La biodiversité du Boisé du Tremblay

Voici le dernier chapitre de la mise à jour annuelle de la biodiversité du Boisé du Tremblay sous la forme du guide des plantes à fleurs du Boisé du Tremblay. Je précise qu'il ne regroupe que les herbacées, car les arbustes et les arbres qui ne sont pas des gymnospermes (les conifères, le ginkgo et quelques autres) sont également des plantes à fleurs. Ces derniers sont regroupés dans "Shrubs and Trees of Boisé du Tremblay".

Je me livre à cet exercice sans me faire trop d'illusion, mais avec un tout petit espoir quand même que le témoignage de la quantité et de la diversité de la vie réfugiée dans le boisé du Tremblay pourra éventuellement inciter un visiteur à adopter un comportement respectueux du lieu ou pourra orienter le choix d'un "décideur" dans la bonne direction, celle de la préservation du boisé. Après tout, on ne peut pas avoir envie de protéger ce que l'on ne connait pas.

Alors, sachez que nous en sommes à 1062 espèces répertoriées, dont 22 de champignons, 13 de mousses et de fougères, 246 de plantes herbacées à fleurs, 75 d'arbres et d'arbustes, 549 d'invertébrés, 11 de reptiles et d'amphibiens, 125 d'oiseaux et 21 de mammifères.

Et je ne compte que les espèces dont l'observation a reçu la mention "Recherche", c'est-à-dire validée par la commnauté des observateurs. Il y en a beaucoup d'autres qui n'ont pas encore été identifiées et  qui ne pourront peut-être pas l'être, car les critères qui le permettraient ne sont pas visibles sur les photos. Il y a aussi toutes les espèces qui n'ont pas encore été observées.  

Les bryophytes et les ptéridophytes du boisé du Tremblay


Les bryophytes et les ptéridophytes sont des végétaux anciens du point de vue évolutif. Ils ont formé la tête de pont qui a permis la colonisation du milieu terrestre. Évidemment, les espèces d'aujourd'hui ne sont pas celles qui ont participé à cette conquête. Elles en sont néanmoins les descendantes directes et ont gardé une biologie semblable à leurs ancêtres. En particulier, elles se reproduisent par spores et non par graines.

Les plantes qui se reproduisent par spores forment deux grands groupes: celui des bryophytes constitué principalement par les mousses et les hépatiques, et celui des ptéridophytes constitués des prêles, des lycopodes et des fougères. Les champignons et la plupart des algues se reproduisent également par spores, mais ne font par partie du règne végétal.

Au Boisé du Tremblay, on a recensé jusqu'à présent douze espèces de bryophytes et de ptéridophytes. Cette année, il en a été ajouté une, et pas n'importe laquelle. Il s'agit de la Botryche à feuille de matricaire (Botrychium matricariifolium). 

Pourquoi est-ce si intéressant ? Il faut savoir que les botryches sont les plus anciennes des fougères. Elles sont aussi difficiles à trouver, parce qu'elles sont plutôt rares, parce qu'elles sont généralement de petite taille et parce que leur nombre à un même endroit peut varier d'une année sur l'autre. En effet, si les conditions ne sont pas propices à leur émergence, elles restent en dormance sous terre.

Une des particularités des botryches est que leur germination et leur croissance à l'état adulte sont étroitement dépendantes de certains mycorhizes. Par conséquent, toute perturbation du sol peut leur être fatale. D'ailleurs, le genre est en déclin et beaucoup d'espèces sont protégées. Ce n'est pas le cas de notre Botryche à feuille de matricaire au Québec, mais ce n'est pas une raison pour ne pas en prendre soin.

Les invertébrés du Boisé du Tremblay

Cette année, beaucoup d'invertébrés ont été ajoutés à la biodiversité du boisé du tremblay, portant le total des espèces à 549. Comme les listes de iNaturalist ne peuvent contenir qu'entre 2 et 500 espèces, il a donc fallu la scinder.

Dorénavant, les guides des invertébérés du Boisé du Tremblay se déclineront en :

La mise à jour fut un peu fastidieuse, en particulier la francisation des noms latins qui est encore incomplète. Bien que l'entomologie francophone en Amérique du Nord ne pèse pas gros face à l'anglophonie générale, le latin des curés ne suffira pas à assurer son avenir et heureusement qu'il existe des outils comme le Grand dictionaire terminologique et des organismes comme le Groupe Eliso. pour rendre accessible la nature nord-américaine à la francophonie.

Je vous invite à aller consulter les guides, même si vous n'y connaissez rien en insectes. Faire simplement défiler leurs images est un plaisir pour les yeux tant les formes et les couleurs sont diverses. Et ça pourrait vous donner l'envie d'en savoir plus.

Les reptiles, amphibiens et poissons du Boisé du Tremblay

Du côté des vertébrés poïkilothermes (À sang froid), rien n'a changé cette année dans le guide "Reptiles, Amphibians and Fishes of Boisé du Tremblay" ; nous en sommes toujours à six espèces de serpents, trois de grenouilles et deux de poissons.

Je profite tout de même de l'occasion pour faire une petite mise au point. Chaque fois que j'ajoute une couleuvre rayée à la liste des espèces observées dans le boisé, on me corrige, fort probablement avec raison, qu'il s'agit d'une couleuvre rayée de l'Est. La différence entre les deux est que la couleuvre rayée est le nom français de l'espèce Thamnophis sirtalis alors que la couleuvre rayée de l'Est est celui de la sous-espèce Thamnophis sirtalis sirtalis ; une précision supplémentaire donc.

Quand je suis d'humeur taquine, j'aime demander à mon correcteur quels critères de la photo lui permettent d'identifier la sous-espèce. On me répond inévitablement : le patron de couleur et la distribution géographique. Si le second est certainement le plus valable, il reste néanmoins approximatif puisque les aires de distribution bougent, se chevauchent et que les sous-espèces s'hybrident fréquemment dans les zones de chevauchement.  Quant aux critères morphologiques, il faut malheureusement plus qu'un patron de couleur pour identifier la sous-espèce d'une couleuvre rayée (la thèse citée dans les références donne une bonne idée de la question). 

En fait, on dénombre aujourd'hui 13 ou 14 sous-espèces de couleuvres rayées réparties dans toute l'Amérique du Nord, dont cinq, je crois, au Canada. La plus proche d'ici (Longueuil), Thamnophis sirtalis pallidus est même en Gaspésie. Cette classification a été établie à partir de critères morphologiques précis (qui n'apparaissent pas toujours sur une photo) parmi lesquels : la coloration des bandes dorsales et latérales, les motifs des écailles, la taille ou les proportions corporelles et la distribution géographique. C'est la méthode classique, mais ancienne, de distinction des espèces vivantes.  

Cependant, depuis que l'on sait interroger l'ADN, cette classification est sujette à controverse dans le monde des scientifiques qui s'intéressent à la phylogénie de cette couleuvre et à l'histoire de sa conquête du continent. On s'est même aperçu que les données génétiques ne soutiennent pas vraiment la division taxonomique établie sur des critères morphologiques. Ainsi, beaucoup de sous-espèces ne correspondent pas à des clades génétiques monophylétiques ; ce qui signifie en gros qu'une sous-espèce bien définie morphologiquement regroupe plusieurs familles génétiques. À l'opposé, des sous-espèces différentes morphologiquement peuvent être génétiquement imbriquées. Et enfin, des lignées génétiques bien différenciées ne correspondent à aucune sous-espèce décrite.

En fait, ce qui fait consensus dans la science des couleuvres rayées est que l'espèce est particulièrement polymorphe et que nous avons défini beaucoup trop de sous-espèces. 

Références:

  • Boundy, J. (1999) Systematics of the Common Garter Snake, Thamnophis Sirtalis. Doctor of Philosophy. Louisiana State University and Agricultural & Mechanical College. Disponible sur: https://doi.org/10.31390/gradschool_disstheses.7070.
  • Hallas, J.M., Parchman, T.L. et Feldman, C.R. (2022) « Phylogenomic analyses resolve relationships among garter snakes (Thamnophis: Natricinae: Colubridae) and elucidate biogeographic history and morphological evolution », Molecular Phylogenetics and Evolution, 167, p. 107374. Disponible sur: https://doi.org/10.1016/j.ympev.2021.107374.
  • Janzen, F.J. et al. (2002) « Molecular phylogeography of common garter snakes ( Thamnophis sirtalis ) in western North America: implications for regional historical forces », Molecular Ecology, 11(9), p. 1739‑1751. Disponible sur: https://doi.org/10.1046/j.1365-294X.2002.01571.x.
  • Jones, L.N., Leaché, A.D. et Burbrink, F.T. (2023) « Biogeographic barriers and historic climate shape the phylogeography and demography of the common gartersnake », Journal of Biogeography, 50(12), p. 2012‑2029. Disponible sur: https://doi.org/10.1111/jbi.14709.
  • Placyk Jr., J.S. et al. (2007) « Post-glacial recolonization of the Great Lakes region by the common gartersnake (Thamnophis sirtalis) inferred from mtDNA sequences », Molecular Phylogenetics and Evolution, 43(2), p. 452‑467. Disponible sur: https://doi.org/10.1016/j.ympev.2006.10.023.