Invasive ?

En me promenant dans le parc du Mont Saint-Bruno, ce matin, une lamiacée inconnue a attiré mon attention par sa taille et ses grandes fleurs jaune citron. Je ne l'avais jamais vu dans le coin et, étant donné sa proximité avec des propriétés privés, je me suis dit qu'elle s'était probablement échappée d'un jardin, puis j'ai pris quelques photos pour une identification ultérieure. 

En me relevant et en examinant les alentours, j'ai constaté qu'il y en avait partout dans le sous-bois, en tapis denses, au point de me demander si elle pourrait éventuellement poser un problème pour la flore locale.

De retour à la maison, iNaturalist me l'a identifiée comme étant Salvia glutinosa, la Sauge glutineuse, originaire d'Europe de l'Est. Le même iNaturalist ne répertorie que quelques mentions de la plante au Canada: 3 autour de Toronto, 2 dans un jardin de Longueuil et dans un parc avoisinant et 13 dans le parc du Mont-Saint-Bruno. Quant à Vascan - Canadensys qui inventorie les espèces vasculaires canadiennes, il ne la connaît pas encore. En revanche, aux États-unis, certains états la considèrent comme une invasive. 

De l'or et des rubis

C'est ce que nous avons trouvé en nous promenant dans le parc des îles de Boucherville au milieu des verges d'or, des tanaisies et des glycines tubéreuses. Il y avait aussi un dindon sauvage.

Vous dire si les solidages étaient canadiens, très hauts ou autre… j'avoue que cela ne m'intéressait pas vraiment sur le moment, qui était plutôt contemplatif.

Plus loin, nous sommes tombés sur un aménagement qui m'a presque fait croire en un avenir meilleur. Habituellement, quand des frênes meurent de l'agrille, on les coupe à la base et on replante, dans le meilleur des cas, une espèce unique en rangs régulièrement et exagérément espacés. La théorie qui guide ce style de plantation tient probablement plus du taylorisme que de l'écologie et le résultat est généralement navrant pour les yeux.

À Boucherville, on a innové en s'inspirant un peu plus de la nature. D'abord, on a coupé plus haut, laissant ainsi une chance à la faune utilisatrice de bois mort d'en profiter. On a aussi planté plus serré et selon une géométrie qui m'a semblé moins rectiligne. Enfin, on a mélangé les essences. 

L'épinette d'Anticosti

Beaucoup de plantes de la maison et du jardin ont une histoire à raconter et sont attachées à une rencontre ou à un lieu. 

Par exemple, en 2003, j'ai fait un séjour magnifique sur l'île d'Anticosti avec des amis, une île incroyable sur laquelle on peut soulever 200 km de poussière sans rencontrer autre chose que des corbillards d'épinettes et des pyguargues.

Peut-être cela a-t-il changé, mais à l'époque, ce n'était pas un endroit où l'on débarquait à l'improviste. Pour un séjour de 15 jours, il fallait penser à faire ses deux commandes d'épicerie d'avance pour être certain d'être ŗavitaillé en temps et lieu. Il fallait aussi réserver son pick-up pour pouvoir circuler sur les chemins de terre en toute sécurité.

Bref, un endroit comme je les aime et dont j'ai voulu garder un souvenir sous la forme d'une petite épinette de 10 cm de haut...une sorte de sauvetage. Je l'ai planté dans le fond du jardin à côté d'un faux-cyprès de Nootka qui était déjà là.

Ce matin, en me remémorant un autre souvenir que j'ai semé à ses pieds, j'ai levé les yeux au sommet de l'épinette - à peine 3 mètres - et j'ai eu la grande joie de découvrir ses trois premières cocottes. Ah ben ça alors ! Vingt-trois ans pour en arriver là et faire resurgir toutes les images de renards hybrides, d'aréthuse, de trilobite et de dryade que j'avais dans la tête.