Réserve de biosphère du papillon monarque

À une centaine de kilomètres au nord-ouest de Mexico, dans l'état du Michoacan, ce qu'il reste des forêts de Sapins sacrés (Abies religiosa), ou Oyamel en espagnol, abrite 14 des dernières aires d'hivernage mexicaines du Monarque (Danaus plexippus). Des millions de papillons provenant de toute l'Amérique du Nord - certains d'aussi loin que le Canada (4000 km) - convergent en ces lieux, d'octobre à mars. Ils repartent ensuite vers leur lieu de naissance, un voyage dont seule la quatrième génération verra l'aboutissement.
En 2006, l'UNESCO a conféré le titre de réserve de la biosphère à un territoire de 56000 hectares, protégeant ainsi huit des sites de la déforestation qui menace en partie le monarque; l'autre danger étant les pesticides états-uniens et canadiens. En 2008, l'organisme a renforcé ce statut en faisant de la réserve  un Patrimoine de l'humanité. Sur ces huit sanctuaires, deux seulement se visitent: Sierra Chincua près du village d'Angangueo et El Rosario près du village voisin d'Ocampo.

Vers Ocampo (Michoacan)
Ici comme ailleurs, la forêt a cédé la place à l'agriculture

Ne voulant pas rater l'occasion de voir les papillons, nous avons longtemps hésité entre les deux pour finalement opter pour El Rosario, qui s'annonçait le plus difficile pour des voyageurs pas encore acclimatés à l'altitude (2700-3000 mètres) et à peine remis de leur infection respiratoire, mais qui était aussi le plus réputé (peut-il y avoir de la fumée sans feu...). Partis tôt le matin de Morelia (150 km), nous avons rejoint après deux heures de route le cortège des automobiles et des autobus qui gravissaient la petite route de montagne menant au sanctuaire.

Réserve de biosphère du papillon monarque - El Rosario

Après un premier barrage destiné à nous faire payer le passage du véhicule, nous sommes arrivés au stationnement qui grouillait déjà de visiteurs. À peine descendus de la voiture, nous avons été accueillis par des guides locaux qui se proposaient de nous conduire aux papillons. Inutile de céder à leurs sollicitations, car tout est parfaitement balisé et il est impossible de se perdre, même si à première vue tout semble un peu chaotique. Il suffit de suivre le flot des visiteurs; ce que nous avons fait.
Un premier chemin bordé de petits restaurants et de boutiques d'artisanat en tout genre nous conduit jusqu'au guichet où il faut payer le droit d'aller plus loin (je vous l'ai dit, tout est bien organisé). Les prix sont raisonnables et si cela permet de protéger l'habitat du monarque en transformant l'agriculteur-défricheur en rentier de l'écotourisme, je ne rechigne pas à payer.

Abies religiosa
Monarques

Ensuite débute l'ascension vers le monarque, d'abord par un escalier, puis par une piste extrêmement poussiéreuse (ou extrêmement boueuse selon les conditions météorologiques). La procession s'étire sur 2 à 3 kilomètres à travers une forêt de majestueux oyamels. On aperçoit rapidement les premiers monarques qui volettent ou butinent alentours, autant de prétexte pour s'arrêter reprendre son souffle. On pourrait presque les toucher; ce dont ne se privent pas d'essayer quelques visiteurs. Plus on s’élève, plus il y en a.

Cortège monarchique
Cortège monarchique
Cortège monarchique
Promiscuité et poussière
Promiscuité et poussière
Néanmoins, on reste sur sa faim et on finit par douter. Où sont ces masses de papillons accrochées aux arbres que l'on nous montre dans les reportages ? Serions nous arrivés trop tard ? Peut-être, car au fur et à mesure que la journée avance, la fraîcheur, qui contraint les papillons au regroupement et à l'immobilité pendant la nuit, se dissipe et la chaleur du jour leur permet de s'envoler pour aller se nourrir.
Finalement, le nombre des visiteurs, le bruit inévitable, la poussière soulevée par le piétinement, le souffle court, la réalité qui ne colle pas aux images, tout concourt à faire renoncer. Pourtant, tant que le chemin continue, il y a toujours ce sentiment vieux comme l'humanité qu'au-delà de ce que nous pouvons percevoir, l'herbe est plus verte. Alors on avance.
Et on fait bien, car tout est vrai. Ils sont là, au bout du chemin, recouvrant les arbres, jonchant le sol et remplissant le ciel. Et c'est magique.

Danaus plexippusDanaus plexippus
Danaus plexippus
Danaus plexippusDanaus plexippus
Danaus plexippus

Paulownia tomentosa

Cet arbre originaire de la Corée et du nord de la Chine semble très bien supporter la pollution de Mexico, où il est omniprésent.

San Miguel de Allende (Guanajuato)

Environ 1800 mètres d'altitude, autour de 5° la nuit et de 25° le jour, les plantes des terrains vagues et des bords de route empruntent largement à la famille des cactacées.

Naturellement

Bâton de marche
Avant d'être nordique, télescopique ou mono-brin, avant d'être article de sport, le bâton était outil.
Objet du quotidien, il guidait le troupeau, écartait le serpent du passage, trouvait les champignons sous les feuilles mortes, montrait la direction à suivre, faisait traverser le ruisseau au sec, soutenait le marcheur fatigué, portait son balluchon, sondait le terrain, éloignait parfois l'importun.
Avant d'être en aluminium ou en fibre de carbone, il était en bois. Nul besoin d'extraire la bauxite ou de carboniser le polyacrylonitrile pour le façonner; on laissait l'arbre transformer le dioxyde de carbone, l'eau et quelques sels minéraux, puis on taillait la bonne branche.
Avant d'être coûteux, il était gratuit.
On pouvait l'oublier ou l'abandonner; la nature et le temps s'arrangeaient pour qu'il ne soit jamais retrouvé. 
Cet hiver, nous avons profité des temps libres pour ajouter une fine couche d'acrylique sur les nôtres, histoire d'égayer nos marches.    
Bâton de marche