La folie des grandeurs

Au jardin, il y a un houblon (Humulus lupulus). Il y a été introduit pour faire écran aux regards indiscrets lorsque nous profitons du patio, mais il a bien d'autres usages. J'ai déjà cueilli ses strobiles pour tester leurs vertus alléguées, mais c'est tellement amer que j'ai laissé faire. Pour des effets hypnotiques ou sédatifs, il vaut mieux utiliser d'autres plantes de la même famille (les cannabacées) comme le chanvre, aussi appelé cannabis selon sa teneur en TétraHydroCannabinol. Et puis, à part une misanthropie bien ancrée, je ne souffre encore de rien d'insurmontable.

En fait, la véritable fonction naturelle de notre houblon s'est révélée avec le temps. Il sert de refuge aérien et de halte-chaleur pour les couleuvres rayées du jardin. La rugosité de ses lianes les aide à grimper jusqu'à la rambarde sur laquelle elles viennent se lover, tantôt sous les feuilles quand les après-midis sont trop chauds, tantôt dessus quand la fraîcheur du matin ne s'est pas encore dissipée. On pourrait être surpris que les couleuvres se perchent, mais en y pensant bien, elles ont un ancêtre commun avec les oiseaux et personne ne s'émeut de voir des dinosaures voler.   

Chaque année, c'est la même chose. Le houblon (Humulus lupulus) n'a qu'une idée en tête : accéder au sommet. Chaque printemps, il repart de zéto en sortant quelques tiges du sol pour tâter la température et, dès que les conditions sont propices (en juin et en juillet), il part en flèche à l'assaut du patio, à coups de 20 à 30 centimètres par jour. 

Pour parvenir à ses fins, cet "Edlinger" végétal utilise des trichomes ; des poils rigides et crochus, à peine visibles, disposés tout au long de ses lianes. Si vous avez le malheur de les frôler, elles se collent aussitôt à vous comme des désespérées. 

Au fait, si vous ne le saviez pas, le houblon est droitier (on dit plutôt dextrogyre ou dextrorse) ; il s'enroule toujours dans le sens horaire quand on regarde depuis l'extrémité supérieure de la tige. S'il dévisse, il relève la tête et recommence, infatigable. S'il n'y a plus de support, les lianes se regroupent par deux, trois ou plus, jusqu'à ce que l'assemblage soit assez rigide pour vaincre la pesanteur. 

Le temps des arbres

Oyez, oyez ! Mon micocoulier (Celtis occidentalis) a fleuri. 

Ok, pour vous, ça ne veut pas dire grand chose, mais pour moi ça veut dire beaucoup... évidemment (toute ressemblance avec une chanson de Michel Berger n'est pas fortuite).

Quand même, il aura fallu environ 25 ans et la traversée d'un fleuve pour qu'un fruit cueilli à Laval (Québec), germé à Montréal et déménagé à Longueuil produise un arbre sexuellement mature ; sans oublier une attaque de psylles du micocoulier à laquelle il a survécu. 

De toute façon¸ il aurait été surprenant qu'il en meure, car les micocouliers résistent à tout, parait-il, même à la pollution humaine. Finalement, sa seule petite faiblesse est de nous servir à rien. Or, on sait bien que nous ne prenons soin que des êtres et des choses qui peuvent nous être utiles.

Pourtant, ses fruits sont comestibles et quelques unes des Premières Nations accordaient des propriétés médicinales à son écorce. Aujourd'hui, les scientifiques, une poignée tout au plus, s'intéressent aux vertus antioxydantes et cytotoxiques des ses feuilles.

Ça migre

Après l'arrivée dans le jardin du cardinal à poitrine rose, de l'oriole de Baltimore, des quiscales rouilleux et du colibri à gorge rubis au cours de ces trois derniers jours, c'est au tour du bruant à couronne blanche de passer et, derrière la clôture, dans le bois inondé, cinq chevaliers pas si solitaires que ça. Une première en plus de vingt ans ! Ils m'ont juste accordé le temps de sauter sur mon appareil photo.

Devinez qui est content ?