s'empoisonner. Les premiers signes de l'intoxication se font sentir 30 minutes à 2 heures après l'ingestion et se traduisent par des nausées, des vomissements et des sueurs froides. Si les vomissements ne permettent pas à l'organisme d'éliminer suffisamment de toxines, alors le cœur ralentit et la tension diminue jusqu'au collapsus. Seule l'administration d'atropine, une molécule d'origine végétale (belladone, jusquiame, datura, mandragore) peut empêcher la mort dans les trois à quatre heures suivant l'ingestion.
En Europe, il faut savoir reconnaître la plante (Veratrum: feuilles alternes, plissées et à nervures parallèles et pour ne pas la confondre avec la gentiane jaune (Gentiana lutea: feuilles plissées et opposées, à nervures parallèles) qui sert à fabriquer des liqueurs apéritives et qui, avant la floraison, lui ressemble comme deux gouttes d'eau. Au Canada, les pousses de Vérâtre vert peuvent être confondues avec l'ail des bois (Allium tricoccum: feuilles lisses à nervures parallèles et à forte odeur d'ail) et le chou puant (Symplocarpus foetidus: feuilles lisses à nervures ramifiées).

Vérâtre vert
Vérâtre vert


Sources:
Jaffe, A. M., Gephardt, D.,  & Courtemanche, L. (1990). Poisoning Due To Ingestion of Veratrum Viride (False Hellebore). The Journal of Emergency Medicine. 8, 161–167.
Schep, L. J., Schmierer, D. M., & Fountain, J. S. (2006). Veratrum poisoning. Toxicological Reviews. 25(2), 73-78

Publié le 29 juin 2018 sous le titre: Vert et blanc
Mis à jour le 14 mars 2020

Un 11 mars à Longueuil

Au Québec, ce ne sont pas les hirondelles qui annoncent le printemps, mais les carouges à épaulettes. Et ce matin, si ce n'est pas le printemps, cela y ressemble beaucoup avec l'arrivée d'une dizaine de carouges mâles sous les mangeoires. Les femelles arriveront plus tard, une fois que les territoires seront établis.

Un 10 mars à Longueuil

Enfin la première journée de travail fenêtre ouverte ! Il va falloir que je m'attache à mon bureau parce que dehors, ça chante et ça tambourine. Même la grande Pic (moustaches noires plutôt que rouges) a essayé de me détourner du droit chemin... et elle a réussi.

Sur la vidéo, elle écarte les ailes pour tenter d'effrayer un écureuil gris qui veut mettre son nez dans ses affaires. Ceux-là, je me demande pourquoi ils ont été inventés. Ah oui, pour nourrir les hiboux et les renards, entre autres, et aussi pour planter des chênes.  


Un 8 mars à Saint-Jean-sur-Richelieu



Nous avions à faire à St-Jean ce matin. Alors, autant joindre l'agréable à l'utile tout en limitant notre empreinte carbone et faire d'un trajet, deux objectifs. Un petit coup d'oeil sur Google map pour se trouver un espace blanc inconnu (parce que le vert, en ce moment, il vaut mieux ne pas trop y penser) et en route pour le Parc naturel des Parulines; un vrai nom de parc urbain dessiné à la pépine, à la tronçonneuse et à la tondeuse.

Pantoute ! Au lieu de ça, nous sommes tombés sur un beau petit boisé, probablement humide en d'autres saisons et peuplé de pruches, de thuyas et de caryers ovales. Nous y avons même trouvé un couple d'éperviers de Cooper qui nous a donné tout un spectacle: chasse, accouplement et repas. Du coup, le parc a été inscrit à notre liste des visites à faire au printemps.

Caryer Ovale

Un 28 février à Philipsburg

Refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg
Le refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg vue d'un satellite (ci-dessus) et vue de l'extrémité de la flêche de forêt qui pointe vers l'étang en bas de l'image (ci-dessous) . À droite de l'image, la falaise que nous irons voir de plus près.
Refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg

Semaine de relâche oblige, il faut chercher la tranquilité plus loin. Et pourquoi pas au Refuge d'oiseaux migrateurs de Philipsburg, un sanctuaire à la frontière canado-américaine, à seulement une heure de Montréal ? Pas de grosses agglomérations à proximité et aucun des oiseaux qui attirent les meutes de photographes n'a été rapporté sur les forums, c'est à croire que le lieu est tombé dans l'oubli.

Marcher sur l'eau, un des rares avantages de l'hiver

Et pourtant, c'est l'un des rares endroits au Québec où l'on peut voir la paruline azurée, un oiseau qui vit dans la canopée des forêtes décidues et matures; ce qui le rend difficile à observer sans attraper un torticolis. Pour se donner toutes les chances de trouver cette paruline, il faut y aller au printemps quand elle chante et quand le feuillage n'est pas encore trop développé; il suffit alors de pointer l'oreille pour la repérer

"Peut mieux faire"; c'est toujours ce que les profs inscrivaient avec raison sur mon bulletin. En tout cas, on voit qu'elle a la queue rousse

Évidemment, il n'était pas question de paruline un 28 février. Tout ce que l'on pouvait espérer, c'était que la neige soit suffisamment tapée pour pouvoir marcher sans raquettes. Et nous avons eu de la chance; la glace était même assez épaisse pour traverser le marais et longer la falaise jusqu'à ce que les eaux libres de l'étang Streit nous arrêtent. Au chapitre des choses à signaler : nous avons entendu sans le voir un pic à ventre roux, une autre rareté du Québec, et nous avons été survolé par un aigle royal et une buse à queue rousse. La buse à queue de rousse n'avait rien d'extraordinaire mis à part le fait qu'elle m'a enfin permis de trouver le bon réglage pour photographier les oiseaux en vol; il ne me reste plus qu'à réussir à ne pas bouger en appuyant sur le déclencheur.

La falaise: une vingtaine de mètres de calcilulite argileuse (blanchâtre) alternant avec un shale argileux (noirâtre) appartenant à la formation de Wallace Creek (groupe de Philipsburg, province des Appalaches), datant de l'ordovicien inférieur et correspondant à un dépôt en milieu sous-marin calme et profond [Contributions to the sedimentology of the Strites Pond Formation Cambro-Ordovician Phillipsburg Group, southwestern Quebec. Geological Survey of Canada: Project: Cambro-Ordovician succession of Eastern Laurentia, Eastern Ontario & SW Quebec. Osman Salad Hersi and Denis Lavoie. Natural Resources Canada, 2001].