Culicidés

Celui qui aimerait se familiariser avec les diptères piqueurs et mordeurs du Québec devrait aller camper dans les Laurentides en ce moment. De la mouche noire (ou brûlot) au moustique (ou maringouin) en passant par le taon (ou mouche à chevreuil), toutes les espèces y sont représentées.
Les moustiques par exemple, que serions nous sans eux ? Probablement plus heureux, car mine de rien, il sont l'un des plus importants vecteurs de maladies, en particulier de zoonoses (maladies qui se transmettent de l'animal à l'homme). Selon les latitudes, en une piqûre, ils vous inoculent un plasmodium (responsable de 250 à 500 millions de cas de malaria par an), une filaire ou un virus qui vous rendra malade de la dengue, de la fièvre jaune, de la fièvre de la vallée du Rift, de la fièvre du Nil occidental, du chikungunya ou d'une quelconque encéphalite. Si vous avez la chance de vivre loin de ces maladies - ce qui n'est pas notre cas au Québec où déjà 2 décès de la fièvre du Nil occidental ont été enregistrés -  vous vous gratterez de toute façon pendant des heures.


Seule les femelles du moustique piquent; tout le monde le sait. Se dire qu'elles le font pour une bonne cause,   comme assurer le développement de leurs œufs grâce aux protéines que contient le sang, n'apporte pas un grand soulagement. Difficile de les éviter, elles vous reniflent à 30 mètres. C'est le gaz carbonique émis par votre respiration et votre transpiration qu'elles détectent en premier, puis viennent certains acides de votre sueur. D'autres paramètres aident à cerner la cible: la chaleur (très pratique pour trouver une veine) et la couleur (les moustiques femelles adorent le noir).
Ces dames ne piquent pas n'importe qui à n'importe quelle heure. Certaines espèces - il y en a 3 523 dans le monde, réparties en 44 genres - préfèrent les mammifères, d'autres les oiseaux, les reptiles, les batraciens, ou même d'autres insectes. Certaines sont anthropophiles (un amour qui n'est pas réciproque), d'autres beaucoup plus généralistes. Enfin, selon les espèces, elles piquent la nuit, le jour ou au crépuscule.  
Sachant tout cela, la question qui pourrait venir à l'esprit des plus curieux est: "Mais de quoi se nourrissent les mâles ?". Avant de vous livrer la réponse, sachez que plusieurs générations d'entomologistes ont été sacrifiés sur l'autel de la science pour mettre à jour ce secret. Passant des heures à essayer de déterminer le sexe du moustique, puis à le suivre, un beau jour, l'un d'entre eux émergea du bois, exsangue mais le sourire de la découverte et du travail accompli aux lèvres: "Les mâles, comme les femelles d'ailleurs, se nourrissent du nectar des fleurs."  "Ah ben !" firent ses collègues peu enclins à la reconnaissance des grandes découvertes. La science est un milieu compétitif, peu fortuné et où il reste de moins en moins de choses à découvrir, mais ce sont les plus importantes. Aussi la découverte d'un autre risque-t-elle de vous priver des moyens d'avoir vous aussi votre instant de gloire.
Pour en savoir un peu plus sur le virus du Nil occidental, je vous renvoie à un article que j'avais écris en 2005 pour le magazine Québec Oiseaux et à l'article de wikipedia. Dans nos contrées, la transmission à l'humain se fait surtout par l'espèce Culex pipiens, une espèce généraliste qui piquent tous les animaux à sang chaud. Peut-être avez-vous déjà développé une immunité contre le virus, car dans 80 % des cas, l'infection passe inaperçue. Le virus est très vite repéré et détruit par un système immunitaire en santé qui préviendra une autre infection en fabriquant des anticorps spécifiques. Si vous n'êtes pas chanceux ou plutôt que votre système immunitaire est affaibli par une maladie, des médicaments ou l'âge, alors l'infection pourrait se traduire par un syndrome grippal et dans quelques cas rares, une encéphalite pouvant avoir de graves conséquences. Pour parer à cette éventualité, mieux vaut s'asperger de répulsif.