Les plantes laticifères

Les plantes laticifères sont appelées ainsi parce qu'elles produisent du latex. Il y en a beaucoup, mais la plus célèbre est certainement l'hévéa (Hevea brasiliensis) qui produit le caoutchouc.

L'arbre appartient à une famille spécialisée dans la production de latex, celle des euphorbiacées. Couper n'importe quelle plante de cette famille et vous verrez suinter une substance plus ou moins épaisse, colorée ou non, qu'il ne faut pas confondre avec de la sève. Pour le prouver, je suis allé torturer deux espèces d'euphorbes tropicales que j'entretiens à la maison: la Couronne-du-christ (Euphorbia milii) et l'euphorbe arborescente (Euphorbia ingens).

Euphorbia milii à gauche et Euphorbia ingens à droite et ci-dessous
Euphorbia milii

Il existe d'autres familles productrices de latex. Prenez l'exemple des papavéracées dont certaines espèces sont même cultivées pour ça. Si je vous dis Papaver somniferum, cela ne vous évoquera peut-être rien, mais si je vous parle de pavot somnifère et d'opium... Et ce n'est pas la seule espèce. Tous les pavots produisent un latex aux propriétés plus ou moins planantes (les pharmacologues préfèrent dire analgésiques ou sédatives), même le coquelicot (Papaver rhoeas). 

Papaver orientale est un pavot à latex blanc que l'on peut trouver dans les jardins québécois.

Et puis dans cette famille, il n'y a pas que le genre Papaver. Il y a aussi Sanguinaria avec son unique espèce à latex orange, la sanguinaire du Canada, et Chelidonium dont fait partie la grande chélidoine (Chelidonium majus) que l'on peut trouver en ville dans les terrains vagues.   

La sanguinaire du Canada était utilisée comme plante médicinale et comme teinture par les Amérindiens. Jusqu'à ce que l'on soupçonne récemment que la sanguinarine puisse causer un risque de lésions cancéreuses de la bouche, cet alcaloïde produit par la plante était un ingrédient de certains rince-bouches et dentifrices contre la plaque dentaire.
La chélidoine produit un latex jaune qui a la réputation d'éliminer les verrues.

Il existe aussi des plantes à latex qui n'appartiennent pas à des familles exclusivement laticifères. C'est le cas des astéracées qui comptent des plantes à latex comme le pissenlit ou la laitue, et des plantes sans, comme la marguerite, la camomille, et beaucoup d'autres. 

Le latex blanc de la laitue sauvage (Lactuca virosa) est sédatif à petites doses et hallucinogène à doses plus fortes. La laitue de table aurait aussi quelques propriétés sédatives, mais l'indigestion est atteinte bien avant de s'endormir. 
Le pissenlit produit un latex blanc comme le montre la fleur coupée du centre. Il a aussi de nombreuses propriétés médicinales dont celle d'irriter les banlieusards.   

Addendum: En écrivant ce mot sur les plantes laticifères, je viens de m'apercevoir qu'il y en avait justement une à côté de mon bureau. Tout le monde aura reconnu un ficus, un genre laticifère qui appartient à la famille des moracées.; je ne sais pas si toutes les moracées produisent du latex et j'ai passé suffisamment de temps sur le sujet pour ne pas aller chercher la réponse. À vous de jouer !

Révolution

L'histoire le montre : le printemps est une saison propice à l'émergence des révolutions. Le jardin n'y échappe pas et, cette année encore, un peu partout, des frondes s'organisent. 

Redonner leur place aux autochtones

Feuilles elliptiques et marbrées, c'est tout que l'érythrone a pour l'instant à offrir.

Voilà un thème dans l'air du temps. Malheureusement et bien que je soutienne la réappropriation de leur territoire par les Premières Nations, il ne sera pas question ici d'êtres humains, mais de plantes. Après tout, n'ont-elles pas occupées le terrain avant nous, les animaux.

L'histoire se passe dans un jardin du 450, au printemps, juste avant le tonnerre des tondeuses et la pluie de pesticides. Dans ce jardin que certains chroniqueurs de magazine qualifient de fardoche et qui a gagné le premier prix de la ville de Longueuil dans une catégorie créée probablement pour lui (celui du jardin naturel ou quelque chose comme ça), les propriétaires ont décidé de redonner sa place à la nature en remplaçant progressivement les plantes exotiques par des plantes indigènes. Cette réintroduction se faisant au moyen de graines collectées dans l'environnement, il s'agit d'un processus lent qui suit le rythme des saisons, des fructifications, des germinations plus ou moins réussies et des promenades.

Je tiens à préciser ici qu'il n'est pas question de renaturalisation puisque les plantes non indigènes du jardin sont pour la plupart des plantes qui poussent naturellement quelque part sur la planète. Par ailleurs, les plantes sauvages réintroduites sont jardinées : leur emplacement est choisi, les espèces se côtoient selon un schéma qui n'est pas forcément celui d'un écosystème naturel et leur croissance est parfois favorisée par les jardiniers qui éliminent leurs concurrentes.

J'ai dit que la réintroduction se faisait à partir de graines collectées. C'est exact sauf pour l'érythrone d'Amérique dont trois plants ont été prélevés en milieu naturel, pas très loin derrière la clôture. C'était il y a quelques années et aujourd'hui, la talle s'est considérablement élargie, confirmant que l'érythrone se propage plus facilement par ses quelques stolons bulbifères que par ses graines, puisqu'elle n'a jamais fleuri. On peut en déduire que les trois ancêtres n'ont pas encore atteint l'âge de la puberté qui se situe entre 7 et 10 ans chez cette espèce.

À ce stade, il est important de préciser que le recouvrement du terrain par l'autochtone ne se fait pas sans dommage pour les colons de l'Ancien Monde, en l'occurrence une pervenche mineure. Extrêmement envahissante, il faut réduire son influence en l'arrachant méthodiquement au fur et à mesure que progresse sa voisine. Sa disparition n'est cependant pas envisagée, puisque c'est une plante médicinale ; ce qui justifie sa présence, à mes yeux. Et puisque nous sommes dans les plantes utiles - il y en a-t-il d'inutiles ? - je dois préciser que l'érythrone aussi l'est. Je ne devrais peut-être pas le dire, mais son bulbe se consomme comme celui de l'ail, bien qu'il ait un goût beaucoup plus doux. 

La pervenche mineure est plus généreuse, mais prends rapidement trop de place.