Cherchez l'intrus

Ce matin, dans le boisé du Tremblay, deux choses m'ont sauté aux oreilles : la quantité de bruants des marais et la dégradation de l'environnement sonore.

Bruant des marais

Habituellement, à cette époque-ci de l'année, le chemin du boisé est jalonné par le chant des bruants chanteurs ; cette année, rien ou presque. Par contre, on entend beaucoup plus de bruants des marais. Seraient-ils arrivés plus tôt que les chanteurs ? Est-ce qu'un cycle biologique fait en sorte que la population des bruants chanteurs est dans un creux ? Ou est-ce plutôt un signe que le milieu naturel du boisé du Tremblay a changé ? 

Hirondelle bicolore
L'intrus. J'espère que son incongruité transcrit l'effet que cela me fait à chaque fois. 

Pourtant, à première vue, rien n'a bougé. Les trop nombreuses coupes d'arbres font en sorte de retarder la densification du couvert arboré de cette ancienne friche agricole, en dépit de ses efforts pour retourner à son ancienne nature. Par conséquent, le milieu reste propice au bruant chanteur qui aime les espaces ouverts et l'explication doit-être ailleurs. Quant au bruant des marais, comme le boisé est humide, la coupe des arbres transforme les lieux en un marais colonisé par la phragmite; ce qui lui est plutôt favorable.

Pic flamboyant et Pic mineur

L'autre constat du jour est la dégradation de l'environnement sonore, une chose à laquelle je suis très sensible. Bien que mon ouïe décline et qu'il n'y ait pas eu de vent pour porter les sons, ce matin, j'ai été frappé par l'accroissement du bourdonnement des voitures qui circulent sur l'autoroute 20 plus au nord, au point d'en regretter les années de covid qui avaient fait taire cette nuisance. L'autre irritant acoustique notable est l'intensification du trafic aérien de l'aéroport Saint-Hubert. Malheureusement, cela ne fait que commencer puisqu'à compter du 12 juin, l'aérogare nouvellement agrandie va accueillir les vols réguliers d'une première compagnie aérienne. L'appât du gain de quelques-uns l'emportera-t-il toujours sur la quête de la sérénité de quelques autres ?   

Des nouvelles du boisé du Tremblay

Il s'en est passé des choses dans le boisé du Tremblay depuis mon dernier message. C'est normal, c'est le printemps. Voilà donc rapidement et en photos où nous en sommes.

Depuis que les dindons ont été chassés par des chiens sans laisse qui promenaient leur maître ignorant ou insouciant (j'hésite encore), nous avons eu la visite d'un lapin à queue blanche, les hépatiques à lobes aigus ont redressé la tête et s'apprêtent à fleurir et nous ajoutons une nouvelle espèce dans notre arrière-cours avec ce couple de canards branchus à la recherche d'un arbre pour nicher.

Une dernière chose:  il n'y a pas une promenade dans le boisé du Tremblay sans que je constate l'accrochage d'un nouveau sac à m... à une branche et l'abattage d'un nouvel arbre. Maintenant qu'il n'y a plus de frênes, on s'en prend aux peupliers faux-trembles. Ça commence à être pénible et laid. À tout hasard, je signale aux bucherons que si c'est pour vérifier que l'arbre est sain, c'est improductif. Par contre, si l'objectif est de transformer le boisé en un parc à chien ou un terrain de golf, alors vous êtes sur la bonne voie.

Un peu plus sur les dindons sauvages

Comme je le disais dans un message précédent, nous avons, depuis peu, la visite régulière d'un dindon sauvage (Meagris gallopavo, Phasianidés, Galliformes) sous nos mangeoires. Il vient le matin vers 7 heures, reste une bonne partie de la matinée, revient brièvement faire un tour en début de soirée et disparait jusqu'au lendemain. Nous l'avons appelé Gaston.

Depuis deux jours, ils viennent à deux. Ce n'est pas surprenant puisque les dindons vivent plus tôt en troupes, surtout en hiver. Nous avons baptisé le deuxième Blanche en raison de la couleur de sa calotte. 

Il s'agit probablement de deux mâles, car seulement 10 à 20 % des femelles portent la barbe, cette touffe de plume qui pend de la poitrine. En outre, au printemps, au moment de la reproduction, les troupes se fragmentent et les mâles deviennent solitaires, ou forment des duos qui vont parader.

En les observant, nous avons remarqué que les dindons font peur aux écureuils gris qui les fuient comme la peste. À l'inverse, la plus grande crainte des dindons sont les chiens, probablement parce que leur plus grand prédateur est le coyote, après l'homme évidemment. Un jappement les fait se dresser et les tient en alerte. S'ils voient un chien au loin, ils s'enfuient en courant (c'est assez impressionnant). D'où l'importance de tenir son chien en laisse et de rester dans les sentiers; des consignes qui ne sont malheureusement pas respectées par les riverains du boisé qui se croient tout seuls dans le bois. 

Un dernier point: de temps en temps, ils émettent un léger gloussement que l'on peut entendre au début et à la fin de la vidéo, probablement un son de contact. Ah oui, j'oubliais. Ils aiment les graines de bardane. Ils cueillent les fruits, les secouent et vont ensuite picorer les graines qui ont été libérées. Ils s'en collent aussi sur le dos (voir la fin de la vidéo).

Grosse semaine

Cette semaine fut riche en émotions. Le 18 mars, les trois premiers carouges à épaulettes sont venus grincer dans le jardin. Nous les attendions avec impatience puisque le retour de ces migrateurs est un signe de printemps à venir et que le journal du jardin indiquait le 11 comme date d'arrivée, l'année dernière. 

Et puis, le 20, c'est un dindon sauvage qui est venu faire un tour sous nos mangeoires. Je dois avouer que nous l'espérions, car un troupeau est vu régulièrement, à quelques rues de là, dans le parc Michel-Chartrand, et le boisé du Tremblay dont nous sommes riverains est un habitat propice. Depuis, il revient régulièrement, mais cela ne durera pas. Connaissant mes contemporains, il y en aura bientôt pour se plaindre des dangers de la Dinde noire (comme l'ont déjà surnommée les média ignorants) et de ses nuisances. Lesquelles ? Je me le demande encore, mais je ne suis pas inquiet; l'humanité excelle dans l'art de se débarrasser de ce qui lui est trop étranger. 

Un 5 mars dans le Boisé du Tremblay

Décidément, l'année commence sous le signe de la chouette rayée dans le boisé du Tremblay.  Celle-ci est venue se percher derrière chez nous, probablement attirée par les écureuils qui tournent autour de nos mangeoires. Il est encore trop tôt pour dormir la fenêtre ouverte, mais j'imagine qu'on doit commencer à les entendre, car la saison des amours est commencée.

On ne remerciera jamais assez Tommy Montpetit qui s'est battu et se bat encore pour la conservation du boisé et de ses trésors.

Une nuit de février dans le boisé du Tremblay

Cette année, nous avons pris l'habitude de déposer nos épluchures de légumes derrière la clôture. Nous le faisons à la tombée de la nuit, comme une offrande à la nature. Est-ce que c'est bien, est-ce que c'est mal ? Nous nous sommes, bien sûr, posés la question de notre impact potentiel sur l'environnment, de l'accumulation des déchets, de l'influence sur la faune et sur l'équilibre des choses, ainsi que sur l'exemple à ne peut-être pas donner. Tout ce que je peux dire, c'est que l'expérience ne durera pas, qu'il ne reste rien le lendemain matin et que nous ne montrons pas pour éviter que la faune nous associe à la présence de nourriture.

C'est un geste qui ressemble à celui que faisaient nos ancêtres pour s'attirer les bonnes grâces de forces qu'ils ne comprenaient pas. Mais, puisqu'à notre époque, la plupart des mystères ont été dissipés, notre objectif est plus prosaïque. Il s'agit tout simplement d'attirer des spécimens de la faune nocturne afin de savoir lesquels fréquentent le boisé du Tremblay pendant que nous dormons. 

Nos rêves sont peuplés de polatouches, d'opossums, d'hermines, de martres et de coyotes (dans l'ordre de la chaine alimentaire). Inutile d'espérer le lynx, le puma, le loup ou le carcajou, ceux-là ont depuis longtemps déserté le boisé ou en ont été chassés. L'hermine, nous savons qu'elle existe; nous avons déjà croisé sa route dans notre jardin. Évidemment, nous aimerions la revoir, mais en attendant, nous devons nous contenter des premiers maillons de la chaîne que sont les cerfs de Virginie et les lapins à queue blanche, plus directement concernés par les légumes.

La biodiversité du Boisé du Tremblay

Voici le dernier chapitre de la mise à jour annuelle de la biodiversité du Boisé du Tremblay sous la forme du guide des plantes à fleurs du Boisé du Tremblay. Je précise qu'il ne regroupe que les herbacées, car les arbustes et les arbres qui ne sont pas des gymnospermes (les conifères, le ginkgo et quelques autres) sont également des plantes à fleurs. Ces derniers sont regroupés dans "Shrubs and Trees of Boisé du Tremblay".

Je me livre à cet exercice sans me faire trop d'illusion, mais avec un tout petit espoir quand même que le témoignage de la quantité et de la diversité de la vie réfugiée dans le boisé du Tremblay pourra éventuellement inciter un visiteur à adopter un comportement respectueux du lieu ou pourra orienter le choix d'un "décideur" dans la bonne direction, celle de la préservation du boisé. Après tout, on ne peut pas avoir envie de protéger ce que l'on ne connait pas.

Alors, sachez que nous en sommes à 1062 espèces répertoriées, dont 22 de champignons, 13 de mousses et de fougères, 246 de plantes herbacées à fleurs, 75 d'arbres et d'arbustes, 549 d'invertébrés, 11 de reptiles et d'amphibiens, 125 d'oiseaux et 21 de mammifères.

Et je ne compte que les espèces dont l'observation a reçu la mention "Recherche", c'est-à-dire validée par la commnauté des observateurs. Il y en a beaucoup d'autres qui n'ont pas encore été identifiées et  qui ne pourront peut-être pas l'être, car les critères qui le permettraient ne sont pas visibles sur les photos. Il y a aussi toutes les espèces qui n'ont pas encore été observées.  

Les bryophytes et les ptéridophytes du boisé du Tremblay


Les bryophytes et les ptéridophytes sont des végétaux anciens du point de vue évolutif. Ils ont formé la tête de pont qui a permis la colonisation du milieu terrestre. Évidemment, les espèces d'aujourd'hui ne sont pas celles qui ont participé à cette conquête. Elles en sont néanmoins les descendantes directes et ont gardé une biologie semblable à leurs ancêtres. En particulier, elles se reproduisent par spores et non par graines.

Les plantes qui se reproduisent par spores forment deux grands groupes: celui des bryophytes constitué principalement par les mousses et les hépatiques, et celui des ptéridophytes constitués des prêles, des lycopodes et des fougères. Les champignons et la plupart des algues se reproduisent également par spores, mais ne font par partie du règne végétal.

Au Boisé du Tremblay, on a recensé jusqu'à présent douze espèces de bryophytes et de ptéridophytes. Cette année, il en a été ajouté une, et pas n'importe laquelle. Il s'agit de la Botryche à feuille de matricaire (Botrychium matricariifolium). 

Pourquoi est-ce si intéressant ? Il faut savoir que les botryches sont les plus anciennes des fougères. Elles sont aussi difficiles à trouver, parce qu'elles sont plutôt rares, parce qu'elles sont généralement de petite taille et parce que leur nombre à un même endroit peut varier d'une année sur l'autre. En effet, si les conditions ne sont pas propices à leur émergence, elles restent en dormance sous terre.

Une des particularités des botryches est que leur germination et leur croissance à l'état adulte sont étroitement dépendantes de certains mycorhizes. Par conséquent, toute perturbation du sol peut leur être fatale. D'ailleurs, le genre est en déclin et beaucoup d'espèces sont protégées. Ce n'est pas le cas de notre Botryche à feuille de matricaire au Québec, mais ce n'est pas une raison pour ne pas en prendre soin.

Les invertébrés du Boisé du Tremblay

Cette année, beaucoup d'invertébrés ont été ajoutés à la biodiversité du boisé du tremblay, portant le total des espèces à 549. Comme les listes de iNaturalist ne peuvent contenir qu'entre 2 et 500 espèces, il a donc fallu la scinder.

Dorénavant, les guides des invertébérés du Boisé du Tremblay se déclineront en :

La mise à jour fut un peu fastidieuse, en particulier la francisation des noms latins qui est encore incomplète. Bien que l'entomologie francophone en Amérique du Nord ne pèse pas gros face à l'anglophonie générale, le latin des curés ne suffira pas à assurer son avenir et heureusement qu'il existe des outils comme le Grand dictionaire terminologique et des organismes comme le Groupe Eliso. pour rendre accessible la nature nord-américaine à la francophonie.

Je vous invite à aller consulter les guides, même si vous n'y connaissez rien en insectes. Faire simplement défiler leurs images est un plaisir pour les yeux tant les formes et les couleurs sont diverses. Et ça pourrait vous donner l'envie d'en savoir plus.

Les reptiles, amphibiens et poissons du Boisé du Tremblay

Du côté des vertébrés poïkilothermes (À sang froid), rien n'a changé cette année dans le guide "Reptiles, Amphibians and Fishes of Boisé du Tremblay" ; nous en sommes toujours à six espèces de serpents, trois de grenouilles et deux de poissons.

Je profite tout de même de l'occasion pour faire une petite mise au point. Chaque fois que j'ajoute une couleuvre rayée à la liste des espèces observées dans le boisé, on me corrige, fort probablement avec raison, qu'il s'agit d'une couleuvre rayée de l'Est. La différence entre les deux est que la couleuvre rayée est le nom français de l'espèce Thamnophis sirtalis alors que la couleuvre rayée de l'Est est celui de la sous-espèce Thamnophis sirtalis sirtalis ; une précision supplémentaire donc.

Quand je suis d'humeur taquine, j'aime demander à mon correcteur quels critères de la photo lui permettent d'identifier la sous-espèce. On me répond inévitablement : le patron de couleur et la distribution géographique. Si le second est certainement le plus valable, il reste néanmoins approximatif puisque les aires de distribution bougent, se chevauchent et que les sous-espèces s'hybrident fréquemment dans les zones de chevauchement.  Quant aux critères morphologiques, il faut malheureusement plus qu'un patron de couleur pour identifier la sous-espèce d'une couleuvre rayée (la thèse citée dans les références donne une bonne idée de la question). 

En fait, on dénombre aujourd'hui 13 ou 14 sous-espèces de couleuvres rayées réparties dans toute l'Amérique du Nord, dont cinq, je crois, au Canada. La plus proche d'ici (Longueuil), Thamnophis sirtalis pallidus est même en Gaspésie. Cette classification a été établie à partir de critères morphologiques précis (qui n'apparaissent pas toujours sur une photo) parmi lesquels : la coloration des bandes dorsales et latérales, les motifs des écailles, la taille ou les proportions corporelles et la distribution géographique. C'est la méthode classique, mais ancienne, de distinction des espèces vivantes.  

Cependant, depuis que l'on sait interroger l'ADN, cette classification est sujette à controverse dans le monde des scientifiques qui s'intéressent à la phylogénie de cette couleuvre et à l'histoire de sa conquête du continent. On s'est même aperçu que les données génétiques ne soutiennent pas vraiment la division taxonomique établie sur des critères morphologiques. Ainsi, beaucoup de sous-espèces ne correspondent pas à des clades génétiques monophylétiques ; ce qui signifie en gros qu'une sous-espèce bien définie morphologiquement regroupe plusieurs familles génétiques. À l'opposé, des sous-espèces différentes morphologiquement peuvent être génétiquement imbriquées. Et enfin, des lignées génétiques bien différenciées ne correspondent à aucune sous-espèce décrite.

En fait, ce qui fait consensus dans la science des couleuvres rayées est que l'espèce est particulièrement polymorphe et que nous avons défini beaucoup trop de sous-espèces. 

Références:

  • Boundy, J. (1999) Systematics of the Common Garter Snake, Thamnophis Sirtalis. Doctor of Philosophy. Louisiana State University and Agricultural & Mechanical College. Disponible sur: https://doi.org/10.31390/gradschool_disstheses.7070.
  • Hallas, J.M., Parchman, T.L. et Feldman, C.R. (2022) « Phylogenomic analyses resolve relationships among garter snakes (Thamnophis: Natricinae: Colubridae) and elucidate biogeographic history and morphological evolution », Molecular Phylogenetics and Evolution, 167, p. 107374. Disponible sur: https://doi.org/10.1016/j.ympev.2021.107374.
  • Janzen, F.J. et al. (2002) « Molecular phylogeography of common garter snakes ( Thamnophis sirtalis ) in western North America: implications for regional historical forces », Molecular Ecology, 11(9), p. 1739‑1751. Disponible sur: https://doi.org/10.1046/j.1365-294X.2002.01571.x.
  • Jones, L.N., Leaché, A.D. et Burbrink, F.T. (2023) « Biogeographic barriers and historic climate shape the phylogeography and demography of the common gartersnake », Journal of Biogeography, 50(12), p. 2012‑2029. Disponible sur: https://doi.org/10.1111/jbi.14709.
  • Placyk Jr., J.S. et al. (2007) « Post-glacial recolonization of the Great Lakes region by the common gartersnake (Thamnophis sirtalis) inferred from mtDNA sequences », Molecular Phylogenetics and Evolution, 43(2), p. 452‑467. Disponible sur: https://doi.org/10.1016/j.ympev.2006.10.023.


Les mammifères du Boisé du Tremblay

L'année 2025 a été riche en observations puisque les visiteurs naturalistes du Boisé du Tremblay ont ajouté 4,5 espèces de mammifères au guide "Mammals of Boisé du Tremblay". 

Je vous explique le demi dans un instant, mais tout de suite, je voudrais souligner le travail de Vincent Auclair, acousticien spécialiste des chiroptères, qui ajoute deux espèces de chauve-souris à la biodiversité du Boisé du Tremblay: le Murin argenté et la Sérotine brune.

Parmi les ajouts, il faut aussi signaler deux représentants des mustélidés : l'Hermine d'Amérique et le Vison d'Amérique.

Passons maintenant à l'explication de la demi-espèce supplémentaire. En réalité, ce demi fait référence à une espèce à part entière, mais souligne une approximation concernant son identification. Plus clairement, jusqu'à présent, seule la Souris sylvestre (Peromyscus maniculatus) avait été rapportée dans le boisé. Étrangement, aucune Souris à pattes blanches (Peromyscus leucopus) n'y avait été vue. Pourtant, ces deux souris partagent souvent le même habitat et des habitudes de vie très similaires, au point même de parfois se plaire et de s'accoupler (cela reste encore exceptionnel au Québec). 

Tout ça pour vous dire comme elles sont semblables. Néanmoins, cela n'empêchait pas quelques prétentieux, dont je faisais partie, d'imaginer pouvoir les distinguer. Eh bien, sachez que si vous vous contentez de les regarder, il n'y a qu'une chance sur deux que vous arriviez à les identifier correctement. En d'autres mots, c'est pile ou face.

En effet, seule une analyse génétique permet de les identifier avec certitude. Évidemment, c'est une méthode longue et impossible à mettre en œuvre sur le terrain. Aussi, quelques biologistes sont parvenus, localement, à établir une équation combinant quelques mensurations clés comme la longueur du crâne, le rapport longueur de la queue / longueur du corps, le poids, la longueur de l'oreille et la longueur de la patte postérieure, afin d'obtenir une identification fiable à partir de critères mesurables sur le terrain. Dans le meilleur des cas, la fiabilité est de 97 à 98 % ; ce qui est déjà énorme. J'ai précisé plus haut que ces expériences sont locales. En effet, les résultats validés par une comparaison avec l'ADN ne peuvent s'appliquer que localement et doivent être réajustés quand on change de région, car le milieu et l'évolution des populations influencent la morphologie des souris.

Par conséquent, puisqu'il est quasiment impossible de distinguer les deux souris et que les deux espèces sont présentes dans le sud du Québec, j'ai arbitrairement ajouté la souris à pattes blanches (Peromyscus leucopus) à liste du guide des mammifères du Boisé du Tremblay.

Références:


Les oiseaux du Boisé du Tremblay

Le 7 janvier 2025, date de la dernière mise à jour, le guide "Birds of Boisé du Tremblay" contenait cent vingt-deux espèces d'oiseaux. Il en compte maintenant 125.

Au cours de 2025, les observateurs qui ont fréquenté le boisé ont ajouté : la Bécassine de Wilson, la Paruline à joues grises et le Troglodyte de Caroline.

Il est à noter que les gobemoucherons gris-bleu qui ont niché trois années de suite en bordure du chemin, entre l'entrée "chemin du Tremblay" et l'entrée du coin "Cantin/Braille", ne sont plus rapportés depuis deux ans. Ils ont probablement battu en retraite devant les bucherons qui ont "sécurisé" les lieux pour que les promeneurs de chien puissent s'exercer au lancer de sac à crottes.

Il ne reste plus à espérer que les oiseaux se soient enfoncés dans le bois à la recherche de tranquillité.

La mise à jour des autres guides suivra sous peu.

Un 30 novembre dans le boisé du Tremblay

Malgré sa taille relativement petite, la pie-grièche est une tueuse de rongeurs redoutable

Matinée grise, venteuse et neigeuse. En somme, aucune raison de sortir si ce n'était cette alerte des oiseaux rares tombée dans ma boite à courriel qui signalait un moqueur polyglotte dans le boisé du Tremblay. 

D'habitude, nous n'y allons pas à cause des attroupements que suscite ce genre d'alertes, mais l'occasion de ne pas céder au confort et à la facilité était trop belle et nous avons chaussé nos bottes. Après quelques pas d'adaptation au vent glacial, le plaisir de la marche l'a emporté sur tout le reste. 

Nous avons cherché le moqueur en vain. Le seul oiseau gris que nous avons trouvé est une pie-grièche boréale qui chassait malgré les bourrasques.

À 426,6 ppm de dioxyde de carbone

Début novembre et encore des fleurs d'actée à grappes au jardin.

Au Canada, les actées à grappes (Actaea racemosa) ne sont jamais allés plus au nord que l'Ontario; une question de climat probablement. On en trouve quand même quelques-unes dans les jardins québécois. Les miennes y sont parce que je collectionne les plantes médicinales. 

Pendant longtemps, j'ai dû me contenter des boutons de fleurs que le premier gel emportait. Puis, elles se sont endurcies, ou le climat s'est réchauffé, et le premier gel n'a plus emporté que les fleurs épanouies. L'année dernière a été une année exceptionnellement longue (pour moi, l'année s'arrête avec la dernière fleur et ne reprend qu'avec la première verdure) et j'ai eu la surprise de voir se développer des fruits. Je ne pensais pas que les graines parviendraient à maturité. À tout hasard, j'en ai quand même récolté en me gelant les doigts et je les ai disséminées de l'autre côté du chemin. Il faut croire que le hasard fait bien les choses puisqu'elles ont germé.   

Prochaine étape: la fermeture du bassin déclenchée par la formation de la première couche mince de glace qui s'installe généralement autour du 15 novembre.

Communautés végétales

Île-aux-Lièvres: Clintonie boréale, Quatre-temps et probablement Gadelier glanduleux  

À plusieurs reprises, cette année, mes promenades ont été interrompues par la rencontre de belles communautés végétales, des assemblages de plantes dont la forme des feuillages, leurs nuances de vert et la façon dont elles occupaient l'espace créaient une harmonie.

Ces parterres, aussi naturels soient-ils, ne doivent rien au hasard. Ils sont l'aboutissement, sans être une fin, d'une très longue histoire d'adaptation du vivant aux changements plus ou moins rapides, mais constants, de son milieu. Dérive des continents, changements climatiques, nature du sol, hygrométrie, température, ensoleillement, compétition pour l'espace et les ressources ; maladies, ennemis, incendie, tempête ou perturbations humaines ; peu m'importaient à cet instant les détails qui avaient modelé ces sociétés végétales. Je me suis accroupi en prenant soin de ne pas déranger et j'ai contemplé. 

Clintonie boréale, Actée rouge et Berce laineuse

Le boisé des curiosités

En fin d'après-midi, quoi de mieux qu'une promenade dans le boisé du Tremblay pour se débarrasser des soucis du quotidien. Hier, il avait des allures de cabinet des curiosités.

Une grive bien solitaire
Un banc de feuilles
Des perles de houx
Un tamia gargouille
À l'écart du chemin: un cercle de pierres, un autel, des offrandes et cette épitaphe...

Patates en chapelets

Il y a quelques années, j'ai introduit, dans le jardin, de l'Apios d'Amérique (Apios americana), une plante indigène en Amérique du Nord. Comme elle grimpe vite et fait de belles fleurs qui sentent bon, j'avais dans l'idée d'en faire un rideau végétal en la laissant monter dans la clôture. Ça marche très bien. Le revers de la médaille est qu'elle est expansive et indomptable, ressortant de terre chaque année un peu n'importe où.

Le secret de son énergie réside dans des chapelets de tubercules qu'elle produit sur de longues racines traçant juste sous la surface du sol. Malheureusement pour elle, sa force est aussi son point faible, car ses tubercules sont comestibles et faciles à extraire; il suffit de tirer sur la tige pour en sortir tout un "rail". Ils sont par ailleurs très nutritifs. Outre l'amidon, plus lentement digestible que celui de la pomme de terre, on y trouve des omégas 6 et 2 à 3 fois plus de protéines que dans la pomme de terre. 

On prépare l'apios qui est de la famille du haricot (celle des Fabacées) comme la pomme de terre qui est d'une autre famille, celle des Solanacées. On lave les tubercules et on les fait bouillir pendant une trentaine de minutes. On peut aussi les faire rôtir au four ou dans une poêle. La texture est celle de la pomme de terre et la saveur se situe entre la patate et la châtaigne, ou la noisette selon d'autres.

Parc des étangs Antoine-Charlebois

Ce dimanche matin, il nous fallait sortir avant que la chaleur accablante des derniers et des prochains jours ne nous retienne dans un intérieur nettement plus supportable malgré l'absence de climatisation . 

Pour accéder à une nature gratuite avant que le soleil ne cogne, les étangs de Sainte-Julie étaient notre meilleure solution. Et puis, à chacune de nos visites, nous y avons découvert quelque chose de nouveau.

Curieusement, c'est déjà l'automne aux étangs. Comme on ne peut pas accuser la sécheresse dans ce genre de milieu, la chaleur, ou un autre dérèglement, y est peut-être pour quelque chose. Tiens, à propos de réchauffement global, je constate dans les médias que le problème est réglé. Fini la limite fatidique des 1,5° C, on vogue maintenant allègrement vers les 2,5. Fini aussi la lutte contre la hausse des températures, on peut maintenant se laisser aller et se concentrer sur l'adaptation à la chaleur qui, comme chacun le sait, n'a pour limite que le génie humain.

Mais revenons aux étangs. Comme je le disais en préambule, on y fait toujours des découvertes. Aujourd'hui, deux nouvelles fleurs pour moi : la mimule à fleurs entrouvertes (Mimulus ringens) et l'utriculaire à longues racines (Utricularia vulgaris subsp. macrorhiza), une plante aquatique carnivore.

L' empreinte mesure 15 cm de longueur

Dans le chemin, nous avons aussi trouvé une trace qui pourrait avoir été laissée par un orignal. Dorénavant, nous prendrons avec un peu plus de sérieux le panneau d'interprétation placé au bord du chemin pour nous sensibiliser à la faune des étangs et sur lequel figure l'animal en compagnie d'une loutre.

Spécial ratons

À la suite du déménagement des moufettes et afin de vérifier ce qu'il advenait du terrier et de son éventuelle occupation, j'ai posé une planchette à son entrée, facilement poussable par n'importe quel animal désireux d'y entrer ou d'en sortir. J'ai aussi installé ma caméra à déclenchement automatique sur le passage. Avant-hier matin, la planche avait bougé et j'ai visionné les enregistrements.

Il s'agissait d'un raton laveur, un habitué du jardin. Il le traverse une première fois, tard le soir, pour aller faire sa tournée des poubelles du quartier, puis une seconde fois, tôt le matin, pour retourner dans le bois. Au passage, il fouille le bassin à la recherche de quelques grenouilles. À ce propos, j'avais disposé dans l'eau quelques vieilles souches à demi immergées pour permettre aux amphibiens de se cacher ou de sortir du bassin, mais le raton a pris l'habitude de les retourner; ce qui m'a obligé à les fixer.

En ce moment, il y a aussi une mère et ses deux jeunes qui passent par là. Il y a quelques semaines, attirés par leurs couinements, je les avais surpris en plein après-midi dans le jardin; j'imagine que les petits "ne faisaient pas encore leur jour". 

Hier matin, en revenant d'accompagner ma blonde à son travail, je les ai vus, au loin, traverser la rue à la course à la hauteur de ce que j'ai estimé être la maison. Je me suis dépêché de rentrer dans l'espoir de les surprendre dans le jardin. Je suis arrivé juste à temps: la mère était déjà dans le bois, mais les deux jeunes avaient encore du mal à escalader la clôture. 

Je me suis approché en surveillant la mère du coin de l'œil. Je ne voulais pas me faire charger, encore moins me faire mordre, car il ne faut pas oublier que les ratons sont les principaux vecteurs de la rage au Québec, surtout sur la rive sud du Saint-Laurent. Ensuite, je me suis accroupi pour paraitre moins menaçant et j'ai entamé la conversation en imitant maladroitement l'espèce de roucoulement qu'ils émettent pour garder le contact entre eux quand ils se déplacent. Leur curiosité l'a finalement emporté sur la méfiance et ils se sont approchés.